Portrait et mode de vie
Le capelan est un poisson osseux de la classe des Actinopterygii, ordre des Osmeriformes, famille des Osmeridae, genre Mallotus. Il s'agit d'un proche parent de l'éperlan, dont il partage la silhouette allongée et fuselée, le corps mince couvert de très petites écailles et la présence d'une nageoire adipeuse caractéristique des osméridés.
Le capelan est un poisson pélagique grégaire : il vit en bancs denses dans la colonne d'eau, généralement au large, et n'approche massivement des côtes qu'au moment de la reproduction. Il s'agit d'une espèce strictement liée aux eaux froides, ce qui explique sa distribution boréale et arctique et sa sensibilité aux variations de température des masses d'eau.
Le mâle en période de fraie développe une crête de grandes écailles modifiées le long des flancs, qui donne au poisson une texture rugueuse ; le nom de genre Mallotus et l'épithète villosus, qui évoque un aspect velu, renvoient à ce caractère. Les mâles sont alors nettement plus grands que les femelles.
Au Québec, l'espèce est considérée comme indigène et de présence régulière. Sa fiche du Catalogue du vivant lui attribue le rang de conservation infranational S4 et porte la mention « LEMV : Non suivie ».
Répartition
Le capelan est une espèce circumboréale des mers froides de l'hémisphère Nord. Dans les eaux canadiennes de l'Atlantique, il occupe le plateau continental de Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent.
Dans la portion québécoise, l'espèce est présente dans l'estuaire maritime du Saint-Laurent et dans l'ensemble du golfe. Les secteurs les plus étroitement associés au capelan sont la Côte-Nord, y compris la Basse-Côte-Nord, Charlevoix, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, où les bancs viennent frayer sur les plages du littoral.
Pour les fins de gestion halieutique, Pêches et Océans Canada rattache le capelan de la région du Québec aux divisions 4RST de l'Organisation des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest, qui couvrent l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent.
La fiche du Catalogue du vivant recense 91 occurrences GBIF rattachées au taxon, un chiffre qui reflète les signalements documentés plutôt que l'abondance réelle de l'espèce.
Reproduction et cycle de vie
La reproduction du capelan est l'épisode le plus visible de son cycle de vie. Les adultes se rassemblent en bancs et gagnent la zone littorale, où ils déposent leurs œufs sur des substrats de sable fin ou de gravier, à très faible profondeur et parfois dans la zone de déferlement. Le mouvement des poissons portés par les vagues sur l'estran est désigné dans l'usage populaire québécois par l'expression « le capelan roule ».
Le calendrier de fraie varie selon les secteurs. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec signale une période s'étendant d'avril à juillet selon les régions. Dans la zone du golfe et de la Gaspésie, le Réseau des observateurs du capelan de Pêches et Océans Canada indique que la fraie débute généralement à la fin de mai et s'observe surtout en juin.
Les œufs adhèrent au substrat et se développent dans les sédiments du haut de plage ou des petits fonds, où la température et l'oxygénation conditionnent le succès de l'incubation. Les larves, une fois émergées, sont entraînées vers le large et rejoignent le plancton.
Certains individus, en particulier des mâles, meurent en grand nombre après la fraie et s'échouent sur les plages, un phénomène couramment observé sur le littoral du Saint-Laurent. Les frayères et les habitudes de fraie de l'espèce dans l'estuaire et le golfe font l'objet d'un suivi participatif coordonné par le ministère fédéral.
Écologie trophique et relations avec les autres espèces
Le capelan est une espèce fourragère : il occupe une position intermédiaire dans le réseau trophique marin, transférant l'énergie du plancton vers les grands prédateurs. Son régime repose essentiellement sur le zooplancton, notamment les copépodes et les petits crustacés pélagiques qu'il capture dans la colonne d'eau.
Il constitue à son tour une ressource alimentaire majeure dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Poissons de fond et pélagiques, oiseaux marins nicheurs des colonies du golfe et mammifères marins fréquentant le Saint-Laurent exploitent les concentrations de capelan, particulièrement au moment des regroupements de fraie près des côtes.
En raison de ce rôle de pivot, les fluctuations d'abondance du capelan se répercutent sur l'ensemble de l'écosystème marin. L'espèce fait donc l'objet d'un suivi en raison de son importance trophique, de son exploitation et de sa sensibilité aux variations de température et à la dynamique des masses d'eau froide.
Pêche et gestion
La pêche commerciale du capelan au Québec est de faible envergure comparativement à celle de Terre-Neuve-et-Labrador. Elle se pratique principalement en Basse-Côte-Nord, ainsi que par une petite flottille utilisant la senne ou des pêcheries fixes dans l'estuaire du Saint-Laurent. La pêche à la fascine, engin fixe installé dans la zone intertidale, est documentée dans l'estuaire.
Pêches et Océans Canada assure la gestion du stock des divisions 4RST : le ministère publie un plan de gestion, annonce les ouvertures saisonnières et diffuse des évaluations périodiques de l'état du stock. Les débarquements présentent des variations marquées d'une année à l'autre, et les captures québécoises demeurent généralement modestes à l'échelle historique.
L'Office québécois de la langue française décrit le capelan comme une espèce halieutique à potentiel commercial au Québec.
La cueillette du capelan échoué ou capturé à l'épuisette sur les plages relève quant à elle d'une pratique récréative et alimentaire de proximité, encadrée par la réglementation fédérale des pêches.
Relations avec l'humain et patrimoine
La montée du capelan sur les plages est un événement saisonnier attendu sur le littoral du Saint-Laurent. Des riverains se rendent de nuit ou au petit matin sur les grèves, munis d'épuisettes et de seaux, pour récolter les poissons portés par les vagues. La récolte est traditionnellement consommée fraîche, salée, fumée ou séchée, et a longtemps servi d'appât pour d'autres pêches ainsi que d'engrais aux abords des habitations côtières.
La pêche au capelan est inscrite au Répertoire du patrimoine culturel du Québec à titre de pratique traditionnelle. Le Répertoire souligne la continuité de cette activité au sein des communautés riveraines du littoral méridional de l'estuaire et du golfe, et la dimension collective et festive des rassemblements sur les plages.
Le phénomène demeure un marqueur du calendrier local : dans Charlevoix, sur la Côte-Nord et en Gaspésie, l'ouverture de la saison et les premières « roulées » font l'objet d'une attention soutenue des collectivités et des médias régionaux. L'expression « le capelan roule » est passée dans l'usage courant du français du Québec.
Anecdotes
- L'épithète spécifique villosus, du latin pour « velu », renvoie aux écailles modifiées et rugueuses que les mâles développent le long des flancs pendant la période de reproduction.
- Le capelan est parfois appelé « capelan boréal » pour le distinguer d'autres poissons portant le même nom vernaculaire dans d'autres aires linguistiques, notamment un gadidé méditerranéen sans lien de parenté étroite.
- Le Réseau des observateurs du capelan fait appel à la contribution des riverains et des pêcheurs pour signaler les sites et les dates de fraie, un exemple de science participative appliquée à une espèce marine du Saint-Laurent.
- Les échouages massifs de capelans après la fraie attirent goélands et autres oiseaux marins, ce qui signale souvent aux observateurs qu'une « roulée » vient d'avoir lieu.
