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Le vivant

Aiguillat noir

L’aiguillat noir (Centroscyllium fabricii) est un petit requin des eaux froides et profondes. Son corps trapu, brun très foncé à noirâtre, porte deux nageoires dorsales précédées d’une épine rigide, un caractère typique de plusieurs aiguillats. Les adultes mesurent le plus souvent moins de 70 cm, bien que de grands individus puissent approcher ou dépasser 1 m.

Traces et indices

Traces et indices de Aiguillat noir
Visuel documentaire des traces typiques
  • Prises accessoires fréquentes dans les chaluts de crevette nordique du chenal Laurentien, entre 400 et 1 200 m de profondeur.
  • Carcasse reconnaissable à sa peau noir brunâtre uniforme et à ses grands yeux verdâtres adaptés à la pénombre.
  • Deux épines dorsales rainurées, celle de la deuxième nageoire dorsale nettement plus longue et courbée, souvent seules retrouvées dans les débris de tri sur le pont.
  • Denticules cutanés en forme de trident (trois pointes) visibles à la loupe, laissant la peau rugueuse au toucher.
  • Photophores minuscules répartis sur le ventre et les flancs, qui brillent faiblement à l'obscurité peu après la capture.
  • Estomacs contenant des restes de crevettes, d'euphausiacés, de méduses et de petits poissons mésopélagiques comme les lanternes.
  • Marques de morsures semi-circulaires sur les poissons capturés dans les filets maillants restés longtemps au fond.
  • Femelles vivipares sans placenta : dissection révélant de 4 à 40 embryons à sac vitellin, jamais de capsules d'oeufs sur le fond.

Portrait et mode de vie

L’aiguillat noir (Centroscyllium fabricii) est un petit requin des eaux froides et profondes. Son corps trapu, brun très foncé à noirâtre, porte deux nageoires dorsales précédées d’une épine rigide, un caractère typique de plusieurs aiguillats. Les adultes mesurent le plus souvent moins de 70 cm, bien que de grands individus puissent approcher ou dépasser 1 m.

Ses yeux sont adaptés à la faible lumière des profondeurs, mais l’odorat, la ligne latérale et d’autres récepteurs sensoriels jouent aussi un rôle important dans la détection des proies. Les dents des mâchoires inférieures, jointives et disposées en rangée, forment une lame dentelée rappelant un peigne; cette particularité est à l’origine du nom anglais Combtooth Dogfish.

Comme d’autres membres de la famille des Etmopteridae, l’aiguillat noir possède des photophores, de petits organes lumineux surtout concentrés sur la face ventrale. Leur lumière bleutée contribuerait notamment à la contre-illumination, un camouflage qui réduit la silhouette de l’animal vue d’en dessous. L’espèce fréquente surtout les pentes continentales et les eaux profondes, généralement entre quelques centaines et plus de 1 000 m de profondeur.

Répartition

L’aiguillat noir vit dans l’Atlantique Nord et les mers arctiques adjacentes. Dans le nord-ouest de l’Atlantique, il est connu notamment au large du Groenland, dans la mer du Labrador, le détroit de Davis et les eaux canadiennes de l’Atlantique, jusqu’aux eaux plus tempérées du nord-est des États-Unis. Il est aussi présent dans l’Atlantique Nord-Est, notamment près de l’Islande, de la Norvège et des îles Féroé.

Au Québec, la fiche de la Liste de la faune vertébrée du Québec le classe comme espèce indigène, régulière et confirmée, présente toute l’année. Son rang S5 indique une espèce considérée comme largement répandue ou abondante à l’échelle du Québec, et elle n’est pas suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

L’espèce est liée aux eaux marines froides et profondes; elle ne fréquente donc pas les secteurs littoraux peu profonds. L’absence d’occurrences québécoises dans la base GBIF ne signifie pas son absence dans les eaux du Québec : les requins des grandes profondeurs sont rarement observés autrement que lors de relevés scientifiques ou de captures en mer.

Croissance et cycle de vie

L’aiguillat noir est vivipare aplacentaire, plus précisément ovovivipare : les embryons se développent dans l’utérus, où ils sont nourris principalement par le vitellus de leur sac vitellin, sans placenta. Les portées comptent habituellement quelques petits à une vingtaine de jeunes. Les nouveau-nés mesurent environ 15 à 20 cm.

Les femelles atteignent généralement une taille supérieure à celle des mâles. La maturité sexuelle est atteinte à une taille relativement modeste, autour de 45 à 55 cm selon le sexe et la population. Les mâles se reconnaissent notamment à leurs ptérygopodes, les organes copulateurs situés le long de la marge interne des nageoires pelviennes.

Comme chez de nombreux requins d’eaux froides et profondes, plusieurs aspects de sa croissance, de sa longévité et de la durée de gestation demeurent mal documentés. Cette biologie relativement peu connue justifie une certaine prudence dans l’évaluation des effets possibles des captures accidentelles. Ses dents et ses denticules cutanés sont remplacés au cours de sa vie.

Relations avec l'humain

L’aiguillat noir vit trop profondément pour être connu de la plupart des pêcheurs récréatifs ou des observateurs du littoral québécois. Il ne fait pas l’objet d’une pêche sportive et ne constitue pas une espèce commerciale importante au Québec. Selon la fiche source, sa gestion relève de Pêches et Océans Canada.

Son principal contact avec les activités humaines est la capture accidentelle dans certaines pêches de fond ou relevés scientifiques effectués en eaux profondes. Les individus capturés peuvent être rejetés, mais la remontée rapide depuis de grandes profondeurs peut entraîner du stress ou des blessures. Les données sur l’ampleur de ces captures dans les eaux du Québec demeurent limitées.

Les requins des profondeurs peuvent être sensibles à une hausse durable de la mortalité, particulièrement lorsque leur croissance ou leur reproduction est lente. Le suivi des prises accessoires et des relevés au large contribue donc à mieux connaître l’aiguillat noir et les communautés animales des fonds marins profonds.

Relations avec les autres espèces

Dans les écosystèmes profonds, l’aiguillat noir occupe une position de prédateur de petite à moyenne taille. Il se nourrit d’invertébrés et de poissons, mais peut lui-même être consommé par de plus grands requins, des poissons prédateurs et, possiblement, certains mammifères marins plongeurs.

Il partage les eaux profondes avec d’autres prédateurs, dont le flétan noir (Reinhardtius hippoglossoides), des grenadiers, des raies et divers requins de profondeur. Ces espèces peuvent exploiter certaines proies semblables, mais leurs préférences de profondeur, de taille de proie et de comportement réduisent vraisemblablement la concurrence directe.

Comme les autres élasmobranches, l’aiguillat noir peut héberger des parasites spécialisés, notamment des vers parasites du tube digestif et des copépodes associés à la peau ou aux branchies. Ces relations parasitaires font partie intégrante des réseaux alimentaires marins, encore peu connus dans les habitats profonds.

Régime alimentaire

L’aiguillat noir est un carnivore opportuniste qui consomme surtout de petites proies disponibles dans les eaux profondes. Son régime comprend des crustacés, notamment des crevettes, des amphipodes et des euphausiacés, ainsi que des céphalopodes et de petits poissons. La composition exacte du régime varie selon la taille de l’individu, la profondeur et la disponibilité saisonnière des proies.

Sa dentition lui permet de saisir et de retenir des animaux relativement petits plutôt que de découper de grosses proies. Il peut chasser près du fond, mais aussi dans la colonne d’eau lorsque des organismes pélagiques sont accessibles.

Les sens chimiques et mécaniques sont importants pour repérer la nourriture dans l’obscurité. En consommant des organismes qui vivent près du fond ou qui effectuent des déplacements verticaux, l’aiguillat noir participe aux échanges d’énergie entre la colonne d’eau et les milieux benthiques profonds.

Anecdotes

  • Le nom spécifique fabricii rend hommage à Otto Fabricius, missionnaire et naturaliste danois du XVIIIe siècle, connu notamment pour ses travaux sur la faune du Groenland.
  • L’aiguillat noir fait partie des rares requins capables de produire de la lumière. Ses photophores sont surtout visibles sur le dessous du corps, où leur lueur peut atténuer son contraste avec la lumière provenant de la surface.
  • Ses deux épines dorsales constituent une protection contre certains prédateurs et un caractère utile pour l’identification. Elles doivent toutefois être manipulées avec prudence chez les spécimens capturés.
  • Le nom anglais Combtooth Dogfish évoque les dents inférieures jointives, qui forment une structure semblable à un peigne.
  • Bien qu’il soit très peu visible pour le public, l’aiguillat noir est considéré présent toute l’année dans les eaux du Québec selon la fiche de la Liste de la faune vertébrée du Québec.

Sources

  1. Liste de la faune vertébrée du Québec (LFVQ)
  2. GBIF — occurrences au Québec

Modèles ayant contribué : Visuel — Organisme dans son milieu — Catalogue · Visuel — Organisme détouré — Catalogue · Visuel — Traces et indices — GPT Image 2

Mots-clés : poissons, etmopteridae, québec, vivant

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