Toponymie
Le nom du golfe est lié aux explorations de Jacques Cartier. En 1535, lors de son deuxième voyage, le navigateur malouin donne le nom de « baye sainct Laurens » à un rentrant de la Côte-Nord. Par extension, le nom s'applique ensuite à l'ensemble de la mer intérieure et au fleuve qui s'y jette, et le toponyme Golfe du Saint-Laurent se fixe progressivement dans l'usage cartographique.
Selon la Commission de toponymie du Québec, la Commission de géographie rétablit le nom dans sa forme moderne en 1935, et le toponyme est officialisé en 1968. Il figure dans la Banque de noms de lieux du Québec.
Le nom du golfe se retrouve dans plusieurs dénominations administratives québécoises. La municipalité de Côte-Nord-du-Golfe-du-Saint-Laurent, sur la Basse-Côte-Nord, regroupe notamment les secteurs de Kegaska et de nombreuses îles côtières. La municipalité régionale de comté du Golfe-du-Saint-Laurent porte également ce nom.
La délimitation entre le fleuve, l'estuaire et le golfe a fait l'objet de travaux de régiologie et de régionymie, notamment en géographie québécoise, en raison de la difficulté à fixer des limites précises sur un continuum hydrographique.
Géographie et limites
Le golfe du Saint-Laurent occupe un vaste rentrant du littoral atlantique canadien. Il est bordé par cinq provinces : le Québec au nord et à l'ouest, Terre-Neuve-et-Labrador à l'est et au nord-est, ainsi que le Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse au sud.
Limites
- À l'ouest, la limite avec l'estuaire maritime est généralement placée à la hauteur de Pointe-des-Monts, sur la Côte-Nord.
- Au sud-est, le détroit de Cabot, entre Terre-Neuve et l'île du Cap-Breton, constitue la principale ouverture sur l'Atlantique.
- Au nord-est, le détroit de Belle Isle sépare Terre-Neuve du Labrador et offre une seconde communication, plus étroite, avec l'océan.
Superficie
La superficie du golfe dépend de la délimitation retenue. La Commission de toponymie du Québec indique 150 000 km². Le plan de gestion intégrée de Pêches et Océans Canada mentionne environ 240 000 km², mais sa zone de gestion des océans englobe aussi les estuaires moyen et maritime du Saint-Laurent. Elle ne correspond donc pas strictement au golfe au sens géographique.
Îles
Le golfe compte plusieurs îles importantes. Du côté québécois, on trouve l'île d'Anticosti, l'archipel des Îles-de-la-Madeleine, l'archipel de Mingan et les nombreuses îles de la Basse-Côte-Nord. L'Île-du-Prince-Édouard en occupe la partie sud.
Rives québécoises
Au Québec, le golfe baigne deux régions administratives : la Côte-Nord et la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Le Bas-Saint-Laurent borde plutôt l'estuaire.
Relief sous-marin et océanographie
Le fond du golfe alterne entre de vastes plates-formes peu profondes et des chenaux profonds hérités de l'érosion glaciaire et fluviale.
Plates-formes
Selon le ministère québécois responsable de l'environnement, la plate-forme ne dépasse pas 100 m de profondeur dans plusieurs secteurs côtiers. Le plateau madelinien, dans la partie sud du golfe, est un vaste fond peu profond où s'élèvent les Îles-de-la-Madeleine.
Chenaux
Le principal trait du relief sous-marin est le chenal Laurentien, une longue vallée dont la profondeur dépasse 500 m. Il traverse le golfe depuis le détroit de Cabot et se prolonge vers l'amont dans l'estuaire. Deux ramifications s'en détachent :
| Chenal | Situation |
|---|---|
| Chenal Laurentien | Axe principal, du détroit de Cabot vers l'estuaire |
| Chenal d'Anticosti | Ramification au nord de l'île d'Anticosti |
| Chenal Esquiman | Ramification vers le nord-est, en direction du détroit de Belle Isle |
Masses d'eau
Le golfe reçoit les eaux douces du Saint-Laurent et de nombreuses rivières de la Côte-Nord et de la Gaspésie. Ces eaux se mêlent aux eaux marines entrant par les détroits. La colonne d'eau se divise généralement en trois couches : une couche de surface, une couche intermédiaire froide en été, et une couche profonde d'origine atlantique qui circule dans les chenaux. Le couvert de glace saisonnier, présent en hiver sur une grande partie du golfe, varie beaucoup d'une année à l'autre.
Écologie
Le golfe du Saint-Laurent forme un écosystème marin semi-fermé, influencé à la fois par l'apport d'eau douce continentale et par les eaux de l'Atlantique. Le ministère québécois de l'Environnement en fait une province naturelle distincte dans son cadre écologique de référence.
Pêches et Océans Canada a établi une classification écologique du territoire côtier de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent au Québec. Cette classification décrit la diversité des milieux littoraux : falaises, plages, marais, battures et côtes rocheuses.
Le golfe abrite une faune marine diversifiée. On y trouve des poissons de fond et pélagiques, des crustacés comme le crabe des neiges, le homard et la crevette nordique, des mammifères marins comme les phoques et plusieurs espèces de baleines, ainsi que de grandes colonies d'oiseaux marins. L'île Bonaventure, au large de Percé, en est un exemple.
Plusieurs aires protégées bordent le golfe ou s'y trouvent, notamment :
- la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan ;
- le parc national d'Anticosti ;
- le parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé ;
- le parc national Forillon.
Le plan de gestion intégrée de Pêches et Océans Canada encadre la conservation et l'utilisation durable des ressources de la zone de gestion du golfe, qui inclut aussi les estuaires moyen et maritime.
Occupation humaine et économie
Les rives du golfe sont occupées depuis des millénaires par des peuples autochtones, notamment les Innus sur la Côte-Nord et les Mi'gmaq en Gaspésie et dans les Maritimes. Ces peuples exploitaient les ressources marines et côtières bien avant l'arrivée des Européens.
Dès le XVIe siècle, les pêcheurs basques, bretons et normands fréquentent le golfe pour la morue et la baleine. Cette activité précède l'établissement durable de la Nouvelle-France.
Du côté québécois, l'occupation du littoral demeure surtout côtière et dispersée. Elle compte des villes et des villages de pêche sur la Côte-Nord et en Gaspésie, une communauté insulaire aux Îles-de-la-Madeleine et un peuplement très clairsemé sur l'île d'Anticosti et la Basse-Côte-Nord. Une partie de la Basse-Côte-Nord n'est pas reliée au réseau routier continental et dépend du transport maritime et aérien.
L'économie maritime repose sur plusieurs activités :
- Pêche commerciale : crabe des neiges, homard, crevette nordique, poissons pélagiques et de fond.
- Transport maritime : le golfe est la porte d'entrée de la voie navigable du Saint-Laurent, qui mène aux ports du Québec et des Grands Lacs.
- Tourisme : observation de la faune, croisières et parcs nationaux.
- Desserte insulaire : traversiers et navires de ravitaillement relient les îles et les localités isolées au continent.
Histoire
Le golfe du Saint-Laurent est l'une des premières régions de l'Amérique du Nord continentale explorées par les Européens. Jacques Cartier le parcourt lors de son premier voyage, en 1534, et prend possession du territoire au nom du roi de France à Gaspé. Lors de son deuxième voyage, en 1535, il nomme « baye sainct Laurens » un rentrant de la Côte-Nord, puis remonte le fleuve jusqu'à Stadaconé et Hochelaga.
Sous le Régime français, le golfe constitue la principale voie d'accès à la colonie laurentienne et une zone de pêche majeure. Sa maîtrise est un enjeu des conflits franco-britanniques. Après la Conquête, il reste la porte maritime du Canada.
Aux XIXe et XXe siècles, l'aménagement de phares, de services de pilotage et de stations de secours accompagne la croissance de la navigation commerciale. La pêche, longtemps centrée sur la morue, s'est diversifiée vers les crustacés après le déclin des stocks de poissons de fond à la fin du XXe siècle.
Sur le plan toponymique, la Commission de géographie rétablit le nom du golfe dans sa forme moderne en 1935. La Commission de toponymie du Québec l'officialise en 1968.

