Formation
Beau Dommage s'est formé à Montréal au début des années 1970, dans le contexte d'effervescence de la chanson québécoise qui suit la Révolution tranquille. Les sources situent les débuts du groupe en 1972 ou en 1973. Cet écart s'explique par la différence entre la période où les musiciens commencent à collaborer et celle où la formation prend son nom et sa composition définitive. La parution du premier album, en décembre 1974, marque l'entrée du groupe sur la scène publique.
Le groupe réunit des auteurs, des compositeurs et des interprètes qui partagent l'écriture et le chant. Cette organisation collective distingue Beau Dommage des chansonniers solistes qui dominaient alors la chanson francophone au Québec. Le parolier Pierre Huet, qui ne monte pas sur scène, contribue à l'écriture de plusieurs textes du répertoire.
Membres
La formation la plus connue du groupe réunit les musiciens suivants :
- Michel Rivard : chant, guitare, auteur-compositeur ;
- Pierre Bertrand : chant, basse, auteur-compositeur ;
- Robert Léger : chant, flûte, claviers, auteur-compositeur ;
- Marie Michèle Desrosiers : chant, claviers ;
- Réal Desrosiers : batterie ;
- Michel Hinton : claviers.
Pierre Huet collabore à l'écriture des textes.
Après la séparation de 1978, plusieurs membres entreprennent une carrière individuelle. C'est le cas de Michel Rivard, de Pierre Bertrand et de Marie Michèle Desrosiers, dont les parcours en solo prolongent la présence du groupe dans le paysage musical québécois.
Carrière de 1974 à 1978
Le premier album, intitulé Beau Dommage, paraît en décembre 1974 et obtient rapidement du succès au Québec. On y trouve plusieurs chansons devenues des classiques du répertoire québécois :
- « La complainte du phoque en Alaska » ;
- « Le Picbois » ;
- « Ginette » ;
- « 23 décembre ».
Le groupe publie ensuite trois autres albums studio :
| Année | Album |
|---|---|
| 1974 | Beau Dommage |
| 1975 | Où est passée la noce ? |
| 1977 | Un autre jour arrive en ville… |
| 1977 | Passager |
Pendant ces années, Beau Dommage donne des spectacles au Québec et dans l'Europe francophone. Le groupe cesse ses activités en 1978.
Style et thèmes
La musique de Beau Dommage combine le folk, le rock et la tradition de la chanson francophone. Elle repose sur des harmonies vocales à plusieurs voix, qui sont devenues la marque du groupe.
Les textes décrivent la vie urbaine montréalaise et québécoise : les quartiers populaires, les ruelles, les relations amoureuses, les fêtes et les saisons. Le registre est souvent intime et fait une large place à la langue parlée au Québec. Cette approche contraste avec le ton plus solennel ou revendicateur d'une partie de la chanson de l'époque.
« La complainte du phoque en Alaska » est l'exemple le plus connu de cette écriture. Sous la forme d'une fable, la chanson traite de la solitude et de l'éloignement. Elle demeure l'une des œuvres les plus reprises du répertoire du groupe.
Retrouvailles
Beau Dommage se réunit en 1994 et publie la même année un nouvel album. Cette reformation est suivie d'une tournée. Au Gala de l'ADISQ de 1995, le groupe obtient une reconnaissance importante, qui confirme l'attachement du public québécois à son répertoire près de vingt ans après la séparation.
Le groupe se reforme ensuite de façon ponctuelle à l'occasion de spectacles et d'hommages. La presse a rendu compte de ces retrouvailles, notamment en 2009.
Reconnaissance et héritage
L'Assemblée nationale du Québec remet en 2009 une médaille d'honneur à Beau Dommage, en reconnaissance de sa contribution à la culture québécoise.
En 2015, une ruelle de l'arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal, reçoit le nom du groupe. Une fresque est dévoilée à cette occasion. Cet hommage fait écho à la place qu'occupent les ruelles et la vie de quartier dans les chansons du groupe.
Le répertoire de Beau Dommage fait l'objet d'études et d'ouvrages, dont Beau Dommage. Tellement on s'aimait de Robert Thérien, recensé dans la revue Recherches sociographiques. Les archives de Radio-Canada et de Bibliothèque et Archives nationales du Québec conservent des documents sur la carrière du groupe. Celui-ci est aujourd'hui considéré comme l'une des formations marquantes de la chanson québécoise des années 1970.