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Géologie

Labradorite

La labradorite est un feldspath plagioclase de composition intermédiaire entre l'albite et l'anorthite. Elle est connue pour la labradorescence, un jeu de reflets colorés qui varie selon l'angle d'observation. Le nom vient du Labrador, où le minéral a été signalé au XVIIIe siècle. Au Québec, elle est abondante dans les massifs d'anorthosite de la Province de Grenville, notamment la Suite anorthositique du Lac-Saint-Jean. Les roches qui en contiennent sont exploitées comme pierre ornementale.

Définition et composition

La labradorite appartient au groupe des feldspaths, des tectosilicates d'aluminium qui comptent parmi les minéraux les plus répandus de la croûte terrestre. Elle fait partie de la série des plagioclases, une solution solide continue entre deux pôles :

  • l'albite, pôle sodique (NaAlSi3O8) ;
  • l'anorthite, pôle calcique (CaAl2Si2O8).

La série est traditionnellement divisée selon la proportion d'anorthite (An). La labradorite correspond aux compositions comprises entre environ 50 % et 70 % d'anorthite. Elle se situe entre l'andésine, plus sodique, et la bytownite, plus calcique. Sa formule générale s'écrit (Ca,Na)(Al,Si)4O8.

Dans la nomenclature minéralogique actuelle, seuls l'albite et l'anorthite sont reconnus comme espèces de la série. Le terme « labradorite » désigne donc un membre intermédiaire, ou une variété, du plagioclase. Il reste toutefois d'usage courant en pétrographie, en gemmologie et dans le commerce.

Le mot recouvre ainsi trois réalités :

  • le minéral, c'est-à-dire un plagioclase de composition labradorite ;
  • les roches riches en ce plagioclase, surtout les anorthosites et certains gabbros ;
  • les pierres ornementales ou gemmes vendues sous le nom de « labradorite ».

Cette distinction importe au Québec, où une même roche peut être décrite selon son minéral dominant ou selon son appellation commerciale.

Propriétés physiques et optiques

Caractères généraux

La labradorite cristallise dans le système triclinique. Elle se présente le plus souvent en masses clivables ou en grains dans les roches magmatiques. Les cristaux isolés et bien formés sont rares. Elle possède deux clivages nets, presque perpendiculaires, caractéristiques des feldspaths. La macle polysynthétique, propre aux plagioclases, produit de fines stries parallèles visibles sur les faces de clivage.

PropriétéValeur
Système cristallinTriclinique
Dureté (échelle de Mohs)6 à 6,5
DensitéEnviron 2,7
ÉclatVitreux
Couleur de fondGris, gris foncé à noir
ClivageParfait selon deux directions

Labradorescence

La propriété la plus connue de la labradorite est la labradorescence. Sous certains angles, la pierre émet des reflets vifs, le plus souvent bleus ou verts, parfois jaunes, orangés ou pourprés. Ces reflets disparaissent dès que l'on modifie l'orientation de la pierre.

Le phénomène ne provient pas d'un pigment. Il résulte de l'interférence de la lumière dans de très fines lamelles internes, formées lors du refroidissement lent du minéral. À basse température, le plagioclase se sépare en lamelles de compositions légèrement différentes. Leur épaisseur, de l'ordre de la longueur d'onde de la lumière visible, détermine la couleur réfléchie.

Tous les plagioclases de composition labradorite ne sont pas labradorescents. L'effet exige des conditions de refroidissement particulières, ce qui explique sa présence dans certains massifs seulement.

Histoire et étymologie

Le nom de la labradorite vient du Labrador, dans la partie orientale de la péninsule du Québec-Labrador. Le minéral y a été remarqué au XVIIIe siècle, dans la région côtière de Nain, aujourd'hui dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador. Des spécimens ont ensuite été expédiés en Europe, où leurs reflets colorés ont suscité l'intérêt des collectionneurs et des naturalistes.

Le terme labradorescence dérive à son tour du nom du minéral. Il sert aujourd'hui, en gemmologie, à désigner ce type de jeu de couleurs, quel que soit le minéral qui le produit.

Des gisements comparables ont été reconnus par la suite dans plusieurs régions du monde, en particulier dans les grands massifs d'anorthosite d'âge protérozoïque. La variété finlandaise, aux reflets particulièrement étendus, est commercialisée sous le nom de « spectrolite ».

Au Québec, la connaissance de la labradorite progresse avec la cartographie géologique de la Province de Grenville, menée aux XIXe et XXe siècles par la Commission géologique du Canada, puis par le service géologique du gouvernement du Québec. Les levés ont montré que la labradorite forme l'essentiel de vastes massifs d'anorthosite. Ces massifs occupent une part importante du Bouclier canadien au nord du fleuve Saint-Laurent.

Contextes géologiques

La labradorite se forme dans des magmas de composition basique à intermédiaire. On la trouve notamment dans les gabbros, les basaltes, les norites et surtout les anorthosites. Les anorthosites sont des roches composées presque entièrement de plagioclase, dans une proportion généralement supérieure à 90 %.

Anorthosites de type massif

Les anorthosites de type massif forment de grands corps intrusifs, souvent associés à des mangérites, à des charnockites et à des granites. On désigne cet ensemble sous l'appellation de suites AMCG. Elles se sont mises en place pour la plupart au Protérozoïque. Le plagioclase y atteint fréquemment une composition labradorite ou andésine. Il se présente parfois en cristaux de plusieurs centimètres, voire de plusieurs décimètres, dont la labradorescence est visible à l'œil nu.

Province de Grenville

Au Québec, ces roches sont particulièrement abondantes dans la Province de Grenville, la province géologique la plus méridionale du Bouclier canadien. Elle a été façonnée par l'orogenèse grenvillienne, il y a environ un milliard d'années. Les massifs d'anorthosite y jalonnent une bande allant des Laurentides à la Côte-Nord.

Leur intérêt dépasse la pierre ornementale. Ils sont associés à des minéralisations de fer, de titane et de vanadium, que le gouvernement du Québec décrit dans ses synthèses géologiques et métallogéniques.

La labradorite au Québec

Saguenay–Lac-Saint-Jean

La Suite anorthositique du Lac-Saint-Jean est l'un des plus vastes ensembles d'anorthosite de la Province de Grenville. Une synthèse géologique et métallogénique publiée en 2024 par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts la date d'environ 1 160 à 1 140 millions d'années. Elle la caractérise par un plagioclase de type labradorite. Cette publication couvre la région qui s'étend de Clova jusqu'au nord du lac Saint-Jean.

Selon le gouvernement du Québec, des pierres à labradorite du Saguenay–Lac-Saint-Jean sont extraites et commercialisées sous le nom de « granit noir ».

Laurentides

Un rapport géologique déposé auprès du gouvernement du Québec documente un projet de pierre anorthositique « labradorescente » près de Sainte-Agathe-des-Monts, dans la région administrative des Laurentides. Le document décrit des travaux d'exploration et de mise en valeur. Des occurrences de labradorite dans ce secteur sont également répertoriées dans les bases de données minéralogiques internationales.

Autres secteurs

D'autres massifs d'anorthosite de la Province de Grenville renferment un plagioclase de composition comparable, en particulier en Charlevoix et sur la Côte-Nord. La labradorite est donc un constituant courant des roches du sud du Bouclier canadien au Québec. Les spécimens à forte labradorescence restent toutefois localisés.

Usages et commerce

Pierre ornementale

Le gouvernement du Québec range la labradorite parmi les pierres ornementales. Les anorthosites et les roches sombres à labradorite sont taillées en dalles et en blocs. Elles servent au revêtement, aux comptoirs, aux monuments et à l'aménagement paysager. Dans ce marché, le terme commercial « granit » s'applique à de nombreuses roches cristallines dures qui ne sont pas des granites au sens géologique. Le gouvernement du Québec fait explicitement cette distinction entre le nom commercial « granit » et la roche granite. Le « granit noir » du Saguenay–Lac-Saint-Jean est ainsi une roche riche en plagioclase et pauvre en quartz, et non un granite.

Gemme et objets d'art

Les fragments les plus labradorescents sont taillés en cabochons, en plaques polies, en perles ou en objets sculptés. La taille doit tenir compte de l'orientation des lamelles internes : le plan poli doit leur être parallèle pour que les reflets apparaissent pleinement. La dureté de 6 à 6,5 et la présence de clivages rendent la pierre sensible aux chocs.

Pétrographie et recherche

En géologie, la composition du plagioclase est un indicateur important de l'origine et de l'évolution des magmas. L'identification d'un plagioclase de type labradorite contribue ainsi à la classification des roches et à la reconstitution de l'histoire géologique de la Province de Grenville.

Statut et encadrement

La labradorite ne bénéficie pas d'un statut légal particulier au Québec, contrairement à certains emblèmes officiels.

Sur le plan administratif, l'extraction des pierres de taille et des pierres ornementales relève du cadre minier québécois et de la réglementation applicable aux substances minérales. Le ministère responsable des ressources naturelles diffuse l'information géologique pertinente par l'intermédiaire de Géologie Québec et du Système d'information géominière (SIGÉOM). On y trouve :

  • des cartes géologiques ;
  • des bulletins de synthèse ;
  • des rapports d'exploration déposés par les sociétés et les prospecteurs.

Les documents publiés portent sur des contextes et des projets précis, par exemple la synthèse de la région du Lac-Saint-Jean ou le rapport sur la pierre labradorescente de Sainte-Agathe-des-Monts. Ils décrivent des travaux réalisés à une date donnée. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d'établir l'état présent de l'exploitation d'un gisement.

Pour les collectionneurs, la récolte de spécimens reste soumise aux règles générales sur l'accès au territoire, au droit de propriété des terrains et aux titres miniers en vigueur.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, Pierres gemmes
  2. Géologie Québec, Synthèse géologique et métallogénique de la région de Clova jusqu'au nord du lac Saint-Jean (BG 2024-08)
  3. Géologie Québec, Rapport sur une pierre anorthosite à labrador « labradorescente » (GM 41552)
  4. Géologie Québec, L'exploration minérale au Québec (DV 2002-10)
  5. Géologie Québec, MM 2004-01
  6. Mindat, Labradorite Occurrences, Sainte-Agathe-des-Monts
  7. Le Comptoir géologique, Labradorite – Encyclopédie
  8. Química.es, Labradorita
  9. Asturnatura, Labradorita : propiedades, fórmula y características
  10. Wikipedia, Labradorite
  11. Système d'information géominière du Québec (SIGÉOM), ministère des Ressources naturelles et des Forêts
  12. Commission géologique du Canada, travaux sur la Province de Grenville

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Labradorita: propiedades, fórmula y características

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : labradorite, feldspath, plagioclase, labradorescence, anorthosite, province de grenville, pierre ornementale, granit noir, lac-saint-jean

Processus éditorial

Le débat du comité, les prompts des visuels et l'historique des mises à jour sont publics. Ouvrir le processus éditorial.