Origines et formation
Les Colocs naît à Montréal en 1990 à l'initiative d'André Fortin, surnommé « Dédé », auteur-compositeur et chanteur. Le nom du groupe évoque la colocation : les premiers membres partageaient un logement situé au 2116, boulevard Saint-Laurent, adresse devenue indissociable de l'histoire de la formation et qui a d'ailleurs donné son titre à l'album posthume Suite 2116.
Dès ses débuts, le groupe réunit des musiciens aux parcours variés. Le guitariste Mike Sawatzky, originaire de l'Ouest canadien, et l'harmoniciste Patrick Esposito Di Napoli figurent parmi les membres associés à cette première période. La composition de la formation évolue ensuite au fil des départs et des arrivées de musiciens, André Fortin demeurant le principal auteur et compositeur du répertoire.
Le groupe se fait d'abord connaître sur la scène montréalaise par ses prestations énergiques, avant d'enregistrer un premier disque au début des années 1990.
Style musical
La musique des Colocs repose sur une base rock à laquelle se greffent de nombreuses influences :
- le swing et le jazz de type festif ;
- le blues, porté notamment par l'harmonica ;
- le reggae ;
- diverses musiques du monde, en particulier africaines sur le dernier album studio.
Les textes, écrits pour l'essentiel en français québécois, empruntent volontiers à la langue parlée. Ils associent l'humour et l'autodérision à une observation des réalités sociales : pauvreté, vie urbaine, marginalité, maladie, solitude. Cette combinaison d'un ton festif et d'un propos parfois grave caractérise l'identité du groupe.
Les analyses rétrospectives soulignent que Les Colocs ont contribué à renouveler la chanson rock de langue française au Québec dans les années 1990, en proposant une esthétique éclectique ancrée dans la culture populaire montréalaise.
Discographie
Le groupe a publié trois albums studio du vivant d'André Fortin, suivis d'un album posthume.
| Année | Titre | Remarque |
|---|---|---|
| 1993 | Les Colocs | Premier album, qui fait connaître le groupe au Québec |
| 1995 | Atrocetomique | Deuxième album studio |
| 1998 | Dehors novembre | Dernier album studio paru du vivant de Fortin |
| 2001 | Suite 2116 | Album publié par les membres restants après la mort de Fortin |
Premier album
L'album éponyme de 1993 constitue le principal succès commercial et critique du groupe. Plusieurs rétrospectives, dont celle publiée par le magazine Voir à l'occasion de son 25e anniversaire, en soulignent l'influence durable. Les estimations de ventes de cet album varient selon les sources.
Dehors novembre
L'album de 1998 se distingue par une ouverture plus marquée aux sonorités africaines, à la faveur d'une collaboration avec des musiciens d'origine sénégalaise, et par un ton plus sombre que les disques précédents.
Épreuves et fin du groupe
Le parcours des Colocs est marqué par deux deuils. L'harmoniciste Patrick Esposito Di Napoli, atteint du VIH, quitte le groupe puis meurt au milieu des années 1990. Sa maladie a inspiré une partie du répertoire de la formation, qui a abordé ouvertement le sujet du sida à une époque où il demeurait largement stigmatisé.
André Fortin meurt à Montréal en mai 2000. Sa disparition met fin à l'activité régulière du groupe, dont il était le fondateur, le chanteur et le principal compositeur.
En 2001, les membres restants publient Suite 2116, un album rassemblant du matériel enregistré ou conçu autour de Fortin. Le titre renvoie à l'adresse du boulevard Saint-Laurent où le groupe avait vu le jour.
Postérité
Les Colocs sont considérés comme l'une des figures importantes de la musique populaire québécoise des années 1990. Leur répertoire continue d'être diffusé et repris, et le groupe figure régulièrement dans les rétrospectives consacrées à la chanson québécoise.
La trajectoire d'André Fortin a fait l'objet d'un long métrage de fiction, Dédé, à travers les brumes, réalisé par Jean-Philippe Duval et sorti en 2009, qui retrace la vie du chanteur et l'histoire du groupe.
L'héritage des Colocs tient notamment à trois apports :
- l'intégration réussie d'influences musicales variées dans un rock chanté en français ;
- l'usage assumé du français québécois populaire dans les textes ;
- un regard social sur la vie urbaine et la marginalité, porté par un ton à la fois festif et engagé.
Le groupe est souvent cité comme une influence par des artistes québécois apparus après lui, dans les courants rock et festifs de la scène francophone.