Toponymie
Le nom du mont Albert rend hommage au prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, époux de la reine Victoria. Selon la Commission de toponymie du Québec, l'arpenteur-géologue Alexander Murray, qui participait aux premiers travaux d'exploration géologique de la Gaspésie au milieu du XIXe siècle, aurait atteint le sommet le 26 août 1845, jour de l'anniversaire du prince, ce qui expliquerait le choix de la dénomination.
Les deux principales hauteurs de la montagne portent des noms distincts : le sommet Albert Sud, point culminant, et le sommet Albert Nord. Le plateau qui les sépare est connu sous le nom de Table à Moïse. Le nom de la montagne a également été repris pour désigner le territoire non organisé de Mont-Albert, dans la municipalité régionale de comté de La Haute-Gaspésie, sur lequel elle se trouve.
Situation et relief
Le mont Albert se dresse au cœur de la péninsule gaspésienne, dans la chaîne des monts Chic-Chocs, qui fait partie du prolongement nord-est du système appalachien. Il est situé dans le parc national de la Gaspésie, sur le territoire non organisé de Mont-Albert, dans la MRC de La Haute-Gaspésie, région administrative de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
La montagne présente une silhouette massive, dominée par un plateau sommital étendu plutôt que par une pointe isolée. Les données de la Commission de toponymie du Québec établissent les altitudes suivantes :
| Élément | Altitude |
|---|---|
| Sommet Albert Sud (point culminant du mont Albert) | 1 151 m |
| Sommet Albert Nord | 1 070 m |
Entre ces deux hauteurs s'étend la Table à Moïse, un plateau dénudé à végétation alpine. Les versants de la montagne sont entaillés de ravins, dont le ravin du Diable. L'altitude et l'exposition aux vents confèrent au sommet des conditions climatiques rigoureuses, qui limitent la croissance des arbres et favorisent une végétation de type toundra.
Le mont Albert compte parmi les sommets les plus élevés du sud du Québec, dans un secteur des Chic-Chocs et des monts McGerrigle où se trouvent plusieurs des plus hautes montagnes de la province, dont le mont Jacques-Cartier.
Géologie
Le mont Albert se distingue géologiquement de la plupart des sommets voisins par la nature de sa roche. Son plateau sommital est formé de serpentine, une roche issue de la transformation de roches ultramafiques provenant du manteau terrestre. Ces roches, riches en magnésium et en fer, se seraient mises en place lors des épisodes de formation des Appalaches, au cours desquels des fragments de croûte océanique et de manteau ont été charriés sur la marge continentale.
L'oxydation des minéraux de la serpentine donne à la surface du plateau une teinte orangée caractéristique, qui contraste avec les roches des montagnes environnantes. Selon la Sépaq, le mont Albert constitue le seul endroit au Québec où la serpentine affleure en milieu alpin.
La géologie du secteur a fait l'objet d'une étude gouvernementale de cartographie portant sur le complexe du mont Albert et la région du lac Cascapédia, publiée en 1980 par le ministère de l'Énergie et des Ressources du Québec (rapport DPV-705). Ce document fait partie du corpus de référence sur la géologie des Chic-Chocs.
Végétation et flore
Le sol dérivé de la serpentine est pauvre en éléments nutritifs essentiels et chargé en magnésium et en certains métaux, ce qui le rend peu favorable à la plupart des végétaux. Combinée au climat alpin du sommet, cette contrainte explique la présence d'une toundra alpine clairsemée sur le plateau, composée de plantes basses adaptées à la fois au froid, au vent et à la composition chimique particulière du substrat.
Ces conditions ont favorisé l'établissement d'une flore singulière comprenant plusieurs espèces rares au Québec. La Sépaq signale notamment :
- le saule à bractées vertes ;
- la verge d'or à bractées vertes.
Ces deux plantes sont considérées comme endémiques de la région du mont Albert. Le plateau et les versants accueillent en outre d'autres espèces associées aux sols serpentiniques ou aux milieux alpins, dont la répartition au Québec est très restreinte.
Sur les pentes inférieures, la toundra cède progressivement la place à une végétation arbustive puis à la forêt, selon un étagement typique des montagnes gaspésiennes.
Habitat floristique protégé
Une portion importante de la montagne est protégée à titre d'habitat floristique de la Serpentine-du-Mont-Albert, désigné dans le Règlement sur les espèces floristiques menacées ou vulnérables et leurs habitats, adopté en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec.
Selon le gouvernement du Québec, cet habitat couvre 2 727,56 hectares à l'intérieur du parc national de la Gaspésie. Il comprend :
- le plateau de serpentine ;
- les pentes du ravin du Diable ;
- des portions des versants est et sud, à partir de 550 mètres d'altitude.
La désignation vise à préserver les populations de plantes menacées ou vulnérables qui dépendent de ce milieu. Elle s'ajoute à la protection offerte par le statut de parc national, administré par la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq), qui encadre les activités humaines sur le territoire.
Fréquentation
Le mont Albert est l'un des principaux attraits du parc national de la Gaspésie. Un sentier de randonnée permet d'en atteindre le plateau sommital, et la montagne figure parmi les destinations de randonnée alpine les plus fréquentées de la péninsule gaspésienne. Le secteur du mont Albert, au pied de la montagne, accueille les principaux services d'accueil et d'hébergement du parc.
En raison de la fragilité de la végétation alpine et des plantes rares qui s'y trouvent, la circulation sur le plateau est encadrée par les règles du parc, qui demandent notamment de rester dans les sentiers balisés. Le sommet est également fréquenté par le caribou de la Gaspésie, population isolée dont la conservation entraîne des mesures de gestion de l'accès à certains secteurs montagneux du parc.

