Portrait et mode de vie
Le balaou est un poisson osseux (classe des Actinopterygii) de l'ordre des Béloniformes et de la famille des Scomberesocidés, un groupe restreint de poissons marins de haute mer apparentés aux orphies et aux poissons volants. Son corps est très allongé, fusiforme et légèrement comprimé, avec un dos bleu-vert métallique et des flancs argentés, coloration typique des poissons vivant près de la surface en pleine eau.
Les deux mâchoires se prolongent en un bec fin, d'où le nom anglais Atlantic Saury. Les nageoires dorsale et anale sont reportées loin vers l'arrière du corps et sont suivies de petits rayons libres, caractère distinctif de la famille. L'espèce est épipélagique : elle se tient dans la couche superficielle de l'océan, généralement au large du plateau continental, et se déplace en bancs parfois nombreux.
Le balaou est un nageur rapide qui réagit au dérangement en bondissant hors de l'eau et en effectuant une série de sauts à la surface, comportement qui lui a valu en anglais le surnom de « skipper ». Cette agilité constitue l'un de ses moyens d'échapper aux prédateurs. De taille modeste, il compte parmi les poissons fourrage de l'Atlantique tempéré, dont la biomasse alimente de nombreux prédateurs de surface.
Répartition
L'espèce est largement répartie dans les régions tempérées de l'océan Atlantique, de part et d'autre du bassin. Dans l'Atlantique Nord-Ouest, elle demeure rare dans les provinces maritimes canadiennes, où elle apparaît de façon irrégulière, surtout en été et à l'automne, lorsque les masses d'eau chaudes remontent vers le nord.
Au Québec, le balaou est inscrit au catalogue du vivant comme espèce indigène et régulière, avec un rang de précarité infranational S4. Sa fréquentation concerne les eaux marines : golfe du Saint-Laurent et, à l'occasion, estuaire maritime. Des captures documentées à Sainte-Luce, dans le Bas-Saint-Laurent, en 2010, ont été rapportées comme une extension d'aire hors de sa répartition habituelle, aucune mention de l'espèce n'ayant été signalée auparavant dans le fleuve Saint-Laurent. Les auteurs de ce signalement ont précisé que l'espèce n'était pas considérée comme exotique ni comme envahissante.
La fiche du Catalogue du vivant associe une occurrence GBIF au taxon; cette métrique ne suffit toutefois pas à mesurer sa fréquence réelle au Québec.
Croissance et cycle de vie
Comme la plupart des Béloniformes marins, le balaou est un poisson à croissance rapide et à durée de vie courte, de l'ordre de quelques années. La reproduction se fait par ponte d'œufs pélagiques munis de filaments, qui s'accrochent aux débris flottants, aux algues dérivantes et entre eux, ce qui maintient les pontes dans la couche de surface où se concentre le plancton.
Les jeunes présentent une morphologie changeante : le bec se développe progressivement, les proportions du corps s'allongent et la livrée argentée s'affirme. Les stades larvaires et juvéniles dérivent avec les courants de surface, ce qui explique la présence occasionnelle d'individus loin de leurs zones de reproduction habituelles, parfois jusque dans les eaux froides du golfe du Saint-Laurent.
Les captures de Sainte-Luce en 2010 ont été interprétées comme une extension d'aire, sans démontrer l'établissement d'une population reproductrice dans le Saint-Laurent.
Régime alimentaire
Le balaou est un prédateur planctonophage de la couche superficielle. Son régime repose principalement sur le zooplancton : copépodes, larves de crustacés, petits organismes gélatineux, œufs et larves de poissons. Ses mâchoires fines et garnies de petites dents lui permettent de saisir des proies individuelles plutôt que de filtrer l'eau.
La vie en banc facilite l'exploitation des essaims de plancton, qui se concentrent aux fronts thermiques, aux lignes de convergence et à la lisière des masses d'eau. Comme beaucoup de poissons pélagiques, il suit les migrations verticales quotidiennes de ses proies, se nourrissant surtout près de la surface au crépuscule et à l'aube.
Par sa position trophique, le balaou assure un transfert d'énergie direct entre le plancton et les grands prédateurs de surface de l'Atlantique tempéré. Dans les eaux du golfe du Saint-Laurent, cette fonction est surtout tenue par d'autres espèces fourragères plus abondantes, comme le capelan, le hareng et le lançon.
Relations avec les autres espèces
Le balaou constitue une proie recherchée par de nombreux prédateurs pélagiques de l'Atlantique : thons, maquereaux, requins pélagiques, grands poissons de haute mer, mammifères marins et oiseaux de mer plongeurs ou piqueurs. Les bancs poursuivis en surface produisent des bouillonnements caractéristiques, souvent accompagnés de nuées d'oiseaux, phénomène bien connu des observateurs en mer.
Ses principaux mécanismes de défense sont la formation de bancs serrés, la vitesse et les bonds hors de l'eau. Ces sauts répétés peuvent contribuer à déjouer les prédateurs sous-marins, tout en exposant le poisson aux oiseaux.
À l'échelle de l'écosystème, le balaou entre en concurrence alimentaire avec les autres planctonophages de surface. Dans le nord de son aire, sa rareté limite toutefois son poids écologique. Le signalement de 2010 dans l'estuaire du Saint-Laurent a été examiné dans le cadre d'un réseau de détection précoce des espèces aquatiques exotiques envahissantes, mais l'espèce n'a pas été classée comme exotique ni envahissante.
Relations avec l'humain
Le balaou ne fait l'objet d'aucune pêche commerciale dirigée dans les eaux canadiennes. Les débarquements déclarés sont faibles et irréguliers, principalement dans le sud du golfe du Saint-Laurent, avec des occurrences occasionnelles au Québec, généralement comme prise accessoire d'engins visant d'autres espèces pélagiques.
Ailleurs dans le monde, les poissons de la famille des Scomberesocidés sont mieux valorisés : le balaou du Pacifique, espèce voisine, soutient d'importantes pêcheries en Asie de l'Est et figure au menu sous forme grillée ou en conserve. Dans l'Atlantique Nord-Est, le balaou a aussi servi d'appât pour la pêche aux grands pélagiques.
Sur le plan du statut, l'espèce porte au Québec le rang de précarité S4 et elle n'est pas suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
Nomenclature et désignation
Le nom français balaou est retenu au Québec pour désigner Scomberesox saurus dans les ressources terminologiques officielles du gouvernement du Québec. Le terme est d'origine antillaise et s'applique, dans l'usage courant des Antilles françaises, à divers petits poissons allongés de surface, ce qui explique la polysémie du mot hors du contexte ichtyologique.
Le nom anglais normalisé est Atlantic Saury. Le nom générique Scomberesox combine Scomber, qui désigne le maquereau, et Esox, qui désigne le brochet.
La classification retenue place l'espèce ainsi :
| Rang | Taxon |
|---|---|
| Classe | Actinopterygii |
| Ordre | Beloniformes |
| Famille | Scomberesocidae |
| Genre | Scomberesox |
| Espèce | Scomberesox saurus |
Anecdotes
- Le comportement de bonds répétés à la surface a valu aux balaous, en anglais, le surnom de skippers, du verbe signifiant sautiller.
- Les œufs filamenteux de la famille s'accrochent aux radeaux d'algues dérivantes, ce qui associe la reproduction de ces poissons aux structures flottantes de la haute mer.
- Les balaous sont souvent repérés indirectement, par l'agitation en surface que provoquent les prédateurs lancés à leur poursuite.
- La première mention de l'espèce dans le fleuve Saint-Laurent remonte à 2010, à Sainte-Luce, dans le Bas-Saint-Laurent.