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Le vivant

Aeshna interrupta

L’Aeshna interrupta, ou æschne interrompue, est une grande libellule de la famille des Aeshnidae. En anglais, elle est connue sous le nom de Variable Darner. Comme les autres æschnes, elle a un vol puissant et soutenu, ponctué de brefs vols stationnaires, et patrouille volontiers les lisières forestières, les clairières et les abords de milieux humides. L’adulte mesure habituellement environ 6 à 8 cm de longueur et possède une envergure voisine de 9 à 11 cm.

Observations au Québec

640 occurrences GBIF.

Traces et indices

Traces et indices de Aeshna interrupta
Visuel documentaire des traces typiques
  • Exuvies brunâtres de 3 à 4 cm accrochées aux tiges de quenouilles ou de scirpes, à 10 à 50 cm au-dessus de la ligne d'eau, avec la fente dorsale du thorax bien ouverte
  • Masque facial (labium) de la larve visible sur l'exuvie: plat et non en forme de cuillère, ce qui distingue les Aeshna des Libellula
  • Ailes de mâles retrouvées au sol ou sur la mousse, séparées du corps: reste d'un repas de merle, de guêpe ou de grenouille
  • Vol de patrouille répété en va-et-vient le long d'une même rive de tourbière ou d'un fossé, à hauteur de taille, avec sur-place et virages brusques
  • Mâle qui se pose à la verticale sur un tronc ou une clôture ensoleillée en fin d'août, ailes étalées à plat, thorax rayé de vert-jaune
  • Femelle qui insère ses œufs dans les tiges molles ou le bois humide au bord de l'eau, en piquant l'abdomen à répétition dans la même tige (traces de piqûres alignées)
  • Abdomens vides et pattes éparpillées sous un perchoir de chasse: restes typiques laissés par un oiseau qui a mangé la libellule
  • Concentration de plusieurs individus chassant les moustiques au-dessus d'une clairière ou d'un chemin forestier en fin d'après-midi, loin de l'eau

Portrait et mode de vie

L’Aeshna interrupta, ou æschne interrompue, est une grande libellule de la famille des Aeshnidae. En anglais, elle est connue sous le nom de Variable Darner. Comme les autres æschnes, elle a un vol puissant et soutenu, ponctué de brefs vols stationnaires, et patrouille volontiers les lisières forestières, les clairières et les abords de milieux humides. L’adulte mesure habituellement environ 6 à 8 cm de longueur et possède une envergure voisine de 9 à 11 cm.

Son abdomen est long et mince; le thorax brun foncé porte des bandes latérales bleues, verdâtres ou jaunâtres, souvent fragmentées. Cette ornementation variable est à l’origine de son nom scientifique. Les grands yeux composés, jointifs au sommet de la tête, lui procurent une vision particulièrement étendue, adaptée à la capture de proies en vol.

L’espèce est active le jour, mais elle peut aussi chasser tard en après-midi et au crépuscule. Les mâles patrouillent les habitats propices à la reproduction et poursuivent les intrus ou les femelles; les adultes passent toutefois une partie importante de leur période de maturation et de chasse loin de l’eau, dans les paysages forestiers voisins.

Répartition

L’Aeshna interrupta est une espèce nord-américaine à répartition surtout boréale et montagnarde. Son aire s’étend de l’Alaska et du Yukon jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador, et se prolonge vers le sud dans certaines régions montagneuses de l’Ouest, autour des Grands Lacs et dans le Nord-Est des États-Unis. Sa coloration et ses marques thoraciques peuvent varier considérablement selon les populations et les individus.

Au Québec, les 640 occurrences consignées dans la fiche source indiquent une répartition très étendue. Des observations proviennent de toutes les régions administratives énumérées, notamment de la Capitale-Nationale, des Laurentides, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Mauricie, de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et du Nord-du-Québec. Les mentions sont moins nombreuses à Montréal, en Montérégie et au Centre-du-Québec, ce qui peut refléter à la fois la rareté relative des habitats favorables et un effort d’observation inégal.

La reproduction est associée aux eaux calmes ou peu courantes : étangs, petits lacs, marais, baies abritées, fens et tourbières. L’espèce semble particulièrement à l’aise dans les paysages forestiers et les milieux humides acides ou frais du Bouclier canadien. Les adultes peuvent s’éloigner sensiblement de leur site de reproduction, mais il ne s’agit pas d’une espèce migratrice au sens strict.

Croissance et cycle de vie

Le cycle de vie de l’Aeshna interrupta est surtout aquatique. Après l’accouplement, durant lequel le mâle saisit la femelle derrière la tête avec ses appendices abdominaux, la femelle pond généralement seule. À l’aide de son ovipositeur, elle insère ses œufs dans des végétaux, de la mousse humide ou des débris végétaux près de la surface de l’eau. Les modalités précises d’hivernage peuvent varier selon les conditions locales.

La larve, ou naïade, est une prédatrice brunâtre munie d’un masque labial projetable. Elle subit de nombreuses mues et vit parmi la végétation submergée, les sédiments ou les débris organiques. Dans les eaux froides du Québec, son développement dure vraisemblablement au moins deux ans dans bien des populations et peut être prolongé plus au nord ou dans les milieux particulièrement frais.

À maturité, la naïade quitte l’eau et grimpe sur une tige, un tronc ou une autre structure émergente. L’adulte s’extrait alors de son exuvie, déploie ses ailes et durcit progressivement sa cuticule. Une période de maturation, généralement passée loin de l’eau, précède la reproduction. Les mâles portent souvent des taches abdominales bleues plus marquées; les femelles sont fréquemment verdâtres ou jaunâtres, quoique certaines puissent aussi montrer du bleu. Au Québec, les adultes volent surtout de l’été au début de l’automne, avec des observations possibles jusqu’en octobre.

Relations avec l'humain

Aucune exploitation particulière de l’Aeshna interrupta n’est signalée. La fiche source ne lui attribue pas de statut sous la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec; elle ne fournit toutefois pas non plus d’évaluation détaillée de son état de conservation. Même une espèce largement répartie demeure dépendante de la qualité des milieux humides où se déroule son développement larvaire.

Le drainage, la perturbation des tourbières, la modification des rives, la pollution et la disparition de petites mares peuvent réduire les habitats de reproduction à l’échelle locale. Les changements climatiques pourraient aussi modifier la durée d’inondation des mares, la température de l’eau et la structure de la végétation des milieux humides boréaux.

Les libellules ont alimenté diverses croyances populaires nord-américaines, notamment celles associées aux « aiguilles à repriser » ou aux « aiguilles du diable ». Elles ne possèdent toutefois ni dard ni venin et ne représentent pas un danger pour les personnes. Une grande æschne manipulée peut tout au plus pincer légèrement avec ses mandibules. Les observations naturalistes et les inventaires d’odonates contribuent à documenter sa répartition et à suivre l’état des milieux humides.

Relations avec les autres espèces

Dans les milieux humides québécois, l’Aeshna interrupta est un prédateur à ses deux principaux stades de vie, mais elle est aussi consommée par de nombreux animaux. Les naïades cohabitent avec les larves d’autres libellules et demoiselles, les dytiques, les notonectes et divers insectes aquatiques prédateurs. Elles peuvent entrer en compétition avec ces organismes pour les petites proies aquatiques.

Les naïades sont à leur tour vulnérables aux poissons, aux salamandres, à d’autres grandes larves d’odonates, ainsi qu’à certains oiseaux et insectes aquatiques. Les petits plans d’eau dépourvus de poissons peuvent offrir des conditions favorables à de nombreuses libellules, puisque la prédation exercée par les poissons y est absente.

Les adultes sont capturés occasionnellement par des oiseaux insectivores, des araignées et des amphibiens postés près des rives. Ils peuvent aussi porter des larves d’acariens aquatiques, notamment du genre Arrenurus, qui se fixent temporairement à leur corps. En chassant les insectes volants, cette æschne participe aux réseaux alimentaires des forêts, des tourbières et des rives, sans pour autant constituer à elle seule un moyen de contrôle des insectes piqueurs.

Régime alimentaire

L’Aeshna interrupta est carnivore à tous les stades de son développement. La naïade chasse surtout à l’affût parmi les plantes submergées et les débris. Elle saisit ses proies grâce à son masque labial projetable. Les jeunes larves consomment notamment de petits crustacés et des larves d’insectes; les stades plus grands peuvent capturer des larves de moustiques et de chironomes, des éphémères, des amphipodes, des têtards et, à l’occasion, de très petits poissons. Le cannibalisme peut se produire lorsque les densités de larves sont élevées.

L’adulte attrape ses proies en vol. Ses pattes, garnies de longues soies, forment un panier qui permet de retenir l’insecte capturé. Son régime comprend surtout des diptères, tels que moustiques, mouches noires, brûlots et chironomes, mais aussi des éphémères, de petits papillons et d’autres insectes volants. Les grandes libellules peuvent parfois s’attaquer à de plus petits odonates.

La disponibilité des proies varie au cours de la saison. En été, les adultes chassent fréquemment au-dessus des clairières, des chemins forestiers et des lisières où les insectes se concentrent. Par temps plus frais, à la fin de la saison, leur activité se limite davantage aux périodes les plus chaudes et les plus ensoleillées de la journée.

Anecdotes

  • L’épithète interrupta renvoie aux bandes du thorax, souvent divisées ou incomplètes. Ce caractère est utile pour l’identification, mais il doit être considéré avec d’autres marques, car l’espèce est variable.
  • Les libellules sont des chasseuses aériennes remarquablement habiles. Plutôt que de suivre simplement leur proie, elles peuvent ajuster leur trajectoire afin d’intercepter l’insecte en vol.
  • Les yeux composés des grandes æschnes comptent des milliers de facettes et couvrent une très large portion du champ visuel. Cette vision, combinée à la mobilité indépendante des quatre ailes, explique leur agilité en vol.
  • Le nom anglais traditionnel darning needle a nourri la croyance voulant que les libellules puissent recoudre les lèvres des enfants menteurs. Elles n’ont pourtant ni dard ni venin.
  • Au Québec, l’espèce peut être observée tard dans la saison. Lors des journées fraîches, une libellule peut se poser dans un endroit ensoleillé afin de se réchauffer avant de reprendre ses activités.
  • Les exuvies laissées après l’émergence constituent des indices utiles de reproduction locale. Leur identification demande toutefois souvent un examen attentif des caractères larvaires.

Sources

  1. Liste de la faune vertébrée du Québec (LFVQ)
  2. GBIF — occurrences au Québec

Modèles ayant contribué : Visuel — Organisme dans son milieu — Catalogue · Visuel — Organisme détouré — Catalogue · Visuel — Traces et indices — GPT Image 2

Mots-clés : insectes, aeshnidae, québec, vivant

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