Contexte
L'Osstidcho voit le jour à la fin de la Révolution tranquille, au lendemain de l'Exposition universelle de Montréal de 1967. La chanson québécoise est alors dominée par la figure du chansonnier, héritée de Félix Leclerc et popularisée par le réseau des boîtes à chansons. On y entend surtout un interprète seul, accompagné de sa guitare, dans une langue généralement soutenue et sur des thèmes souvent liés au pays et à l'identité.
À la même époque, une jeune génération d'artistes s'intéresse au rock, au jazz libre et aux formes théâtrales expérimentales. Elle cherche une expression scénique plus directe et plus proche de la langue parlée à Montréal. Le Théâtre de Quat'Sous, petite salle montréalaise associée à Paul Buissonneau, offre un cadre propice à ce type d'expérience.
Le titre du spectacle reprend phonétiquement l'expression populaire « ostie de show ». Construite à partir d'un sacre, elle annonce d'emblée la volonté de rompre avec les conventions du spectacle de variétés et de la chanson à texte.
Création et distribution
La première représentation a lieu le 28 mai 1968 au Théâtre de Quat'Sous, à Montréal. Le spectacle y est présenté jusqu'au 20 juin 1968.
Interprètes
- Robert Charlebois, auteur-compositeur-interprète
- Yvon Deschamps, monologuiste et comédien
- Louise Forestier, chanteuse et comédienne
- Mouffe (Claudine Monfette), parolière et interprète
Musiciens
- le Quatuor du Nouveau Jazz libre du Québec
- l'organiste Jacques Perron
Mise en scène
Paul Buissonneau assure la mise en scène. Selon les témoignages recueillis par la suite, le spectacle repose en bonne partie sur la complicité des interprètes et sur une structure souple. Cette souplesse laisse une large place à l'improvisation d'un soir à l'autre.
Forme et contenu
L'Osstidcho se présente comme un spectacle multidisciplinaire. Les chansons y alternent avec des sketches, des monologues et des passages instrumentaux. La musique associe le rock, le jazz d'avant-garde du Nouveau Jazz libre du Québec et des sonorités électriques encore peu présentes sur les scènes de la chanson québécoise.
La langue occupe une place centrale. Le recours délibéré au joual et au registre populaire est largement perçu comme une affirmation culturelle. Il marque aussi une rupture avec la norme linguistique qui prévalait dans la chanson à texte. L'humour, la satire et la dérision côtoient une certaine désinvolture scénique qui tranche avec la sobriété des récitals de chansonniers.
Plusieurs analystes, dont Bruno Roy dans la revue Québec français, voient dans le spectacle une « expérience de libération » à la fois musicale, scénique et linguistique. Le caractère improvisé de la représentation, la fusion des disciplines et l'énergie collective des interprètes sont souvent présentés comme ses principales innovations.
Versions successives
Le spectacle connaît plusieurs déclinaisons entre 1968 et 1969.
| Période | Titre | Lieu |
|---|---|---|
| 28 mai au 20 juin 1968 | L'Osstidcho | Théâtre de Quat'Sous, Montréal |
| Septembre 1968 | L'Osstidcho King Size | Comédie-Canadienne, Montréal |
| Janvier 1969 | L'Osstidcho meurt | Salle Wilfrid-Pelletier, Place des Arts, Montréal |
Après la série initiale au Quat'Sous, une version renouvelée et de plus grande envergure, L'Osstidcho King Size, est présentée à la Comédie-Canadienne à l'automne 1968. Une dernière mouture, au titre explicite de L'Osstidcho meurt, est montée en janvier 1969 à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Ce passage par la principale salle de concert de Montréal clôt l'aventure.
Les sources ne concordent pas toujours sur certains détails, notamment les dates exactes et l'intitulé des versions successives. Pour la première, le Répertoire du patrimoine culturel du Québec retient le 28 mai 1968.
Réception et postérité
L'Osstidcho est généralement considéré comme un tournant de la chanson et de la culture populaire au Québec. Il contribue à faire entrer le rock dans la chanson d'expression française au Québec. Il accélère aussi le passage de l'ère des chansonniers à celle d'une scène plus éclatée et plus électrique.
Le spectacle consacre plusieurs de ses participants. Robert Charlebois s'impose comme une figure majeure du rock québécois. Il enregistre en 1968, avec Louise Forestier, un album qui comprend notamment la chanson « Lindberg ». Yvon Deschamps, de son côté, amorce une longue carrière de monologuiste.
L'usage scénique du joual, dans la même période que d'autres œuvres marquantes de la dramaturgie québécoise, alimente les débats sur la langue populaire dans la création artistique. Le spectacle est aussi fréquemment rattaché à l'émergence de la contre-culture québécoise de la fin des années 1960.
Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, géré par le ministère de la Culture et des Communications, recense la première de L'Osstidcho comme un événement marquant. Il souligne la transformation de la forme et du langage de la chanson québécoise qu'elle représente.
Commémorations et études
L'Osstidcho fait l'objet de nombreux retours historiques et analyses.
- La revue Québec français consacre en 2007 plusieurs textes à l'évolution de la chanson québécoise. On y trouve un article de Bruno Roy sur le spectacle comme expérience de libération et une étude qui prend L'Osstidcho comme point de départ de la chanson contemporaine.
- Un ouvrage intitulé L'Osstidcho ou le désordre libérateur fait l'objet d'une recension de Bruno Roy dans la revue Recherches sociographiques en 2009.
- Le cinquantième anniversaire du spectacle, en 2018, donne lieu à des retours dans la presse québécoise.
- En 2023, Télé-Québec diffuse le documentaire L'Osstidquoi? L'Osstidcho!, présenté comme un accès aux coulisses du spectacle, 55 ans après sa création. Il fait intervenir notamment Robert Charlebois, Louise Forestier et Mouffe.
- La radio de Radio-Canada lui consacre également des segments historiques, dont un entretien dans l'émission Aujourd'hui l'histoire.