Jeunesse et débuts
Claude Léveillée naît à Montréal le 16 octobre 1932. Il grandit dans le quartier de Villeray, où, selon la Ville de Montréal, il aurait vécu pendant 27 ans ; ce lien avec le quartier a motivé plus tard l'attribution de son nom à la maison de la culture locale.
Pianiste de formation, il se fait d'abord connaître du public québécois par la télévision, alors en plein essor depuis la mise en ondes de la télévision de Radio-Canada en 1952. Dans les années 1950, il interprète notamment le personnage de Cloclo dans l'émission jeunesse Domino. Ce travail de comédien précède sa reconnaissance comme auteur-compositeur et marque le début d'une carrière qui associera constamment le jeu, la musique et la scène.
Ces premières années s'inscrivent dans un contexte où une nouvelle génération d'artistes montréalais cherche à créer une chanson d'expression française proprement québécoise, distincte du répertoire importé de France et de la chanson populaire américaine. Léveillée en devient rapidement l'une des figures.
Les Bozos et Chez Bozo
En 1959, Claude Léveillée participe à la fondation du groupe Les Bozos et de la boîte à chansons Chez Bozo, à Montréal. Le collectif réunit de jeunes auteurs-compositeurs-interprètes qui présentent leurs propres œuvres devant un public restreint, dans une formule intimiste centrée sur le texte et la mélodie.
Les Bozos sont généralement associés à d'autres artistes de premier plan de la chanson québécoise de l'époque, dont Raymond Lévesque, Clémence DesRochers, Jean-Pierre Ferland et Hervé Brousseau. L'expérience de Chez Bozo est considérée comme l'un des points de départ du mouvement des boîtes à chansons, qui se répand au Québec au cours des années 1960 et contribue à l'émergence des chansonniers.
Pour Léveillée, cette période constitue une étape déterminante : elle lui permet de faire entendre ses compositions, d'affirmer son style de pianiste-interprète et d'établir des liens avec le milieu artistique montréalais qui marqueront la suite de sa carrière, notamment au théâtre.
Collaboration avec Édith Piaf
La rencontre de Claude Léveillée avec Édith Piaf, en 1959, donne une dimension internationale à sa carrière. La chanteuse française s'intéresse à ses compositions et Léveillée écrit par la suite plusieurs chansons pour elle, ce qui l'amène à travailler en France à ses côtés.
Cette collaboration fait de lui l'un des premiers auteurs-compositeurs québécois de sa génération à voir ses œuvres interprétées par une vedette de la chanson française. Elle contribue à sa notoriété au Québec comme à l'étranger et à la reconnaissance de la chanson québécoise naissante dans l'espace francophone.
Parmi les titres associés à son répertoire figure Les Vieux Pianos, chanson souvent rattachée à cette période. L'expérience auprès de Piaf influence aussi sa manière d'aborder l'interprétation et la scène, qu'il développera à son retour au Québec, où il poursuit sa carrière de chanteur sous son propre nom.
Carrière sur scène et au théâtre
De retour au Québec, Claude Léveillée mène une carrière d'interprète qui le conduit sur les grandes scènes montréalaises. En 1964, il se produit à la Place des Arts, alors tout récemment inaugurée, ce qui constitue une étape marquante pour un chansonnier issu du milieu des boîtes à chansons.
Son activité déborde largement le récital. Il compose des comédies musicales et écrit de la musique pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Il participe en outre à la fondation du Théâtre de Quat'Sous, à Montréal, avec Paul Buissonneau, Yvon Deschamps et Louise Latraverse. Cette salle devient l'un des lieux importants du théâtre de création à Montréal.
Cette double appartenance au monde de la chanson et à celui du théâtre caractérise l'ensemble de son parcours. Comédien à ses débuts, il conserve tout au long de sa carrière un rapport étroit avec la scène et le spectacle, qu'il conçoit comme un prolongement naturel de son travail de compositeur et de pianiste.
Œuvre
Les sources institutionnelles attribuent à Claude Léveillée plusieurs centaines de chansons et pièces musicales. Son œuvre se distingue par la place centrale accordée au piano, instrument dont il s'accompagne lui-même, et par une écriture mélodique qui mêle la tradition de la chanson française et une sensibilité propre au Québec de la Révolution tranquille.
Parmi les titres les plus fréquemment associés à son répertoire figurent :
- Frédéric ;
- La légende du cheval blanc ;
- Les Vieux Pianos.
Frédéric, en particulier, est devenue l'une des chansons les plus connues du répertoire québécois des années 1960 et reste étroitement liée à son nom.
Outre la chanson, sa production comprend des musiques de scène, des comédies musicales ainsi que des compositions pour le cinéma et la télévision. Cette diversité fait de lui l'un des compositeurs les plus polyvalents de sa génération, à la croisée de la chanson populaire, du théâtre et de la musique instrumentale. Claude Léveillée meurt le 9 juin 2011 à Saint-Benoît, secteur de la ville de Mirabel, dans les Laurentides.
Distinctions et commémoration
Au cours de sa carrière, Claude Léveillée reçoit plusieurs distinctions, parmi lesquelles :
- le Grand Prix du disque canadien ;
- le titre d'officier de l'Ordre du Canada ;
- le titre de chevalier de l'Ordre national du Québec ;
- l'intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, en 2006.
Toponymie
Son nom est commémoré dans la toponymie québécoise :
| Lieu | Municipalité |
|---|---|
| Maison de la culture Claude-Léveillée | Montréal (Villeray) |
| Place Claude-Léveillée | Laval |
| Avenue Claude-Léveillée | Inscrite au répertoire de la Commission de toponymie du Québec |
La maison de la culture Claude-Léveillée, à Montréal, rappelle ses liens avec le quartier de Villeray, où il est né. Ces désignations témoignent de la place qu'il occupe dans le patrimoine culturel québécois, comme pionnier des boîtes à chansons et comme compositeur.