Portrait et mode de vie
Le canard colvert est un anatidé de taille moyenne à grande, appartenant au groupe des canards barboteurs (ou canards de surface), qui s'alimentent en filtrant l'eau peu profonde et en basculant l'avant du corps sans plonger complètement.
Le dimorphisme sexuel est marqué en plumage nuptial :
- le mâle porte une tête vert foncé à reflets métalliques, un étroit collier blanc, une poitrine brun marron, un corps gris pâle et un bec jaunâtre ; des plumes recourbées forment de petites boucles au-dessus de la queue ;
- la femelle est brun chamois, fortement tachetée de brun sombre, avec un bec orangé marqué de brun.
Chez les deux sexes, le miroir alaire bleu violacé bordé de blanc constitue un critère d'identification fiable, y compris en vol. Après la reproduction, le mâle mue en plumage d'éclipse et ressemble alors davantage à la femelle.
L'espèce est sonore : la femelle émet le « coin-coin » sonore et décroissant typique du canard, tandis que le mâle produit des sons plus rauques et discrets. Le vol est rapide et direct, et l'envol se fait par une détente verticale depuis la surface de l'eau, sans course d'élan, comportement caractéristique des barboteurs.
Le colvert s'adapte remarquablement à la présence humaine. Il fréquente les étangs de parcs, les bassins de rétention, les fossés et les rives aménagées, où il peut devenir familier. Au Québec, une partie de la population migre vers le sud à l'automne, mais des individus hivernent là où subsistent des eaux libres, notamment sur le fleuve Saint-Laurent et près des rejets d'eau non gelés.
Répartition
Le canard colvert est indigène au Québec et y est considéré comme régulier. Sa répartition provinciale est très vaste, mais inégale.
Québec méridional
L'espèce est signalée dans l'ensemble des régions du Québec méridional. Les plus fortes concentrations se trouvent dans la plaine du Saint-Laurent, en particulier dans les basses-terres, ainsi que dans la vallée de l'Outaouais. Les milieux agricoles ponctués de marais, d'étangs et de fossés lui sont particulièrement favorables, de même que les zones habitées, où il atteint des abondances élevées.
Autres secteurs
Des populations occupent également des secteurs agricoles et ouverts s'étendant des Îles-de-la-Madeleine jusqu'à l'Abitibi-Témiscamingue ; cette dernière région peut soutenir des densités élevées. Plus au nord, le colvert fréquente surtout les tourbières parsemées de mares et les petits plans d'eau bordés de végétation émergente, où il devient plus dispersé.
Aire mondiale
À l'échelle mondiale, Anas platyrhynchos est l'un des canards les plus largement distribués de l'hémisphère Nord, présent en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, et introduit dans plusieurs régions de l'hémisphère Sud. Le Catalogue du vivant indique plus de 850 000 occurrences mondiales recensées dans les données GBIF rattachées au taxon.
Certains milieux protégés du sud du Québec, comme le refuge d'oiseaux migrateurs de l'île Carillon, mentionnent le canard colvert parmi leurs espèces clés.
Croissance et cycle de vie
La formation des couples débute dès l'automne et l'hiver, de sorte que les oiseaux arrivent souvent appariés sur les aires de nidification au printemps. Au Québec, le retour suit de près la fonte des glaces, généralement de la fin de mars à avril selon la latitude.
Le nid est une cuvette au sol, garnie de végétation sèche et abondamment tapissée de duvet arraché par la femelle. Il est habituellement dissimulé dans la végétation herbacée dense, parfois à bonne distance de l'eau, et occasionnellement dans des sites inhabituels comme des îlots de gravier, des plates-bandes urbaines ou des cavités.
La ponte compte généralement une dizaine d'œufs, incubés par la seule femelle. Les canetons sont nidifuges : ils quittent le nid peu après l'éclosion, nagent et se nourrissent d'eux-mêmes sous la garde de la femelle. Le mâle se désintéresse habituellement de la couvée et rejoint des rassemblements de mâles en mue.
La mue des rémiges rend les adultes incapables de voler durant quelques semaines en été ; les oiseaux se réfugient alors dans des marais à couvert dense. Les jeunes acquièrent le vol vers l'âge de deux mois, et la maturité sexuelle est atteinte à leur premier printemps.
La mortalité juvénile est élevée, en raison de la prédation, des conditions météorologiques et de la perte de couvain. Les adultes qui franchissent cette étape peuvent vivre plusieurs années ; des individus bagués ont atteint des âges largement supérieurs à la moyenne de la population.
Régime alimentaire
Le canard colvert est omnivore et opportuniste, ce qui explique en partie sa large répartition.
Son alimentation comprend :
- des graines de plantes aquatiques et palustres, ainsi que des parties végétales tendres ;
- des grains cultivés glanés dans les champs de maïs, d'orge, de blé et d'avoine, surtout en fin d'été et à l'automne ;
- des invertébrés aquatiques : larves d'insectes, mollusques, crustacés et vers, dont la part augmente nettement chez la femelle en période de ponte et chez les canetons en croissance.
Les techniques d'alimentation sont variées : filtrage en surface à l'aide des lamelles du bec, barbotage la tête sous l'eau et le corps basculé, glanage au sol et broutage de la végétation riveraine. La profondeur d'eau exploitée est faible, ce qui rend l'espèce dépendante des marais, des baies peu profondes, des mares de tourbières et des fossés.
Dans les milieux urbains, le colvert consomme aussi des aliments fournis par les visiteurs de parcs. Cette pratique est généralement déconseillée par les organismes fauniques, car le pain et les produits céréaliers transformés offrent une valeur nutritive médiocre et favorisent la concentration des oiseaux et la dégradation de la qualité de l'eau.
Relations avec les autres espèces
Le canard colvert occupe une position centrale dans les réseaux trophiques des milieux humides.
Les œufs et les canetons sont convoités par un large éventail de prédateurs : renard roux, raton laveur, moufette rayée, vison d'Amérique, corneille d'Amérique, goélands, grand brochet et tortues. Les adultes sont notamment vulnérables au grand-duc d'Amérique, au pygargue à tête blanche et aux canidés lorsqu'ils sont au sol ou en mue.
L'espèce cohabite avec de nombreux autres anatidés dans les mêmes marais, dont le canard noir, le canard d'Amérique, la sarcelle d'hiver et le canard souchet, avec lesquels elle partage ressources et sites de repos. Le colvert s'hybride facilement avec des espèces apparentées, en particulier le canard noir ; cette hybridation, conjuguée à l'expansion du colvert vers l'est, est régulièrement évoquée parmi les facteurs susceptibles d'influer sur les populations de canard noir dans l'est du continent.
Relations avec l'humain
Le canard colvert entretient une relation ancienne et étroite avec les sociétés humaines. Il constitue la souche ancestrale de la plupart des races de canards domestiques, dont les formes de basse-cour élevées au Québec.
Chasse et gestion
L'espèce figure parmi les gibiers d'eau les plus recherchés au Québec. À titre d'oiseau migrateur considéré comme gibier, sa récolte est encadrée par la réglementation fédérale sur les oiseaux migrateurs, qui fixe annuellement les dates de saison, les limites de prise et de possession par district de chasse. Les relevés de populations d'oiseaux menés par les autorités fédérales servent au suivi de l'espèce.
Terminologie
La forme « canard colvert » est celle retenue par l'Office québécois de la langue française. L'espèce est aussi désignée sous les appellations « canard malard » et « canard sauvage » dans l'usage populaire, tandis que l'anglais utilise Mallard.
Conservation
Au Québec, le canard colvert porte le rang de précarité S5B, correspondant à une population nicheuse répandue et abondante; le Catalogue du vivant porte la mention « Non suivie » dans son champ LEMV. Le programme national Espèces sauvages le classe « en sécurité » au Québec. Il demeure néanmoins sensible à la perte et au drainage des milieux humides, principal enjeu de conservation de la sauvagine dans la vallée du Saint-Laurent.
Anecdotes
- Le mâle ne « cancane » pas : le célèbre coin-coin sonore attribué au canard est presque exclusivement l'apanage de la femelle.
- Les plumes recourbées formant des « boucles » au-dessus de la queue constituent un ornement distinctif du mâle.
- En plumage d'éclipse, le mâle devient si semblable à la femelle que le bec jaunâtre demeure l'un des meilleurs indices de reconnaissance.
- Le miroir alaire bleu bordé de deux liserés blancs reste visible même sur un oiseau au repos et permet une identification rapide en milieu urbain.
- La femelle transporte son duvet dans le nid en le prélevant sur sa propre poitrine ; elle en recouvre les œufs lorsqu'elle s'absente.
- Les nids installés loin de l'eau obligent parfois la femelle à mener ses canetons sur plusieurs centaines de mètres, traversées de rues comprises en milieu urbanisé.