Jeunesse et débuts
Pauline Julien naît le 23 mai 1928 à Trois-Rivières, en Mauricie. Attirée très tôt par la scène, elle s'oriente vers le théâtre avant de se tourner vers la chanson.
Au début des années 1950, elle s'installe à Paris, où elle fréquente le milieu des cabarets de la rive gauche. Elle y fait ses premières armes comme interprète et comme comédienne, dans un contexte où la chanson à texte connaît un essor important. Ce séjour européen façonne durablement son style : une interprétation dramatique, attentive au texte, héritée à la fois du théâtre et de la tradition des chansonniers français.
Cette période parisienne lui permet aussi de constituer un premier répertoire tiré d'auteurs européens, qu'elle continuera de défendre une fois de retour au Québec, parallèlement aux créations québécoises.
Carrière au Québec
Revenue au Québec en 1957, Pauline Julien se fait connaître dans les cabarets montréalais, notamment au Saint-Germain-des-Prés. Elle participe à l'effervescence de la chanson québécoise des boîtes à chansons et contribue à faire connaître une génération d'auteurs-compositeurs.
Reconnaissance internationale
En 1964, elle obtient le deuxième prix d'interprétation au Festival international de la chanson de Sopot, en Pologne, avec « Jack Monoloy », chanson de Gilles Vigneault. Cette distinction contribue à sa notoriété au-delà du Québec, et sa carrière se poursuit ensuite en Europe comme en Amérique.
Discographie et scène
Au fil de plus de quatre décennies d'activité, elle enregistre plus de vingt disques et interprète, selon la Commission de toponymie du Québec, plus de 2 000 chansons. Elle mène en parallèle une activité de comédienne, au théâtre comme à l'écran, ce qui nourrit la dimension scénique de ses spectacles.
Répertoire
Le répertoire de Pauline Julien se caractérise par sa diversité et par la place qu'il accorde aux auteurs québécois. Elle interprète notamment :
- des chansons de Gilles Vigneault, dont « Jack Monoloy » ;
- des chansons de Raymond Lévesque ;
- des œuvres de chansonniers et d'auteurs européens découverts lors de ses années parisiennes.
À partir des années 1970, elle écrit elle-même une partie de ses textes. Sa chanson la plus connue, « L'âme à la tendresse », dont Bibliothèque et Archives nationales du Québec a documenté l'histoire, illustre ce versant plus intime de son œuvre d'autrice.
Son interprétation, marquée par le théâtre, privilégie l'expressivité et la mise en valeur du texte. Ce choix fait d'elle l'une des principales passeuses de la chanson à texte au Québec, au service à la fois de la création locale et d'un répertoire international.
Engagement politique et féministe
Pauline Julien est l'une des figures artistiques les plus associées au mouvement souverainiste québécois. Ses prises de position publiques et ses chansons accompagnent l'affirmation nationale du Québec dans les années 1960 et 1970, ce qui lui vaut le surnom de « pasionaria du Québec », repris notamment par les archives de Radio-Canada.
Elle partage la vie du poète et homme politique Gérald Godin. Lors de la crise d'Octobre de 1970, en raison de son engagement indépendantiste, elle est arrêtée et détenue, comme plusieurs autres artistes et intellectuels québécois visés par les mesures d'exception alors en vigueur.
Son engagement s'étend également à la cause des femmes. Son œuvre et ses interventions publiques sont associées aux luttes féministes, et elle est régulièrement citée parmi les voix féminines marquantes de la culture québécoise du XXe siècle, notamment dans la chronique toponymique « Voix de femmes » de la Commission de toponymie du Québec.
Dernières années
Pauline Julien poursuit sa carrière jusque dans les années 1990. Gérald Godin meurt en 1994.
En 1997, elle est nommée chevalière de l'Ordre national du Québec, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec, en reconnaissance de sa contribution à la chanson et à la culture québécoises.
Pauline Julien meurt à Montréal le 1er octobre 1998, à l'âge de 70 ans.
Hommages et postérité
Après sa mort, plusieurs municipalités québécoises honorent sa mémoire en attribuant son nom à des lieux publics. Selon la Commission de toponymie du Québec, son nom a été donné à des rues et à un parc dans plusieurs municipalités :
| Lieu | Municipalité | Remarque |
|---|---|---|
| Rue Pauline-Julien | Montréal | Nommée en 1999 |
| Rue Pauline-Julien | Cowansville | Odonyme officialisé |
Son parcours est également conservé et mis en valeur par Bibliothèque et Archives nationales du Québec, qui a consacré un contenu documentaire à « L'âme à la tendresse » et aux documents patrimoniaux liés à cette chanson.
Pauline Julien demeure une référence dans l'histoire de la chanson québécoise, tant pour son rôle d'interprète des auteurs d'ici que pour l'articulation qu'elle a établie entre création artistique et engagement social et politique.