Biographie
Yves Thériault naît à Québec le 28 novembre 1915. Il grandit en partie à Montréal et quitte tôt l'école. Avant de se consacrer à l'écriture, il exerce divers métiers, notamment dans le domaine de la radio, où il travaille comme annonceur dans plusieurs stations régionales du Québec. Cette expérience radiophonique marque durablement sa carrière : il rédige par la suite un grand nombre de textes, sketches et dramatiques destinés à la radio.
Son premier livre, le recueil de nouvelles Contes pour un homme seul, paraît en 1944. Dès lors, Thériault mène une carrière d'écrivain professionnel, alternant œuvres littéraires, textes de commande et écrits pour la radio. Cette production abondante lui vaut d'être présenté comme l'un des premiers écrivains québécois à avoir vécu de sa plume, à une époque où le marché du livre au Québec demeure restreint.
Les années 1950 et 1960 constituent la période la plus reconnue de sa carrière, avec la parution d'Aaron (1954), d'Agaguk (1958) et d'Ashini (1960). Il est élu à la Société royale du Canada en 1959.
Yves Thériault meurt à Joliette, dans Lanaudière, le 20 octobre 1983.
Œuvre
L'œuvre d'Yves Thériault se caractérise par son ampleur et sa diversité de genres. Elle comprend des romans, des contes, des nouvelles, des récits, des livres pour la jeunesse, des pièces et de nombreux textes radiophoniques.
Principaux titres
| Année | Titre | Genre |
|---|---|---|
| 1944 | Contes pour un homme seul | Nouvelles |
| 1954 | Aaron | Roman |
| 1958 | Agaguk | Roman |
| 1960 | Ashini | Roman |
Agaguk
Agaguk, publié en 1958, est le titre le plus connu de l'auteur. Le roman met en scène un jeune Inuit et sa compagne dans la toundra, aux prises avec les exigences de la survie, les règles de la communauté et les contacts avec le monde des Blancs. L'ouvrage a été traduit en une dizaine de langues et demeure l'un des romans québécois les plus diffusés de son époque.
Aaron et Ashini
Aaron (1954) se déroule dans la communauté juive de Montréal et explore la tension entre la tradition religieuse d'un grand-père et les aspirations d'un petit-fils attiré par la société moderne. Ashini (1960) donne la parole à un chasseur innu et aborde la dépossession territoriale et culturelle des peuples autochtones.
Thèmes et représentations
La représentation de cultures et de communautés diverses est un trait marquant de l'œuvre d'Yves Thériault. À une époque où la littérature québécoise demeure largement centrée sur le milieu canadien-français, rural ou urbain, il fait des Inuits (Agaguk), des Innus (Ashini) et d'une famille juive montréalaise (Aaron) les protagonistes de ses romans les plus marquants.
Plusieurs constantes traversent ces récits :
- la confrontation entre l'individu et un milieu naturel rude, souvent nordique ;
- la place des instincts, de la sexualité et de la violence dans les rapports humains ;
- la tension entre la fidélité aux traditions et l'attrait ou la pression de la modernité ;
- la marginalité de personnages placés en rupture avec leur communauté ou avec la société dominante.
Les réalités des Premières Nations et des Inuits occupent ainsi une place importante dans sa production. La lecture de ces œuvres a évolué avec le temps : saluées à leur parution pour leur ouverture sur des cultures peu présentes dans la littérature québécoise, elles sont aujourd'hui aussi étudiées sous l'angle de la représentation des peuples autochtones par un auteur extérieur à ces communautés.
Distinctions
Yves Thériault a reçu plusieurs distinctions littéraires et honorifiques au cours de sa carrière :
| Année | Distinction |
|---|---|
| 1959 | Élection à la Société royale du Canada |
| 1961 | Prix du Gouverneur général, pour Ashini |
| 1971 | Prix Molson |
| 1979 | Prix Athanase-David |
Le prix Athanase-David, décerné par le gouvernement du Québec dans le cadre des Prix du Québec, est la plus haute distinction québécoise en littérature et récompense l'ensemble d'une œuvre. Le prix Molson, alors attribué par le Conseil des arts du Canada, souligne également une contribution d'ensemble à la vie culturelle. Ces deux reconnaissances, obtenues dans les années 1970, consacrent la place de Thériault dans l'histoire littéraire du Québec et du Canada.
Postérité
L'œuvre d'Yves Thériault demeure présente dans l'enseignement de la littérature québécoise et dans le catalogue des éditeurs. Plusieurs de ses titres ont été réédités, notamment dans des collections de poche consacrées au patrimoine littéraire québécois, comme celles de la Bibliothèque québécoise, et certains de ses textes sont repris par les éditions du Septentrion.
Agaguk, en particulier, est fréquemment cité parmi les romans emblématiques de la littérature québécoise du milieu du XXe siècle, et sa diffusion internationale par la traduction a contribué à faire connaître la littérature québécoise à l'étranger.
Sur le plan toponymique, la Commission de toponymie du Québec a officialisé la rue Yves-Thériault, à Saint-Côme, municipalité de la MRC de Matawinie, dans Lanaudière. La fiche toponymique qui s'y rattache présente Thériault comme romancier et dramaturge et rappelle la publication de Contes pour un homme seul en 1944 et d'Agaguk en 1958.
L'auteur fait l'objet de notices dans les principaux ouvrages de référence, dont L'Encyclopédie canadienne, l'encyclopédie Larousse et l'Encyclopædia Britannica, ainsi que dans l'Infocentre littéraire des écrivains québécois.