Portrait et mode de vie
L’aiguillat commun (Squalus acanthias) est un petit requin élancé au museau pointu, gris ardoise à brunâtre sur le dos et pâle sur le ventre. Les jeunes portent souvent des taches blanches bien visibles sur les flancs, qui peuvent s’atténuer avec l’âge. Dans l’Atlantique Nord-Ouest, les adultes mesurent généralement de 70 cm à un peu plus de 1 m; les femelles deviennent habituellement plus grandes que les mâles et peuvent approcher 1,2 m.
Ses deux nageoires dorsales sont précédées d’une robuste épine, associée à une glande à venin; une piqûre peut être douloureuse. L’absence de nageoire anale aide à distinguer l’espèce de plusieurs autres requins. Comme les autres requins, l’aiguillat n’a pas de vessie natatoire : un grand foie riche en huile contribue à sa flottabilité.
C’est une espèce grégaire qui forme parfois de vastes bancs, souvent regroupés selon la taille ou le sexe. Elle fréquente autant les eaux côtières que le plateau continental, près du fond ou dans la colonne d’eau, et effectue des déplacements verticaux et saisonniers en fonction de la température et des proies. Son odorat, sa ligne latérale et ses ampoules de Lorenzini lui permettent de détecter efficacement les proies, y compris dans l’obscurité ou en eau trouble.
Répartition
L’aiguillat commun est largement réparti dans les eaux tempérées et froides. Il est présent dans l’Atlantique Nord-Ouest et Nord-Est, en Méditerranée et dans le Pacifique Nord. Des populations semblables de l’hémisphère Sud ont aussi été autrefois incluses sous ce nom, mais leur statut taxinomique a été révisé ou demeure complexe selon les régions.
Dans l’Atlantique Nord-Ouest, l’espèce fréquente le plateau continental, du Labrador jusqu’au sud-est des États-Unis. Elle est particulièrement abondante dans certaines portions du golfe du Maine, du banc de Georges et des eaux maritimes canadiennes. Au Québec, elle est indigène, régulière et confirmée dans les eaux marines du Saint-Laurent. Son statut provincial indique une présence toute l’année, bien que son abondance locale et sa profondeur de fréquentation puissent varier fortement avec les saisons.
Au printemps et en été, des aiguillats peuvent se rapprocher de secteurs côtiers lorsque les conditions thermiques et les concentrations de proies sont favorables. En période froide, une partie des individus peut se tenir plus au large ou dans des eaux plus profondes. Le rang S4 au Québec indique une espèce apparemment en sécurité à l’échelle provinciale. L’absence d’occurrences québécoises dans la base GBIF ne doit pas être interprétée comme une absence de l’espèce dans les eaux du Québec.
Croissance et cycle de vie
L’aiguillat commun possède un cycle vital lent, caractéristique qui limite sa capacité à se rétablir après une forte exploitation. La fécondation est interne : les mâles utilisent leurs ptérygopodes, des prolongements des nageoires pelviennes. L’espèce est vivipare aplacentaire : les embryons se développent dans l’utérus et sont principalement nourris par leur sac vitellin.
La gestation dure habituellement de 18 à 24 mois, ce qui compte parmi les plus longues périodes de gestation connues chez les poissons. Les portées comprennent souvent de deux à une douzaine de petits, selon la taille de la femelle. À la naissance, les jeunes mesurent généralement de 20 à 30 cm. Leurs épines dorsales sont temporairement recouvertes d’une gaine protectrice qui réduit les risques de blessure pour la mère durant la mise bas.
La croissance est lente et les femelles atteignent la maturité plus tardivement que les mâles. Dans l’Atlantique Nord-Ouest, la maturité peut être atteinte après environ une décennie ou davantage, selon le sexe et les conditions de croissance. Les femelles vivent généralement plus longtemps et deviennent plus grandes. L’espèce peut dépasser 30 ans, et certaines estimations suggèrent une longévité encore plus élevée. Cette maturité tardive, combinée à une faible fécondité et à une longue gestation, rend les populations sensibles à la surexploitation.
Relations avec l'humain
L’aiguillat commun a longtemps été considéré comme une nuisance par certains pêcheurs, notamment parce qu’il peut s’emmêler dans les engins, consommer des prises ou endommager des poissons capturés. Il a néanmoins soutenu d’importantes pêches commerciales dans plusieurs régions de l’Atlantique Nord. Sa chair est vendue fraîche, congelée ou fumée; au Royaume-Uni, l’aiguillat peut notamment être commercialisé sous le nom de rock salmon ou de huss, parfois pour les comptoirs de poisson-frites.
Au Québec, l’espèce peut être capturée accessoirement dans diverses pêches marines, notamment avec des engins de fond et des filets maillants. Sa gestion relève de Pêches et Océans Canada. La mention « non suivie » dans le cadre de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec ne constitue pas une évaluation de l’abondance de cette espèce marine relevant principalement de la compétence fédérale.
Les épines dorsales imposent une manipulation prudente, mais l’aiguillat ne représente pas un danger sérieux pour les baigneurs. L’espèce a aussi été largement utilisée en enseignement et en recherche, particulièrement pour l’étude comparative de l’anatomie et de la physiologie des vertébrés.
Relations avec les autres espèces
L’aiguillat commun est un mésoprédateur important des réseaux trophiques marins. En bancs nombreux, il peut exercer une pression notable sur les poissons fourrage et les invertébrés, tout en partageant une partie de ses proies avec la morue, l’aiglefin, les raies et d’autres prédateurs du plateau continental. Son influence écologique varie toutefois selon l’abondance relative des prédateurs, des proies et de l’aiguillat lui-même.
Malgré ses épines, il est consommé par de plus grands requins et par certains mammifères marins, notamment les phoques. Les jeunes aiguillats sont aussi vulnérables à plusieurs poissons prédateurs. Les relations entre l’aiguillat et les stocks de morue de l’Atlantique Nord-Ouest ont fait l’objet de nombreux travaux, mais aucun facteur unique n’explique à lui seul les changements observés dans ces écosystèmes.
Comme d’autres élasmobranches, l’aiguillat héberge divers parasites, dont des cestodes, des nématodes et des copépodes. Certains de ces organismes, souvent associés à un hôte ou à une région particulière, peuvent aider les chercheurs à étudier les déplacements et la structure des populations.
Régime alimentaire
Carnivore opportuniste, l’aiguillat commun consomme une grande variété de proies adaptées à sa taille. Son régime comprend surtout de petits poissons, des calmars et des crustacés. Dans le Saint-Laurent, il peut notamment se nourrir de hareng, de capelan, de maquereau, de lançons, de petits gadidés, de crevettes et d’autres invertébrés disponibles selon la saison et le secteur fréquenté.
Ses dents aplaties, disposées de manière à former une surface coupante continue, sont bien adaptées pour trancher plutôt que pour déchiqueter de grosses proies. L’aiguillat repère sa nourriture grâce à l’odorat, à la ligne latérale et à l’électroréception.
Le régime alimentaire varie avec l’âge, la taille, la profondeur et la disponibilité locale des proies. Les individus qui fréquentent la colonne d’eau consomment davantage de poissons pélagiques, tandis que ceux qui se nourrissent près du fond peuvent capturer une proportion plus élevée d’invertébrés et de poissons démersaux.
Anecdotes
- Avec une gestation pouvant durer près de deux ans, l’aiguillat commun possède l’une des périodes de gestation les plus longues chez les poissons.
- Les épines des nouveau-nés sont couvertes d’une gaine temporaire qui contribue à protéger la mère pendant la mise bas.
- Le nom anglais dogfish, comme l’expression française « chien de mer », évoque surtout le comportement grégaire de l’espèce et non une agressivité envers les humains.
- L’aiguillat a été un animal de dissection classique dans de nombreux cours d’anatomie comparée, notamment en Amérique du Nord.
- Sa chair peut être vendue sous divers noms commerciaux. Au Royaume-Uni, elle est parfois offerte comme rock salmon ou huss plutôt que sous le nom de requin.
- Les anneaux visibles sur les épines dorsales ont été utilisés pour estimer l’âge des individus, bien que l’interprétation de ces marques doive être validée avec prudence.
- Son cycle de vie lent explique pourquoi une population fortement exploitée peut prendre de nombreuses années à se rétablir.
