Territoire et dénomination
Le Nunavik, mot inuktitut signifiant « le grand territoire » ou « l'endroit où vivre », désigne la portion du Québec située au nord du 55e parallèle. Ce vaste territoire, d'environ 500 000 km², fait partie de la région administrative du Nord-du-Québec. Il est bordé à l'ouest par la baie d'Hudson, au nord par le détroit d'Hudson et à l'est par la baie d'Ungava et les monts Torngat.
Les Inuits qui l'habitent se désignent sous le nom de Nunavimmiut (« gens du Nunavik »). Ils vivent aujourd'hui dans quatorze villages nordiques, presque tous côtiers :
- sur la côte de la baie d'Hudson : Kuujjuarapik, Umiujaq, Inukjuak, Puvirnituq, Akulivik ;
- sur le détroit d'Hudson : Ivujivik, Salluit, Kangiqsujuaq, Quaqtaq ;
- sur la baie d'Ungava : Kangirsuk, Aupaluk, Tasiujaq, Kuujjuaq, Kangiqsualujjuaq.
Kuujjuaq, autrefois appelée Fort Chimo, fait office de centre administratif régional. À Kuujjuarapik, la communauté inuite voisine du village cri de Whapmagoostui.
Dans l'usage gouvernemental québécois, le terme « Inuit » est souvent employé comme forme invariable ; la forme accordée « Inuits » est également reçue en français. Le singulier inuktitut est « Inuk ».
Occupation ancienne
L'archéologie montre que des groupes humains fréquentent le territoire du Nunavik depuis environ 4 000 ans. Les premières populations, dites paléoesquimaudes (prédorsétiennes puis dorsétiennes), ont laissé de nombreux sites le long des côtes, notamment dans la région du détroit d'Hudson.
Les ancêtres directs des Inuits actuels, les Thuléens, sont arrivés plus tard, au cours du deuxième millénaire de notre ère, en provenance de l'ouest de l'Arctique. Porteurs d'une technologie adaptée à la chasse aux mammifères marins (kayak, umiak, harpon à tête détachable), ils se sont répandus sur l'ensemble des côtes et ont remplacé les populations dorsétiennes.
Jusqu'au XXe siècle, les Inuits du Nunavik vivent en petits groupes familiaux mobiles dont les déplacements suivent le cycle des saisons et des ressources : phoque, morse, béluga, caribou, poisson et oiseaux migrateurs. L'habitat alterne entre la maison d'hiver semi-souterraine, l'igloo et la tente de peau estivale.
La connaissance de cette longue période repose à la fois sur les fouilles archéologiques et sur la tradition orale. L'Institut culturel Avataq, fondé en 1980, mène des recherches archéologiques au Nunavik et insiste sur la participation des Inuits à l'interprétation de leur propre passé.
Contacts et transformations (XIXe siècle-1960)
Commerce et missions
Les contacts avec les Européens, d'abord sporadiques, s'intensifient au XIXe siècle. La Compagnie de la Baie d'Hudson ouvre en 1830 un poste à Fort Chimo, sur la rivière Koksoak, puis d'autres postes de traite le long des côtes. Les baleiniers, les commerçants de fourrures et les missionnaires anglicans et catholiques introduisent de nouveaux biens, de nouvelles croyances et de nouvelles maladies. La traite du renard arctique modifie progressivement l'économie familiale.
Rattachement au Québec
En 1912, la Loi de l'extension des frontières de Québec rattache à la province le territoire de l'Ungava, qui comprend le Nunavik. Ce transfert n'entraîne pas de présence provinciale immédiate : les services restent longtemps assurés par l'Église, les commerçants et le gouvernement fédéral. En 1939, la Cour suprême du Canada statue que les Inuits relèvent, comme les « Indiens », de la compétence fédérale.
Sédentarisation
Au début du XXe siècle, l'adoption des armes à feu transforme les pratiques de chasse. Après la Seconde Guerre mondiale, l'implantation de dispensaires, d'écoles fédérales, de logements et de services administratifs accélère le regroupement des familles autour des postes. Cette période laisse des traces durables dans la mémoire collective, notamment :
- la réinstallation, en 1953, de familles d'Inukjuak dans l'Extrême-Arctique (Grise Fiord et Resolute Bay), pour laquelle le gouvernement fédéral a présenté des excuses en 2010 ;
- l'abattage de chiens de traîneau dans les années 1950 et 1960, qui a privé de nombreuses familles de leur moyen de transport et a fait l'objet d'enquêtes au début des années 2010.
Présence québécoise et mouvement coopératif (1960-1975)
Au cours des années 1960, le gouvernement du Québec entreprend d'affirmer sa présence dans le Nord. La Direction générale du Nouveau-Québec est créée en 1963 et la province prend graduellement en charge des services jusque-là assurés par Ottawa, ce qui suscite des tensions et une période de double administration.
Parallèlement, les Inuits développent leurs propres institutions économiques. Des coopératives locales voient le jour à partir de la fin des années 1950, d'abord autour de l'artisanat, de la sculpture et de la commercialisation des produits de la chasse. Elles se regroupent en 1967 au sein de la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec, qui demeure un acteur majeur du commerce de détail et des services dans la région. La sculpture sur pierre de Puvirnituq et d'Inukjuak acquiert à cette époque une reconnaissance internationale.
L'annonce en 1971 du projet hydroélectrique de la Baie-James, entrepris sans consultation des peuples autochtones, provoque une mobilisation. Les Inuits se dotent d'une organisation politique, l'Association des Inuit du Nouveau-Québec, et s'associent aux Cris dans une contestation judiciaire. Le jugement rendu en 1973 par le juge Albert Malouf, qui ordonne temporairement la suspension des travaux, pousse les gouvernements à négocier.
Convention de la Baie-James et du Nord québécois et institutions
Le 11 novembre 1975, les Inuits, les Cris, le gouvernement du Québec, le gouvernement du Canada et des sociétés d'État signent la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), souvent considérée comme le premier traité moderne au Canada. En échange de l'extinction de certains droits territoriaux revendiqués, la Convention établit un régime de terres (catégories I, II et III), des droits exclusifs ou prioritaires de chasse, de pêche et de piégeage, des compensations financières et des obligations gouvernementales en matière d'éducation, de santé et de services sociaux.
La Convention entraîne la création de plusieurs institutions régionales :
| Institution | Création | Mandat principal |
|---|---|---|
| Société Makivvik (autrefois Makivik) | 1978 | Gestion des indemnités, développement social et économique, représentation politique |
| Administration régionale Kativik | 1978 | Gouvernement régional public pour le territoire au nord du 55e parallèle |
| Commission scolaire Kativik (Kativik Ilisarniliriniq) | 1978 | Éducation, en inuktitut, en anglais et en français |
| Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik | Années 1970 | Santé et services sociaux |
Les villages deviennent des « villages nordiques » régis par une loi québécoise adoptée en 1978. Les corps policiers locaux sont regroupés au sein du Corps de police régional Kativik, aujourd'hui appelé Service de police du Nunavik.
La Convention ne fait pas l'unanimité : des Inuits de Puvirnituq, d'Ivujivik et d'une partie de Salluit, regroupés au sein du mouvement Inuit Tungavingat Nunamini, refusent de la signer.
Autonomie et accords récents
Depuis la fin des années 1970, les Inuits du Nunavik poursuivent l'objectif d'une forme d'autonomie gouvernementale régionale.
- 2002 : l'entente Sanarrutik, conclue avec le gouvernement du Québec, porte sur le développement économique et communautaire du Nunavik et l'accélération des projets d'infrastructures, de parcs et d'énergie.
- 2006-2008 : l'Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Nunavik, conclu avec le gouvernement fédéral et le Nunavut, reconnaît des droits sur les zones extracôtières et les îles des baies d'Hudson et d'Ungava et du détroit d'Hudson.
- 2011 : un projet d'entente finale créant un gouvernement régional du Nunavik, fusionnant plusieurs institutions publiques, est rejeté par une majorité des électeurs lors d'un référendum régional tenu en avril.
Les négociations se sont poursuivies par la suite, Makivvik demeurant l'interlocuteur politique principal des gouvernements. La création de parcs nationaux gérés en collaboration avec les communautés, comme le parc national des Pingualuit, le parc national Kuururjuaq et le parc national Tursujuq, illustre par ailleurs la volonté de concilier protection du territoire, mise en valeur culturelle et développement local.
Mémoire collective et enjeux contemporains
La mémoire des Nunavimmiut s'organise autour de la transmission de la langue, des savoirs liés au territoire et des récits de la période de sédentarisation. L'inuktitut demeure la langue maternelle de la grande majorité de la population ; l'enseignement est offert en inuktitut dans les premières années du primaire, puis en anglais ou en français. L'Institut culturel Avataq conserve des collections archéologiques, ethnographiques et artistiques et documente la toponymie et la tradition orale.
Les travaux d'enquête publique menés au Québec, dont la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (2016-2019), ont abordé la situation des Inuits du Nunavik, notamment en matière de justice, de santé et de protection de la jeunesse. Le gouvernement du Québec a présenté des excuses officielles aux Premières Nations et aux Inuits en 2019.
L'actualité de l'automne 2026 témoigne des enjeux persistants liés aux infrastructures et aux services : en octobre 2026, la construction d'une nouvelle école attendue de longue date est en cours à Quaqtaq, tandis que Kativik Ilisarniliriniq prévoit l'essai d'un programme d'éducation à la sexualité à Kuujjuaq et à Umiujaq. La même période voit Makivvik reporter à l'année suivante son projet de maintenir l'heure avancée toute l'année au Nunavik. Le Service de police du Nunavik poursuit par ailleurs le recrutement d'agents inuits originaires de la région.
