Origines et formation
Richard Desjardins naît en 1948 à Noranda, ville minière de l'Abitibi fusionnée par la suite avec Rouyn pour former Rouyn-Noranda, dans la région administrative de l'Abitibi-Témiscamingue. Il grandit dans ce milieu marqué par l'industrie minière et forestière, qui imprègne une grande partie de son œuvre ultérieure, tant chansonnière que cinématographique.
Pianiste, il commence à écrire des chansons en français au début des années 1970. Son écriture se nourrit à la fois de la tradition de la chanson poétique francophone et des musiques populaires nord-américaines, notamment le country et le rock, très présentes dans la culture régionale abitibienne.
Le groupe Abbittibbi
De 1975 à 1982, Richard Desjardins dirige le groupe Abbittibbi, formation country-rock qu'il contribue à fonder en Abitibi. Le nom du groupe, graphie volontairement altérée du nom de la région, affirme un ancrage territorial qui demeure une constante de la démarche de l'artiste.
Le groupe se produit principalement dans le circuit régional et ne connaît pas, à l'époque, une large diffusion à l'échelle du Québec. Cette période constitue néanmoins un temps de formation au cours duquel Desjardins élabore une partie de son répertoire et affine son jeu de scène. Après la dissolution du groupe, il entreprend une carrière solo, seul au piano ou accompagné de formations réduites.
Carrière solo
Le premier album solo de Richard Desjardins, Les derniers humains, paraît en 1988. Il est suivi en 1990 de Tu m'aimes-tu, disque qui le fait connaître auprès d'un large public québécois et dont la chanson-titre devient l'une de ses pièces les plus associées à son nom.
La reconnaissance institutionnelle suit rapidement :
| Année | Distinction |
|---|---|
| 1991 | Félix de l'auteur-compositeur de l'année (Gala de l'ADISQ) |
| 1991 | Félix de l'album populaire de l'année (Gala de l'ADISQ) |
| 1990 | Prix Miroir de la chanson francophone, Festival d'été de Québec |
Dans les années suivantes, il poursuit à la fois la publication de disques, dont Boom Boom (1998) et L'existoire (2011), et une activité de scène soutenue au Québec et dans la francophonie, notamment en France, où la presse lui consacre des portraits.
Œuvre et style
Le répertoire de Richard Desjardins associe des chansons tendres, souvent d'une grande densité poétique, à des pièces humoristiques et satiriques. La tendresse amoureuse et la critique sociale y coexistent, parfois au sein d'un même album.
Parmi les chansons les plus connues de son répertoire figurent :
- « Tu m'aimes-tu » ;
- « Le cœur est un oiseau » ;
- « Le screw » ;
- « Quand j'aime une fois j'aime pour toujours » ;
- « Les Yankees ».
« Le cœur est un oiseau » et « Le screw » ont fait l'objet d'analyses universitaires qui les situent dans leur contexte québécois, notamment en ce qui concerne l'usage de la langue populaire, l'imaginaire du territoire et la représentation du monde ouvrier. Son écriture, qui mêle registres soutenu et familier, lui vaut d'être recensé parmi les écrivains québécois par des répertoires littéraires.
Sur le plan musical, Desjardins s'appuie principalement sur le piano, autour duquel se construisent des arrangements sobres. L'héritage country-rock de ses années avec Abbittibbi demeure perceptible dans certaines pièces plus rythmées.
Cinéma documentaire
Parallèlement à la chanson, Richard Desjardins mène une activité de cinéaste et de compositeur de musique de film. Avec le réalisateur Robert Monderie, il coréalise plusieurs documentaires consacrés à l'Abitibi et aux enjeux liés aux ressources naturelles.
Le plus connu, L'erreur boréale, paraît en 1999. Coproduit avec l'Office national du film du Canada, le film porte sur l'exploitation de la forêt publique québécoise et critique les pratiques de coupe et le régime d'attribution des forêts aux entreprises. Sa diffusion suscite un vaste débat public au Québec.
Le duo Desjardins-Monderie poursuit ensuite cette démarche avec d'autres œuvres, dont Le peuple invisible (2007), consacré à la situation des Algonquins (Anishinabeg) de l'Abitibi-Témiscamingue, et Trou story (2011), qui traite de l'histoire de l'industrie minière dans le nord du Québec et de l'Ontario.
Engagement public
L'engagement de Richard Desjardins pour la protection des forêts s'inscrit dans le prolongement de L'erreur boréale. À la suite du film, il participe à la fondation de l'organisme Action boréale, voué à la défense de la forêt boréale et à la création d'aires protégées.
Le débat relancé par le documentaire contribue à la mise sur pied, par le gouvernement du Québec, de la Commission d'étude sur la gestion de la forêt publique québécoise, dite commission Coulombe, dont le rapport est déposé en 2004.
En 2000, le quotidien français Libération rapporte que Desjardins a été désigné homme de l'année au Québec pour son combat en faveur de la forêt. Ses prises de position, qui touchent également l'industrie minière et la situation des peuples autochtones, en font l'une des figures de la chanson engagée au Québec.