Jeunesse et formation
André Mathieu naît à Montréal le 18 février 1929. Il grandit dans un milieu musical : son père, Rodolphe Mathieu, est compositeur et pédagogue, et sa mère, Wilhelmine Gagnon, est violoniste. L'enfant manifeste très tôt des aptitudes exceptionnelles pour le piano et commence à composer de courtes pièces dès ses premières années, ce qui lui vaut rapidement une réputation d'enfant prodige dans le milieu musical montréalais.
En 1936, une bourse du gouvernement du Québec permet à la famille de s'installer à Paris afin que le jeune musicien y poursuive sa formation. Ce séjour parisien l'expose à la vie musicale française et lui donne l'occasion de se produire devant le public et la critique européenne, qui accueillent ses prestations avec intérêt. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale entraîne le retour de la famille en Amérique.
Mathieu poursuit ensuite ses études à New York. Ces années de formation, partagées entre la France, les États-Unis et le Québec, façonnent un langage musical ancré dans la tradition pianistique romantique.
Carrière de concertiste
Dès l'enfance, André Mathieu mène une double activité de pianiste et de compositeur, interprétant fréquemment ses propres œuvres en concert. Ses apparitions publiques à Montréal, à Paris puis à New York contribuent à faire de lui l'une des figures les plus remarquées de la musique classique canadienne-française de la fin des années 1930 et des années 1940.
La notoriété du jeune musicien repose en grande partie sur la précocité de son talent. Les comparaisons avec les grands enfants prodiges de l'histoire de la musique accompagnent alors sa carrière et nourrissent l'image publique qui lui est associée.
Après la guerre, la transition vers une carrière d'adulte se révèle difficile. L'intérêt suscité par l'enfant prodige s'estompe, tandis que les orientations esthétiques de la musique savante d'après-guerre s'éloignent du style romantique qu'il privilégie.
Œuvre
La production d'André Mathieu se rattache principalement à la tradition romantique et post-romantique, avec une écriture pianistique virtuose et lyrique. Elle comprend des pièces pour piano seul, de la musique de chambre et des œuvres concertantes pour piano et orchestre.
Concerto de Québec
Son œuvre la plus célèbre est le Concerto no 3 pour piano et orchestre, connu sous le nom de Concerto de Québec. Une version abrégée en a été utilisée dans le film canadien La Forteresse, tourné à Québec, ce qui a largement contribué à faire connaître la pièce auprès du grand public. Le titre sous lequel l'œuvre est passée à la postérité rappelle ce lien avec la ville de Québec.
Autres œuvres
Outre ce concerto, son catalogue comprend notamment d'autres pièces concertantes, dont un Concertino no 2, ainsi que des œuvres pour piano telles que la Rhapsodie romantique. Une partie de ses partitions est conservée dans le fonds d'archives de la famille Mathieu à Bibliothèque et Archives Canada.
Musique des Jeux olympiques
Des extraits de ses œuvres ont été associés à la musique des Jeux olympiques de Montréal de 1976, ce que rappelle notamment la notice toponymique de la Ville de Montréal consacrée à l'avenue qui porte son nom.
Dernières années et mort
Les dernières années de la vie d'André Mathieu sont marquées par des difficultés personnelles et professionnelles. Sa carrière ne retrouve pas l'éclat de ses débuts et le compositeur se trouve progressivement en marge de la vie musicale. Sa trajectoire, passée d'une gloire précoce à une relative obscurité, a été qualifiée de « sombre destin » dans des retours journalistiques consacrés à sa biographie.
André Mathieu meurt à Montréal le 2 juin 1968, à l'âge de 39 ans. Sa disparition passe relativement inaperçue à l'époque, au regard de la notoriété qui avait entouré son enfance.
Postérité
Après sa mort, l'œuvre d'André Mathieu connaît une période d'oubli relatif avant de faire l'objet d'un intérêt renouvelé. Des interprètes, des chercheurs et des institutions s'attachent à faire redécouvrir sa musique par de nouveaux enregistrements, des concerts et des travaux de recherche.
La musicologie québécoise s'est penchée sur son parcours et sur l'état de son catalogue ; la Société québécoise de recherche en musique a notamment publié un article intitulé « André Mathieu : encore bien des questions… », qui témoigne des interrogations persistantes sur la chronologie et l'authenticité de certaines sources entourant le compositeur.
Sur le plan documentaire, le fonds de la famille Mathieu, conservé et décrit par Bibliothèque et Archives Canada, réunit des documents relatifs à sa vie et à sa carrière musicale, ainsi que des partitions et des photographies. La Bibliothèque nationale de France dispose également d'une notice d'autorité à son nom, signe de la reconnaissance de son œuvre au-delà du Québec.
La vie du compositeur a par ailleurs inspiré des œuvres biographiques, dont le long métrage de fiction L'Enfant prodige (2010), réalisé par Luc Dionne.
Hommages et toponymie
La mémoire d'André Mathieu est inscrite dans la toponymie québécoise, officialisée par la Commission de toponymie du Québec. Plusieurs voies de communication portent son nom :
| Odonyme | Municipalité |
|---|---|
| Avenue André-Mathieu | Montréal |
| Rue André-Mathieu | Montréal |
| Rue André-Mathieu | Sherbrooke |
| Rue André-Mathieu | Vaudreuil-Dorion |
La notice que la Ville de Montréal consacre à l'avenue André-Mathieu rappelle le lien entre l'œuvre du compositeur et la musique des Jeux olympiques de 1976, tenus dans la métropole. Ces dénominations s'inscrivent dans la pratique québécoise de commémoration des personnalités ayant marqué la vie culturelle de la province.