Définition et nomenclature
La franconite est une espèce minérale de la classe des oxydes, plus précisément un oxyde hydraté de sodium et de niobium. Sa description scientifique a été publiée en 1984 dans la revue The Canadian Mineralogist par une équipe de minéralogistes canadiens associés notamment à la Commission géologique du Canada, dont John L. Jambor et Ann P. Sabina.
Le nom du minéral renvoie à sa localité type, la carrière Francon, exploitée dans le secteur de Saint-Michel, sur l'île de Montréal. Cette carrière tenait elle-même son nom de l'entreprise qui l'exploitait. La franconite s'inscrit ainsi dans une petite série d'espèces minérales nommées d'après des lieux québécois.
La franconite a donné son nom à un petit groupe de minéraux apparentés, le groupe de la franconite, qui réunit des oxydes hydratés de niobium à cations alcalins ou alcalino-terreux. L'hochelagaïte, un analogue calcique décrit lui aussi à partir de la carrière Francon et dont le nom évoque Hochelaga, en fait partie.
Composition et propriétés
La franconite est un oxyde de niobium contenant du sodium, des groupements hydroxyle et de l'eau de structure. Sa formule idéale est généralement donnée sous la forme NaNb₂O₅(OH)·3H₂O. Le niobium en est le constituant métallique principal, ce qui la rattache à la famille des minéraux niobifères typiques des milieux alcalins et carbonatitiques.
Le minéral cristallise dans le système monoclinique. Il se présente le plus souvent sous forme de sphérules ou de rosettes millimétriques composées de cristaux lamellaires ou fibreux, de couleur blanche, à éclat vitreux à soyeux. La petitesse des cristaux impose l'usage de la diffraction des rayons X et de la microsonde électronique pour une identification certaine ; la franconite ne peut pas être reconnue de façon fiable à l'œil nu.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Classe | Oxydes (oxyde hydraté) |
| Éléments essentiels | Sodium, niobium, oxygène, hydrogène |
| Système cristallin | Monoclinique |
| Couleur | Blanc |
| Habitus | Sphérules et rosettes de cristaux lamellaires |
La franconite ne présente aucun intérêt économique : sa rareté et la taille de ses cristaux la cantonnent au domaine de la recherche minéralogique et des collections.
Gisement type : la carrière Francon
La carrière Francon est située dans le secteur de Saint-Michel, dans l'actuel arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, à Montréal. Exploitée au XXe siècle pour la pierre calcaire, utilisée comme granulat et matériau de construction, elle faisait partie d'un ensemble de grandes carrières qui ont marqué le paysage du nord-est de l'île, aux côtés de la carrière Miron.
Après la fin de l'extraction, l'excavation a été reconvertie par la Ville de Montréal en site de dépôt des neiges usées. Ce changement de vocation a mis fin à l'accès des collectionneurs et des chercheurs aux parois et aux déblais, ce qui confère une valeur patrimoniale particulière aux spécimens recueillis pendant la période d'exploitation.
Pendant les décennies d'activité, les travaux d'abattage ont mis au jour un filon-couche de roche ignée riche en cavités, ou géodes, qui a livré de nombreux minéraux rares. Les collectionneurs amateurs ont joué un rôle important dans la récolte d'échantillons, souvent transmis ensuite à la Commission géologique du Canada ou au Musée canadien de la nature pour étude. C'est dans ce cadre que la franconite a été reconnue comme espèce nouvelle.
Contexte géologique
L'île de Montréal appartient à la province géologique de la plateforme du Saint-Laurent, constituée de roches sédimentaires paléozoïques peu déformées qui reposent sur le socle précambrien de la province de Grenville. Au droit de la carrière Francon, ces roches sont surtout des calcaires d'âge ordovicien.
Au Crétacé, cette couverture sédimentaire a été recoupée par les intrusions magmatiques alcalines de la province des Montérégiennes, dont le mont Royal est l'expression la plus connue à Montréal. Ce magmatisme s'est accompagné de la mise en place de dykes et de filons-couches dans les calcaires environnants.
À la carrière Francon, l'intrusion se présente sous forme de filons-couches décrits comme une silicocarbonatite, c'est-à-dire une roche carbonatée d'origine ignée modifiée par un apport siliceux. Le milieu se distingue par des teneurs relativement élevées en sodium, en zirconium et en niobium. La dawsonite, un carbonate d'aluminium et de sodium, y est abondante.
La franconite s'est formée à basse température, à un stade tardif, par cristallisation à partir de fluides circulant dans les cavités de cette roche. Elle y côtoie d'autres minéraux secondaires de sodium, de zirconium et de niobium, témoins de la chimie particulière de ces fluides résiduels.
Minéraux associés et patrimoine minéralogique
La carrière Francon est reconnue comme l'une des localités minéralogiques les plus remarquables du Canada. Plusieurs espèces y ont été décrites pour la première fois, ce qui fait de l'île de Montréal un lieu de référence pour la minéralogie des carbonates et des oxydes rares.
Parmi les minéraux dont la carrière Francon est la localité type ou l'une des localités types figurent notamment :
- la franconite, oxyde hydraté de sodium et de niobium ;
- l'hochelagaïte, analogue calcique de la franconite ;
- la weloganite, carbonate de sodium, de strontium et de zirconium ;
- la sabinaïte, carbonate de sodium, de zirconium et de titane.
La dawsonite, la calcite, le quartz et divers minéraux zirconifères accompagnent fréquemment ces espèces dans les cavités.
Cet ensemble s'inscrit dans le patrimoine minéralogique plus large du Québec méridional, où les intrusions montérégiennes, en particulier le mont Saint-Hilaire, ont également livré un nombre considérable d'espèces nouvelles. La franconite et ses minéraux associés sont conservés dans des collections institutionnelles canadiennes, dont celles du Musée canadien de la nature, ainsi que dans des collections privées.