Portrait et mode de vie
Le Coulicou à bec jaune est un oiseau de taille moyenne, à la silhouette mince et allongée, que prolonge une longue queue étagée. Le dessus du corps est brun grisâtre uniforme et le dessous est blanc. Plusieurs caractères permettent de le distinguer de son proche parent, le Coulicou à bec noir (Coccyzus erythropthalmus) :
- la mandibule inférieure jaune, qui lui vaut son nom ;
- des rémiges primaires roussâtres, bien visibles en vol ;
- le dessous de la queue noir, marqué de grandes taches blanches disposées par paires.
L'espèce est réputée pour sa discrétion. Elle se tient le plus souvent immobile dans le feuillage dense, où elle se déplace lentement à la recherche de proies. Elle est plus souvent entendue que vue : son chant est une série de notes gutturales et sèches qui ralentit vers la fin.
Au Québec, le coulicou fréquente les milieux semi-ouverts : bois clairs, vergers, friches buissonneuses, ainsi que les lisières de routes et de cours d'eau. Les forêts riveraines figurent parmi ses habitats importants.
Répartition
L'aire de reproduction du Coulicou à bec jaune couvre une grande partie des États-Unis et atteint, au Canada, le sud de l'Ontario et le sud-ouest du Québec. L'espèce hiverne en Amérique du Sud et effectue une longue migration, en grande partie de nuit. En période de migration, des individus peuvent être observés dans plusieurs provinces canadiennes, en dehors de l'aire de nidification.
Au Québec
Le Québec se situe à la limite septentrionale de l'aire de l'espèce. La nidification est surtout associée à l'extrême sud de la province, principalement dans la plaine du Saint-Laurent au sud-ouest, notamment en Montérégie et en Outaouais. Les observations sont plus sporadiques ailleurs dans le Québec méridional.
L'espèce est considérée comme rare dans la province. Les atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, dont le premier et le deuxième atlas, documentent sa présence comme nicheur en faible nombre. Les listes régionales d'Avibase recensent également l'espèce dans certaines régions, comme l'Estrie.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Origine au Québec | Indigène |
| Régularité | Régulier |
| Rang S (Québec) | S3 |
Croissance et cycle de vie
Le Coulicou à bec jaune arrive tardivement sur ses aires de nidification, généralement en mai. Au Canada, la nidification commence habituellement entre la mi-mai et la fin mai et se termine vers la fin juillet, selon la région.
Le nid est une plateforme lâche et peu épaisse de brindilles, construite dans un arbuste ou un petit arbre, souvent à faible hauteur. La femelle y pond quelques œufs bleu verdâtre pâle.
Le cycle de reproduction de l'espèce est remarquablement court. L'incubation dure une dizaine de jours, et les jeunes se développent très rapidement : ils quittent le nid peu de temps après l'éclosion, alors qu'ils sont encore incapables de voler, et grimpent dans la végétation environnante où les adultes continuent de les nourrir. Cette rapidité serait une adaptation permettant de profiter des abondances temporaires de chenilles.
Le succès et l'intensité de la reproduction varient d'une année à l'autre, en lien avec la disponibilité de la nourriture. Après la saison de nidification, les oiseaux entreprennent leur migration vers l'Amérique du Sud, à la fin de l'été et au début de l'automne.
Relations avec l'humain
Statut et protection
Au Québec, le Coulicou à bec jaune porte le rang S3 selon la fiche du catalogue du vivant. Ce rang de précarité ne constitue pas un statut légal.
À l'échelle fédérale, l'espèce figure dans la liste des oiseaux protégés au Canada en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, ce qui interdit notamment de capturer les individus ou de détruire leurs nids et leurs œufs.
Tendances et menaces
Selon le portrait fédéral de 2019 fondé sur le Relevé des oiseaux nicheurs, l'abondance de l'espèce au Canada a diminué de plus de 50 % depuis 1970. Le portrait fédéral de l'espèce souligne sa sensibilité à la fragmentation de l'habitat et à la dégradation des forêts riveraines.
Toponymie
La Commission de toponymie du Québec rattache à cet oiseau le nom du Sentier du Coulicou, à Gatineau. La fiche officielle précise qu'on peut observer dans ce secteur le Coulicou à bec jaune et le Coulicou à bec noir.
Observation
En raison de sa rareté et de sa discrétion, l'espèce est recherchée par les ornithologues amateurs du Québec, et ses mentions sont suivies par des plateformes consacrées aux oiseaux rares de la province.
Relations avec les autres espèces
Le Coulicou à bec jaune appartient à la famille des Cuculidés, qui comprend les coucous de l'Ancien Monde, dont plusieurs sont des parasites de couvée obligatoires. Contrairement à ceux-ci, le Coulicou à bec jaune construit habituellement son propre nid et élève lui-même ses petits.
L'espèce pratique toutefois à l'occasion un parasitisme de couvée facultatif : une femelle peut pondre un œuf dans le nid d'un autre individu de la même espèce ou dans celui d'une autre espèce, notamment le Coulicou à bec noir.
Au Québec, le Coulicou à bec jaune partage une partie de son habitat avec le Coulicou à bec noir, plus répandu et présent plus au nord. Les deux espèces sont parfois confondues sur le terrain ; la couleur du bec, la teinte rousse des ailes et le motif du dessous de la queue permettent de les séparer.
Comme les autres petits oiseaux forestiers, les œufs et les oisillons du coulicou peuvent être la proie de divers prédateurs, dont des corvidés, des serpents et de petits mammifères. En consommant de grandes quantités de chenilles défoliatrices, l'espèce contribue par ailleurs à la régulation de certains insectes.
Régime alimentaire
Le Coulicou à bec jaune est essentiellement insectivore. Son régime repose en grande partie sur les grosses chenilles, qu'il cueille dans le feuillage des arbres et des arbustes.
L'espèce se distingue par sa capacité à consommer des chenilles velues, que la plupart des oiseaux évitent, comme celles des livrées (genre Malacosoma) et d'autres lépidoptères défoliateurs. Les poils de ces chenilles s'accumulent dans la paroi de l'estomac, que l'oiseau peut régurgiter et renouveler périodiquement.
Outre les chenilles, le coulicou se nourrit :
- de cigales, de sauterelles et de criquets ;
- d'autres insectes de grande taille et d'araignées ;
- à l'occasion, de petits fruits.
L'abondance locale de l'espèce peut augmenter lors des infestations de chenilles, qui offrent une nourriture abondante pendant la période de reproduction.
Anecdotes
- Le nom coulicou désigne en français les coucous américains du genre Coccyzus ; le terme est répertorié dans les ouvrages lexicographiques québécois.
- En anglais, l'espèce est parfois surnommée « rain crow », en raison d'une croyance populaire selon laquelle son chant annoncerait la pluie ou l'orage.
- Les jeunes coulicous quittent le nid avant de savoir voler et se déplacent en grimpant dans les branches, un comportement lié à leur développement rapide.
