Description minéralogique
Le chrysotile est un phyllosilicate magnésien hydraté de formule idéale Mg3Si2O5(OH)4. Il appartient au groupe des serpentines, avec l'antigorite et la lizardite, deux minéraux de composition voisine mais de structure différente.
Sa structure est formée de feuillets à deux couches. Une couche tétraédrique de silice est liée à une couche octaédrique de type brucite, plus large. Ce désaccord dimensionnel force les feuillets à s'enrouler sur eux-mêmes. Il en résulte des fibrilles tubulaires de quelques dizaines de nanomètres de diamètre, qui s'assemblent en faisceaux. C'est cette morphologie qui donne au minéral son caractère soyeux, flexible et facilement divisible.
Le chrysotile appartient à la famille minéralogique des serpentines. Les autres amiantes commerciaux, comme la crocidolite, l'amosite ou la trémolite fibreuse, appartiennent plutôt à la famille des amphiboles. Sur le plan commercial et réglementaire, il est pourtant regroupé avec elles sous le terme générique d'« amiante ».
Caractères physiques
- Couleur : blanc, gris verdâtre, vert pâle à jaune doré
- Éclat : soyeux
- Dureté : environ 2,5 à 3 sur l'échelle de Mohs
- Habitus : fibreux, en veines à fibres parallèles
- Propriétés recherchées : résistance à la chaleur, faible conductivité, résistance mécanique en traction, aptitude au tissage
Genèse géologique
Le chrysotile se forme par serpentinisation. Ce processus est l'hydratation, à température relativement basse, des minéraux ferromagnésiens (olivine et pyroxènes) des roches ultramafiques comme les péridotites et les dunites. Lors de la serpentinisation, la roche gagne de l'eau et augmente de volume. Elle se fracture alors, et le chrysotile cristallise dans les fissures ainsi ouvertes.
Les gisements exploitables se présentent surtout sous forme de réseaux de veines, ou stockwerks, qui recoupent des péridotites serpentinisées. On en distingue deux types :
- les veines à fibres transversales (cross-fibre), où les fibres sont perpendiculaires aux épontes ; ce sont les plus recherchées ;
- les veines à fibres longitudinales (slip-fibre), où les fibres sont parallèles aux plans de cisaillement.
La longueur des fibres, qui dépend de l'épaisseur des veines, conditionne en grande partie la valeur commerciale du minerai.
La Commission géologique du Canada classe ces gîtes parmi les « gisements d'amiante encaissés dans des roches ultramafiques ». Ce type est associé aux fragments de lithosphère océanique charriés sur les marges continentales, c'est-à-dire aux ophiolites.
Gisements du Québec
Au Québec, les gisements de chrysotile sont liés aux ophiolites de la province géologique des Appalaches. Ces fragments de croûte et de manteau océaniques datent de l'Ordovicien. Ils ont été mis en place sur la marge laurentienne lors de l'orogenèse taconienne. Ils s'alignent selon une ceinture orientée sud-ouest–nord-est dans le sud du Québec.
Complexe ophiolitique de Thetford-Mines
Le complexe ophiolitique de Thetford-Mines, dans la MRC des Appalaches (Chaudière-Appalaches), a concentré la majorité des exploitations. Celles-ci s'étendaient sur le territoire de Thetford Mines, du secteur de Black Lake et de Saint-Joseph-de-Coleraine. Les descriptions de sites minéralisés y mentionnent des péridotites serpentinisées recoupées de réseaux de veines de chrysotile.
Secteur de Val-des-Sources
Plus au sud-ouest, dans la MRC des Sources (Estrie), se trouve le gisement de Val-des-Sources, appelée Asbestos jusqu'en 2020. Il a été exploité par la mine Jeffrey, dont la fosse à ciel ouvert compte parmi les plus grandes du genre.
Autres indices
D'autres indices et gîtes de chrysotile associés aux roches ultramafiques appalachiennes sont répertoriés dans le Système d'information géominière du Québec (SIGÉOM). Certains se trouvent notamment en Estrie et en Gaspésie. Leur importance économique est restée limitée par rapport aux deux grands districts.
Histoire de l'exploitation
L'exploitation du chrysotile au Québec a commencé à la fin du XIXe siècle. La production a débuté à Thetford Mines en 1878, puis s'est rapidement étendue aux gisements voisins et au secteur d'Asbestos. Pendant une grande partie du XXe siècle, le Québec a figuré parmi les principaux producteurs mondiaux de fibres d'amiante. Celles-ci étaient exportées pour la fabrication de matériaux de construction, de produits d'amiante-ciment, de garnitures de friction et d'isolants.
L'industrie a structuré l'économie et l'urbanisation des villes minières de Chaudière-Appalaches et de l'Estrie. Elle a aussi marqué l'histoire sociale du Québec, notamment par la grève de l'amiante de 1949.
À partir des années 1970 et 1980, la reconnaissance des effets de l'amiante sur la santé a fait chuter la demande mondiale. Les fermetures se sont alors succédé. En 2012, après plus de 130 ans d'activité, l'extraction a cessé avec la fermeture des dernières mines en exploitation.
| Repère | Fait |
|---|---|
| 1878 | Début de la production à Thetford Mines |
| 1949 | Grève de l'amiante |
| 2012 | Fin de l'extraction au Québec |
| 2018 | Entrée en vigueur de l'interdiction fédérale (30 décembre) |
| 2020 | Asbestos devient Val-des-Sources |
Santé et réglementation
Les fibres de chrysotile, une fois inhalées, peuvent causer l'amiantose, le cancer du poumon et le mésothéliome. Le Centre international de recherche sur le cancer classe toutes les formes d'amiante, chrysotile compris, parmi les cancérogènes avérés pour l'humain. L'Institut national de santé publique du Québec a publié des avis sur l'utilisation de l'amiante chrysotile au Québec. La Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) en documente les dangers dans son répertoire toxicologique.
Au Canada, le Règlement interdisant l'amiante et les produits contenant de l'amiante (DORS/2018-196) est entré en vigueur le 30 décembre 2018. Il a été adopté en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (1999). Sous réserve d'exceptions prévues, il interdit :
- l'importation, la vente et l'utilisation de fibres d'amiante traitées ;
- la fabrication, l'importation, la vente et l'utilisation de produits qui en contiennent.
Le règlement encadre également la vente de résidus miniers d'amiante pour certains usages, notamment dans la construction et l'aménagement paysager.
Résidus miniers
Plus d'un siècle d'exploitation a laissé dans les anciennes régions productrices de vastes haldes de résidus contenant des fibres de chrysotile. Elles se concentrent en Chaudière-Appalaches et en Estrie et forment des reliefs anthropiques caractéristiques des paysages de Thetford Mines et de Val-des-Sources. Leur présence ne signifie pas que des mines de chrysotile sont encore en activité.
Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a mené des travaux sur l'état des lieux et la gestion de l'amiante et des résidus miniers amiantés. Ces travaux ont porté sur la gestion de ces résidus et sur leur éventuelle valorisation.
Composés surtout de serpentine, ces résidus sont riches en magnésium. Ils font l'objet de projets de valorisation, notamment pour la production de magnésium et la séquestration minérale du dioxyde de carbone. Ces projets doivent respecter un encadrement visant à limiter l'émission de fibres dans l'air.
