Portrait et mode de vie
Cercyonis pegala est un papillon de taille moyenne à grande pour un satyre. L'envergure est généralement comprise entre 45 et 75 mm, et les femelles sont d'ordinaire plus grandes et plus pâles que les mâles. Le dessus des ailes est brun. L'aile antérieure porte deux ocelles noirs bien visibles, pupillés de blanc ou de bleuté.
Variation géographique
La coloration varie beaucoup d'une population à l'autre. Dans les populations méridionales, les ocelles de l'aile antérieure s'inscrivent dans une large tache jaune. Chez certaines formes nordiques, cette tache est réduite ou absente. Le revers de l'aile postérieure, brun et finement strié, porte un nombre variable de petits ocelles.
Comportement
L'adulte a un vol sautillant et irrégulier, à faible hauteur, au-dessus des herbes hautes. Dérangé, il se pose souvent dans la végétation dense, où sa teinte brune le rend discret. Il fréquente surtout les milieux herbacés ensoleillés, mais aussi les bordures de boisés et les clairières.
Répartition
L'espèce occupe une vaste aire en Amérique du Nord. Elle couvre une grande partie des États-Unis et le sud du Canada, où plusieurs provinces méridionales la mentionnent. Elle devient plus rare, ou manque, dans certaines régions plus nordiques.
Au Québec
Cercyonis pegala est inscrit dans la liste de référence des papillons du Québec. Sa présence dans la province est donc reconnue. Il fréquente des milieux ouverts et herbacés.
La fiche du catalogue du vivant de Savoirs.Québec affiche 991 occurrences associées à l'espèce (clé taxonomique GBIF 1915492), sans préciser la date du relevé ni la couverture géographique de ce chiffre.
Habitat
L'espèce vit dans les espaces ouverts et herbacés :
- prairies naturelles et prés de fauche ;
- friches et champs abandonnés ;
- lisières forestières et clairières ;
- marais, prairies humides et bords de milieux humides.
Ces milieux lui fournissent à la fois les graminées nécessaires aux chenilles et les fleurs nectarifères des adultes.
Croissance et cycle de vie
Comme les autres papillons, Cercyonis pegala passe par quatre stades : œuf, chenille, chrysalide et adulte. Dans le nord de son aire, il ne produit qu'une génération par année.
Période de vol
Les adultes volent au cœur de l'été, surtout en juillet et en août dans le sud du Canada. Les mâles apparaissent généralement avant les femelles.
Ponte et hivernage
Les femelles pondent tard dans la saison, en fin d'été. Elles déposent leurs œufs sur des graminées ou à proximité. Les jeunes chenilles éclosent, puis entrent en dormance sans s'alimenter, ou presque, pour passer l'hiver dans la litière herbacée. Elles reprennent leur croissance au printemps suivant.
Chenille et chrysalide
La chenille est verte et ornée de bandes longitudinales plus claires, ce qui la camoufle parmi les tiges de graminées. Son extrémité postérieure porte deux courtes pointes. Elle se transforme en chrysalide verte au début de l'été, et l'adulte émerge quelques semaines plus tard.
Régime alimentaire
Chenille
Les chenilles se nourrissent de graminées (famille des Poaceae). Parmi les plantes hôtes citées dans la littérature nord-américaine figure Tridens flavus, dans la partie méridionale de l'aire. Ailleurs, les chenilles utilisent diverses autres herbes. Ce régime peu spécialisé explique en partie que l'espèce soit répandue dans les milieux herbacés.
Adulte
L'adulte se nourrit du nectar de fleurs variées des prés et des friches. Comme d'autres satyres, il peut aussi s'alimenter de sève, de fruits fermentés ou d'autres liquides riches en sucres.
Relations avec les autres espèces
Les graminées dont dépendent les chenilles font de ce papillon un élément de la faune des prairies et des friches. Ces communautés regroupent de nombreux insectes herbivores et pollinisateurs.
Chenilles et adultes servent de proies à divers prédateurs, en particulier aux oiseaux insectivores et aux araignées. On attribue souvent aux ocelles des ailes un rôle défensif : ils détourneraient les attaques vers la périphérie des ailes, loin du corps. Ce mécanisme est décrit chez de nombreux satyres.
En butinant les fleurs, les adultes participent aussi, de façon secondaire, au transport de pollen entre les plantes des milieux ouverts.
Relations avec l'humain
L'espèce profite de milieux ouverts souvent créés ou entretenus par l'humain, comme les friches agricoles, les emprises et les bords de chemins. En revanche, la fauche intensive, l'urbanisation et la reforestation des friches peuvent réduire localement ses habitats.
Anecdotes
- L'espèce a été décrite en 1775 par l'entomologiste danois Johan Christian Fabricius sous le nom de Papilio pegala.
- La nomenclature du groupe a longtemps fait débat. En 2016, un article du Journal of the Lepidopterists' Society a réévalué les noms Papilio pegala et Papilio alope, ce dernier ayant servi à désigner certaines formes de l'espèce.
- En raison de sa grande variabilité, Cercyonis pegala a reçu de nombreux noms de sous-espèces et de formes à travers l'Amérique du Nord.