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Histoire

Grève de l'amiante

La grève de l'amiante est un conflit de travail survenu en 1949 dans les mines d'amiante d'Asbestos (aujourd'hui Val-des-Sources) et de Thetford Mines. Déclenchée en février, elle touche environ 5 000 mineurs affiliés aux syndicats catholiques et se prolonge plusieurs mois dans un climat de répression policière et d'affrontements. Le gouvernement de Maurice Duplessis appuie les compagnies minières. Longtemps présentée comme un tournant du syndicalisme québécois et un prélude à la Révolution tranquille, elle fait l'objet d'une réinterprétation critique par l'historiographie.

Contexte

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'extraction de l'amiante constitue une activité industrielle majeure des Cantons-de-l'Est et de la région de l'amiante. Les gisements d'Asbestos, exploités par la Canadian Johns-Manville, et ceux de Thetford Mines, où opèrent plusieurs sociétés dont l'Asbestos Corporation, fournissent une part importante de la production mondiale de cette fibre minérale.

Les mineurs sont regroupés au sein de la Fédération nationale des employés de l'industrie minière, affiliée à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), ancêtre de la Confédération des syndicats nationaux. À la fin des années 1940, la CTCC, dirigée par Gérard Picard et dont le secrétaire général est Jean Marchand, adopte une attitude plus revendicative que par le passé.

La question sanitaire pèse sur les relations de travail. En 1948, le journaliste Burton Ledoux publie dans la revue jésuite Relations une enquête sur les maladies pulmonaires et la mortalité des travailleurs exposés à la poussière d'amiante, ce qui contribue à faire des conditions de travail dans les mines un enjeu public.

Sur le plan politique, l'Union nationale de Maurice Duplessis gouverne le Québec. Son gouvernement privilégie l'investissement étranger dans l'exploitation des ressources naturelles et se montre hostile à l'action syndicale jugée radicale.

Revendications

Les négociations entre les syndicats et les employeurs achoppent au début de 1949. Les principales demandes syndicales portent sur :

  • une augmentation des salaires horaires ;
  • l'élimination ou la réduction de la poussière d'amiante dans les installations et dans la ville ;
  • la création d'un fonds de sécurité sociale financé par l'employeur et administré par le syndicat ;
  • la retenue à la source des cotisations syndicales ;
  • une forme de participation des syndicats à certaines décisions de l'entreprise.

Cette dernière dimension, liée au projet de réforme de l'entreprise promu alors dans certains milieux catholiques sociaux, a été perçue par les compagnies comme une remise en cause de leurs droits de gérance. Elle est au cœur de plusieurs analyses historiques du conflit, notamment celles publiées dans la revue Labour/Le Travail.

Les travailleurs déclenchent la grève sans passer par la procédure d'arbitrage prévue par la législation provinciale, ce qui rend l'arrêt de travail illégal aux yeux du gouvernement et permet à celui-ci de contester la légitimité du mouvement.

Déroulement

Déclenchement

La grève éclate à Asbestos à la mi-février 1949, puis s'étend aux mines de Thetford Mines et des localités voisines. Elle touche environ 5 000 travailleurs. Le gouvernement réagit en faisant retirer l'accréditation syndicale par la Commission des relations ouvrières et en dépêchant la Police provinciale dans les localités minières.

Briseurs de grève et tensions

Les compagnies recourent à des travailleurs de remplacement pour poursuivre la production, ce qui exacerbe les tensions. Les grévistes, soutenus par la population locale, tentent de bloquer l'accès aux installations.

Affrontements de mai 1949

Les 5 et 6 mai 1949, à Asbestos, des affrontements opposent grévistes et policiers. La loi de l'émeute est lue, et de nombreux grévistes sont arrêtés. Des témoignages font état de mauvais traitements infligés aux personnes détenues. Ces événements marquent le point culminant de la violence du conflit.

Solidarité

La grève suscite un vaste mouvement de solidarité. Des quêtes sont organisées à la porte des églises, notamment à l'initiative de l'archevêque de Montréal, Mgr Joseph Charbonneau, qui prend publiquement position en faveur des familles des grévistes. Des syndicats d'autres allégeances et des journalistes, dont Gérard Pelletier du quotidien Le Devoir, contribuent à faire connaître la situation des mineurs.

Règlement

Le conflit trouve une issue grâce à la médiation de l'archevêque de Québec, Mgr Maurice Roy. Les mineurs retournent au travail à l’été 1949, après plusieurs mois de grève.

L'entente de retour au travail ne règle pas l'ensemble des questions en litige. Les points non résolus sont confiés à l'arbitrage et aux négociations, qui se poursuivent pendant le reste de l'année. Selon l'Assemblée nationale du Québec, l'arbitrage conclut l'épisode en décembre 1949, et le règlement intervient peu avant le jour de l'An 1950.

Les gains obtenus par les mineurs sont modestes au regard des revendications initiales. Les demandes touchant le fonds de sécurité sociale administré par le syndicat et la participation syndicale à la gestion de l'entreprise ne sont pas retenues. Plusieurs grévistes ne retrouvent pas leur emploi, et les poursuites judiciaires liées aux affrontements se prolongent après la reprise du travail.

Le conflit a également des répercussions au sein de l'Église catholique. En 1950, Mgr Joseph Charbonneau quitte la direction de l'archidiocèse de Montréal ; le rôle de son engagement en faveur des grévistes dans ce départ demeure un sujet de discussion parmi les historiens.

Mémoire et historiographie

La grève de l'amiante occupe une place singulière dans la mémoire collective québécoise. En 1956 paraît La grève de l'amiante, ouvrage collectif dirigé par Pierre Elliott Trudeau et publié aux Éditions Cité libre. L'introduction de Trudeau présente le conflit comme un moment de rupture avec l'idéologie traditionnelle et comme le signe de l'émergence d'une société industrielle moderne. Cette lecture contribue à installer la grève dans le récit public comme un prélude à la Révolution tranquille.

L’association au conflit de figures appelées à jouer un rôle politique de premier plan, notamment Pierre Elliott Trudeau, Jean Marchand et Gérard Pelletier, a renforcé cette dimension symbolique.

À partir des dernières décennies du XXe siècle, des historiens examinent ce récit de façon critique. Jacques Rouillard, professeur d'histoire, soutient que la grève représente plutôt une défaite sérieuse pour le mouvement syndical, atténuée par l'intervention du clergé, et que son statut de tournant historique relève en partie de la construction mémorielle. D'autres travaux, notamment dans la revue Labour/Le Travail, s'attachent au projet de réforme de l'entreprise porté par les syndicats catholiques et à sa place dans les débats sociaux de l'époque.

L'interprétation du conflit demeure ainsi discutée : jalon de l'histoire sociale et politique du Québec pour les uns, épisode dont la portée a été amplifiée a posteriori pour les autres.

Héritage

La grève de l’amiante est évoquée dans les rétrospectives consacrées aux grands conflits de travail et dans les travaux parlementaires portant sur les relations de travail ou sur l’industrie de l’amiante.

Le conflit s'inscrit aussi dans l'histoire plus longue de l'amiante au Québec. Les préoccupations sanitaires soulevées en 1949 au sujet de la poussière ont pris une importance croissante au cours des décennies suivantes, à mesure que les effets de l'exposition à l'amiante sur la santé étaient mieux documentés. L'industrie, longtemps source de prospérité pour la région, a connu un déclin jusqu'à la fermeture des dernières mines québécoises au début des années 2010, et la question de la gestion des résidus miniers fait encore l'objet d'examens, notamment devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.

En 2020, la ville d'Asbestos, où le conflit a commencé, a adopté le nom de Val-des-Sources. Elle fait partie de la MRC des Sources, dans la région administrative de l'Estrie. Thetford Mines est située dans la MRC des Appalaches, dans la région de Chaudière-Appalaches.

Sources

  1. Labour/Le Travail, « La grève de l'amiante de 1949 et le projet de réforme de l'entreprise »
  2. Jacques Rouillard, « La grève de l'amiante, mythe et symbolique », Les Classiques des sciences sociales
  3. Assemblée nationale du Québec, Introduction historique, 23e législature, 2e session
  4. Assemblée nationale du Québec, Journal des débats de la Commission de l'économie et du travail
  5. Radio-Canada, « L'amiante au Québec, de la prospérité à la disgrâce »
  6. Compte rendu de P.-E. Trudeau, La Grève de l'amiante, Revue française de sociologie, Persée
  7. Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, document DM32
  8. 24 heures, « Efficaces, les grèves? Retour sur quatre mouvements historiques au Québec »
  9. Wikipédia, « Grève de l'amiante »
  10. Pierre Elliott Trudeau (dir.), La grève de l'amiante, Montréal, Éditions Cité libre, 1956
  11. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. ACQC, « Amiante »

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5 · Comité — OpenAI — GPT 6.1 Sol · Comité — Anthropic — Claude Sonnet 5 5 · Arbitrage — GPT 6.1 Sol

Mots-clés : grève de l'amiante, 1949, asbestos, thetford mines, syndicalisme, maurice duplessis, ctcc, amiante

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