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Le vivant

Anguille d'Amérique

L’Anguille d’Amérique (Anguilla rostrata) est un poisson au corps serpentiforme, cylindrique à l’avant et comprimé vers l’arrière, sans nageoires pelviennes. Les nageoires dorsale, caudale et anale sont réunies en une longue frange continue. Sa peau épaisse et très visqueuse semble dépourvue d’écailles, mais elle porte de minuscules écailles profondément enfouies dans le derme. Au Québec, les individus peuvent mesurer de quelques dizaines de centimètres à plus d’un mètre; les grandes femelles migratrices du bassin du Saint-Laurent figurent parmi les plus imposantes de l’espèce.

Observations au Québec

185 occurrences GBIF.

Traces et indices

Traces et indices de Anguille d'Amérique
Visuel documentaire des traces typiques
  • Sillon sinueux et continu dans la vase ou le sable fin du fond, large de 3 à 8 cm, sans marque de pattes ni de nageoires.
  • Traînée serpentine laissée dans l'herbe mouillée ou la boue des berges lors des déplacements nocturnes hors de l'eau, souvent entre deux plans d'eau.
  • Trous de fouissement dans le substrat meuble, avec parfois la tête seule qui dépasse; la vase remise en suspension trahit la cachette le jour.
  • Mucus abondant et gluant laissé sur les roches, les filets ou les mains, qui sèche en pellicule brillante.
  • Amas de vase remuée et cratères peu profonds sous les roches plates et les billots, résultat de la recherche d'écrevisses et de larves d'insectes.
  • Restes de proies broyées près des abris : carapaces d'écrevisses, fragments de moules et débris de poissons mordillés en lambeaux plutôt que coupés net.
  • Fèces brunâtres, molles et filamenteuses, se délitant vite dans l'eau, souvent déposées près des trous d'abri.
  • Civelles et anguillettes transparentes ou brunâtres remontant en file le long des parois humides des barrages et des passes migratoires au printemps.

Portrait et mode de vie

L’Anguille d’Amérique (Anguilla rostrata) est un poisson au corps serpentiforme, cylindrique à l’avant et comprimé vers l’arrière, sans nageoires pelviennes. Les nageoires dorsale, caudale et anale sont réunies en une longue frange continue. Sa peau épaisse et très visqueuse semble dépourvue d’écailles, mais elle porte de minuscules écailles profondément enfouies dans le derme. Au Québec, les individus peuvent mesurer de quelques dizaines de centimètres à plus d’un mètre; les grandes femelles migratrices du bassin du Saint-Laurent figurent parmi les plus imposantes de l’espèce.

La coloration évolue au cours de la vie. L’anguille « jaune », qui croît en eau douce ou saumâtre, est généralement brun olive à jaunâtre. Avant son départ vers la mer, elle devient une anguille « argentée » : son ventre pâlit, son dos fonce, ses yeux grossissent et son corps accumule d’importantes réserves de lipides.

Essentiellement nocturne, elle passe souvent le jour cachée sous les roches, les débris ligneux, dans les herbiers ou enfouie dans les sédiments. Elle fréquente le fleuve, les estuaires, les rivières, les lacs, les marais et certaines eaux saumâtres. Son odorat et son toucher sont particulièrement développés. Elle tolère relativement bien les faibles concentrations d’oxygène et peut absorber une partie de son oxygène par la peau, ce qui lui permet de survivre un certain temps hors de l’eau si elle demeure humide et de franchir de courts obstacles terrestres.

Répartition

L’Anguille d’Amérique est présente dans l’ouest de l’Atlantique Nord, depuis le Groenland et le Labrador jusqu’au golfe du Mexique, aux Antilles et à certaines régions du nord de l’Amérique du Sud. Elle se reproduit dans la mer des Sargasses. Les données génétiques indiquent que l’espèce forme largement une seule population reproductrice à l’échelle de son aire, même si les conditions environnementales et les voies migratoires influencent fortement les groupes régionaux.

Au Québec, l’espèce est indigène, régulière et présente toute l’année. Elle est signalée dans le réseau du Saint-Laurent et dans plusieurs régions côtières ou riveraines, notamment en Côte-Nord, en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, au Bas-Saint-Laurent, dans la Capitale-Nationale, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans l’Outaouais, à Montréal et en Montérégie. Elle peut utiliser tant les eaux douces intérieures que les eaux estuariennes et littorales.

Son aire québécoise s’est toutefois contractée dans certains secteurs en amont. Les barrages, centrales et autres obstacles limitent la remontée des jeunes anguilles vers des habitats de croissance et exposent les adultes en dévalaison à la mortalité dans les turbines. Le déclin historique de l’abondance dans le corridor Saint-Laurent–Grands Lacs explique en partie son rang de précarité S3 au Québec et son statut d’espèce susceptible d’être désignée menacée ou vulnérable.

Croissance et cycle de vie

Le cycle de vie de l’Anguille d’Amérique est catadrome : elle croît surtout en eau douce ou saumâtre, mais se reproduit en mer. La fraie se déroule vraisemblablement en hiver et au printemps dans la mer des Sargasses, où elle n’a jamais été observée directement. Les adultes, qui ne se reproduisent qu’une fois, meurent après la ponte. Une grande femelle peut produire plusieurs millions d’œufs.

L’œuf donne naissance à une larve transparente et aplatie en forme de feuille, appelée leptocéphale. Celle-ci est transportée pendant plusieurs mois par les courants océaniques vers les côtes nord-américaines. Près du continent, elle se métamorphose en civelle translucide, puis en anguillette pigmentée qui remonte les estuaires et les cours d’eau ou s’établit dans les habitats côtiers.

La phase d’anguille jaune peut durer de nombreuses années. Dans les eaux froides du Québec, la croissance est souvent lente et certains individus demeurent en eau douce ou saumâtre pendant plus d’une décennie avant de repartir vers la mer. Le sexe se différencie tardivement et semble influencé, entre autres, par la densité et les conditions du milieu. Les habitats du Saint-Laurent ont historiquement produit de nombreuses grandes femelles, particulièrement importantes pour la fécondité de l’espèce.

Lors de l’argenture, l’appareil digestif régresse, les yeux et les nageoires pectorales augmentent de taille, et les réserves de lipides atteignent un niveau élevé. L’anguille cesse alors de s’alimenter et entreprend sa longue migration vers la mer des Sargasses.

Relations avec l'humain

L’anguille a longtemps été une ressource alimentaire importante dans le Saint-Laurent. Les pêches à fascines, formées de rangées de perches et de filets installés sur l’estran, ont marqué le paysage de certains secteurs du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-du-Sud et de l’île d’Orléans. L’anguille pouvait être consommée fraîche, salée, fumée ou boucanée et servait aussi au commerce. Le nom vernaculaire « ga-da », relevé pour l’espèce, témoigne également de la diversité des connaissances et des usages associés à l’anguille.

Le déclin observé depuis les années 1980 a entraîné une forte réduction des activités de pêche dans plusieurs secteurs et la mise en place de mesures de gestion. Au Québec, l’Anguille d’Amérique est une espèce susceptible d’être désignée menacée ou vulnérable en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Elle possède un rang de précarité S3, et la responsabilité de sa gestion est déléguée au Québec.

Les menaces sont cumulatives : obstacles à la montaison, mortalité dans les turbines pendant la dévalaison, perte ou dégradation d’habitats, contaminants qui s’accumulent dans les tissus gras, ainsi que prélèvement des jeunes anguilles dans d’autres parties de l’aire de répartition. Les mesures d’atténuation comprennent notamment les passes à poissons, le transport ou l’ensemencement de jeunes anguilles, ainsi que des ajustements de l’exploitation de certaines centrales durant les périodes de migration.

Relations avec les autres espèces

Dans les écosystèmes d’eau douce et estuariens, l’anguille est un prédateur benthique opportuniste et un charognard occasionnel. Elle relie aussi des milieux très éloignés : née dans l’océan, elle croît dans les eaux continentales ou côtières avant de retourner se reproduire en mer. Les barrages réduisent cette connectivité et limitent le transport de biomasse entre ces habitats.

Les leptocéphales et les civelles sont vulnérables à de nombreux prédateurs marins et estuariens. En eau douce, les jeunes anguilles peuvent être consommées par des poissons prédateurs, notamment le grand brochet, le doré et l’achigan, ainsi que par des oiseaux piscivores tels que les hérons, les harles et le balbuzard pêcheur. Les grandes anguilles peuvent elles aussi être capturées par des prédateurs, particulièrement durant leurs déplacements.

L’anguille partage ses proies avec d’autres poissons qui s’alimentent près du fond, dont la barbotte brune, les chabots et certains esturgeons. Sa couche de mucus contribue à protéger sa peau contre les abrasions et certains agents pathogènes, sans la rendre invulnérable aux maladies. Elle peut héberger divers parasites, notamment le nématode Anguillicoloides crassus, parasite de la vessie gazeuse originaire d’Asie et introduit en Amérique du Nord. Ce parasite peut nuire à la condition physique et possiblement à la migration des anguilles infectées.

Régime alimentaire

L’Anguille d’Amérique est un carnivore opportuniste qui s’alimente surtout la nuit. Elle repère ses proies principalement grâce à l’odorat et au toucher, puis les cherche dans la vase, les herbiers, les débris ligneux et les interstices rocheux. Elle peut aspirer de petites proies, saisir des animaux plus gros avec ses petites dents et consommer occasionnellement des carcasses.

Son alimentation varie selon sa taille, la saison et le milieu. Les jeunes anguilles mangent surtout des larves d’insectes aquatiques, des amphipodes, des isopodes et des vers. Avec la croissance s’ajoutent des sangsues, mollusques, écrevisses, petits poissons et parfois des œufs de poissons. Dans les estuaires et les eaux saumâtres, elles exploitent aussi des crustacés benthiques, des polychètes et de petits poissons côtiers.

L’activité alimentaire est généralement la plus élevée durant la période chaude, de la fin du printemps au début de l’automne. En hiver, les anguilles deviennent moins actives et peuvent se réfugier dans les sédiments ou d’autres abris. Au moment de l’argenture, elles cessent de s’alimenter; la migration vers la mer des Sargasses est effectuée grâce aux réserves de lipides accumulées durant la phase de croissance.

Anecdotes

  • Personne n’a observé directement la fraie de l’Anguille d’Amérique dans la mer des Sargasses. Le lieu de reproduction a été déduit au début du XXe siècle en comparant la taille des leptocéphales capturées dans l’Atlantique : les plus petites larves se trouvaient près de cette région.
  • Pendant longtemps, l’origine des anguilles a alimenté des hypothèses étonnantes. Aristote croyait notamment qu’elles naissaient de la boue, car les organes reproducteurs des anguilles en croissance sont peu apparents et la reproduction se déroule loin des côtes.
  • Le leptocéphale transparent et aplati a d’abord été décrit comme un poisson distinct. On a ensuite compris qu’il représentait le stade larvaire des anguilles.
  • Les grandes femelles du bassin du Saint-Laurent peuvent parcourir plusieurs milliers de kilomètres entre leurs habitats de croissance et la mer des Sargasses. Elles ne font ce voyage de reproduction qu’une seule fois.
  • Les fascines installées sur les battures de l’estuaire comptent parmi les formes traditionnelles de pêche les plus visibles du Saint-Laurent. Leurs rangées de perches ont longtemps constitué un élément caractéristique du paysage riverain.
  • Une anguille maintenue humide peut respirer partiellement par la peau et survivre temporairement hors de l’eau. Cette capacité explique en partie les récits d’anguilles franchissant des surfaces mouillées pour contourner de petits obstacles.

Sources

  1. Liste de la faune vertébrée du Québec (LFVQ)
  2. GBIF — occurrences au Québec

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Mots-clés : poissons, anguillidae, québec, vivant

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