Jeunesse et débuts
Alice Robitaille naît à Québec le 3 février 1923 et grandit dans le quartier Saint-Sauveur, en basse-ville. Elle manifeste très tôt des aptitudes pour le chant et la scène et se produit dès l’enfance, notamment lors de spectacles et à la radio locale, ce qui lui vaut une notoriété précoce dans sa ville natale.
Adolescente, elle s’installe à Montréal, alors centre principal du spectacle de langue française au Canada. Elle y obtient ses premiers engagements professionnels, en particulier au Théâtre National, où elle se produit auprès de Rose Ouellet, dite La Poune, figure du burlesque québécois. Ce milieu du théâtre de variétés, qui réunit chanson, sketches et numéros comiques, constitue sa formation de scène.
Elle adopte le nom de scène d’Alys Robi, forme abrégée de son patronyme, sous lequel elle mène l’ensemble de sa carrière.
Carrière dans les années 1940
Au cours des années 1940, Alys Robi devient l’une des chanteuses les plus en vue au Canada. Elle se produit dans des cabarets et participe à des émissions radiophoniques, au Québec comme à l’étranger. Selon L’Encyclopédie canadienne, elle chante également sur le réseau anglais de la Société Radio-Canada, ce qui élargit son public au-delà de la population francophone.
Sa popularité est attestée par les trophées de popularité qu’elle obtient en 1944 et en 1945. Sa carrière prend alors une dimension internationale, faisant d’elle l’une des premières artistes québécoises de la chanson populaire à se produire hors du pays.
Cette période correspond à l’essor de la radio comme principal vecteur de diffusion musicale et à la vogue des rythmes latino-américains en Amérique du Nord, deux phénomènes dont elle profite et qu’elle contribue à faire connaître auprès du public québécois.
Répertoire et style
Le répertoire d’Alys Robi se distingue par la place qu’y occupent les chansons d’origine ou d’inspiration latino-américaine, interprétées en plusieurs langues. Parmi ses succès figurent :
- « Tico-Tico » ;
- « Amor, amor » ;
- « Besame mucho » ;
- « Jalousie ».
Ce choix de pièces rythmées et exotiques pour l’époque tranche avec la chanson française et le folklore qui dominent alors la scène québécoise. Son jeu de scène, issu du théâtre de variétés, et son image de vedette contribuent à façonner un modèle de chanteuse populaire moderne au Québec, avant l’essor des boîtes à chansons et des chansonniers des années 1950 et 1960.
Maladie et internement
À la fin des années 1940, un accident de voiture et des problèmes de santé interrompent brutalement la carrière d’Alys Robi. Atteinte de troubles psychiques, elle est internée dans un établissement psychiatrique de la région de Québec, où elle demeure plusieurs années ; le sous-titre de son second livre évoque « cinq années à l’asile ». Plusieurs sources rapportent qu’elle y subit une lobotomie, intervention alors pratiquée en psychiatrie.
Cet épisode, longtemps tu, devient par la suite un élément central de sa biographie publique. Le récit qu’elle en fait contribue à attirer l’attention sur les conditions de vie dans les asiles québécois du milieu du XXe siècle et sur la stigmatisation des personnes atteintes de maladie mentale.
Retour et redécouverte
À sa sortie, Alys Robi revient sur scène, mais elle ne retrouve pas la renommée dont elle jouissait avant son internement. Le paysage musical a changé et la vedette des années 1940 se produit désormais dans des circuits plus modestes.
À partir des années 1970, elle connaît un regain d’attention au Québec, où elle est présentée comme une pionnière de la chanson populaire. Elle publie deux autobiographies :
| Année | Titre |
|---|---|
| 1980 | Ma carrière et ma vie |
| 1990 | Un long cri dans la nuit : cinq années à l’asile |
Le second ouvrage, consacré à son internement, accroît sa visibilité auprès d’un nouveau public. Alys Robi meurt à Montréal le 28 mai 2011, à l’âge de 88 ans.
Postérité
La vie d’Alys Robi a fait l’objet de plusieurs œuvres. Une télésérie biographique lui est consacrée, et le film Ma vie en cinémascope (2004) retrace son parcours, de ses débuts à Québec jusqu’à son internement.
Sa mémoire est également inscrite dans la toponymie québécoise, officialisée par la Commission de toponymie du Québec :
- le parc Alys-Robi, à Québec, aménagé près du lieu où elle est née et a grandi, dans le quartier Saint-Sauveur ; une plaque et des titres de chansons y rappellent sa carrière ;
- le parc Lady-Alys-Robi, à Montréal ;
- l’impasse Alys-Robi, à Cantley, en Outaouais.
Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec la recense parmi les personnages marquants de l’histoire culturelle québécoise, et la Ville de Montréal lui consacre une notice dans sa série « Mémoires des Montréalais ».