Publication
Le Matou est le deuxième roman d'Yves Beauchemin, après L'Enfirouapé (1974). Il paraît en 1981 aux Éditions Québec Amérique, maison montréalaise qui demeure l'éditeur de l'œuvre et en propose aujourd'hui une nouvelle édition en format de poche dans sa collection QA format de poche.
Le roman connaît plusieurs rééditions au Québec ainsi qu'une diffusion dans la francophonie. Des notices de catalogues de bibliothèques répertorient notamment une édition québécoise de 1985, et l'ouvrage figure dans les collections de bibliothèques hors du Canada, comme la Médiathèque de Monaco. Sa présence dans l'édition française a fait l'objet de travaux portant sur la circulation du roman québécois contemporain en France.
Le livre est aussi traduit en plusieurs langues, dont l'anglais sous le titre The Alley Cat. Les chiffres de vente et le nombre de langues de traduction rapportés publiquement varient selon les sources ; ils sont généralement cités pour souligner l'ampleur exceptionnelle de la diffusion du roman à l'échelle de l'édition québécoise.
Intrigue
L'action se déroule à Montréal, au cours des années 1970. Florent Boissonneault, un jeune homme ambitieux, et sa compagne Élise rêvent de s'établir à leur compte. Grâce à l'intervention d'Egon Ratablavasky, un vieil homme d'origine européenne aux manières étranges, Florent parvient à acquérir La Binerie, un modeste restaurant de l'avenue du Mont-Royal.
L'appui de Ratablavasky se révèle toutefois ambigu. Le bienfaiteur se mue peu à peu en adversaire insaisissable, et le couple voit son entreprise lui échapper. Florent et Élise traversent alors une succession de revers, de projets nouveaux et de rebondissements, dans une lutte où se mêlent ambition, ruse et persévérance.
En parallèle, le couple recueille Émile, un garçon négligé par sa mère, qui arrive accompagné de son chat, le matou qui donne son titre au roman. La présence de l'enfant et de l'animal introduit dans le récit une dimension à la fois tendre et comique, et contribue à la tonalité particulière de l'œuvre.
Personnages
Le roman repose sur une galerie de personnages nombreux et contrastés :
- Florent Boissonneault : jeune homme entreprenant, protagoniste principal, dont les ambitions commerciales structurent l'intrigue ;
- Élise : compagne de Florent, qui partage ses projets et ses épreuves ;
- Egon Ratablavasky : vieil homme mystérieux, à l'origine de l'acquisition du restaurant, figure à la fois protectrice et menaçante ;
- Émile : garçon recueilli par le couple, souvent désigné comme « monsieur Émile », inséparable de son chat ;
- le matou : chat d'Émile, figure discrète mais récurrente, qui confère son titre à l'ouvrage.
Autour de ce noyau gravitent des amis, des commerçants, des voisins et des rivaux qui composent une fresque de la société montréalaise de l'époque. La figure de Ratablavasky, dont les motivations restent en grande partie obscures, est souvent retenue comme l'un des éléments les plus marquants du roman.
Thèmes et écriture
Le Matou conjugue plusieurs registres : le roman d'aventures, la comédie de mœurs et la chronique urbaine. Le récit s'attache à la vie quotidienne des quartiers populaires de Montréal, à ses commerces, à ses logements et à ses milieux sociaux variés, ce qui en fait un portrait de la métropole québécoise des années 1970.
Le roman explore notamment :
- l'ambition et le désir de réussite économique chez de jeunes Québécois francophones ;
- la relation entre bienfaiteur et dépendance, incarnée par Ratablavasky ;
- la solidarité et la famille choisie, à travers l'accueil d'Émile ;
- l'humour et le pittoresque de la langue et des situations.
La critique universitaire s'est penchée sur les procédés d'écriture de l'œuvre. En 1987, la revue Études littéraires publie une étude consacrée à « l'inscription du littéraire » dans le roman, c'est-à-dire à la manière dont le texte intègre des références et des pratiques littéraires au sein d'un récit de facture populaire.
Réception
Dès sa parution, Le Matou obtient un large succès auprès du public et de la critique. Il s'impose comme l'un des romans québécois les plus lus de sa génération et contribue à établir la réputation d'Yves Beauchemin comme romancier majeur de la littérature québécoise contemporaine.
Son succès a suscité l'intérêt des chercheurs, qui y voient un cas exemplaire de best-seller québécois. La revue Voix et Images lui consacre en 1987 une étude intitulée « Le Matou d'Yves Beauchemin : du fait littéraire à la chaîne de productions-médias », qui analyse le passage du roman au statut de phénomène culturel décliné sur plusieurs supports.
Le roman a également été examiné dans le cadre de travaux sur la réception du roman québécois en France, où sa diffusion témoigne de la circulation de la littérature québécoise dans l'espace francophone au cours des années 1980.
Adaptations
Le roman a été adapté au cinéma par le réalisateur québécois Jean Beaudin. Le film Le Matou, sorti en 1985, reprend l'histoire de Florent, d'Élise, d'Émile et de Ratablavasky, et contribue à élargir encore l'audience de l'œuvre.
Cette adaptation s'inscrit dans ce que la critique a décrit comme une véritable chaîne de productions médiatiques issues du roman, phénomène relativement inédit pour une œuvre littéraire québécoise à l'époque. Le récit a par la suite fait l'objet d'autres transpositions, et l'œuvre continue d'être rééditée et reprise, ce qui atteste sa place durable dans la culture populaire québécoise.
Postérité
Plus de quatre décennies après sa parution, Le Matou demeure l'un des titres les plus connus de la littérature québécoise. Il est régulièrement cité parmi les grands succès du roman québécois de la fin du XXe siècle et reste disponible en librairie grâce aux rééditions de Québec Amérique.
L'œuvre occupe une place centrale dans la bibliographie d'Yves Beauchemin, auteur notamment de Juliette Pomerleau (1989) et de la série Charles le téméraire. Elle est également associée à La Binerie Mont-Royal, restaurant montréalais réel qui sert de cadre au début du récit et dont la notoriété a été accrue par le roman.
Par l'ampleur de sa diffusion, ses traductions et ses adaptations, Le Matou est souvent présenté comme un jalon dans l'histoire de l'édition québécoise, illustrant la capacité d'un roman publié au Québec à rejoindre un vaste lectorat au pays et à l'étranger.