Définition et cadre légal
Dans l'usage courant au Québec, le terme « centre jeunesse » renvoie aux services offerts aux enfants et aux adolescents dont la sécurité ou le développement est compromis, ou risque de l'être, ainsi qu'aux jeunes visés par le système de justice pénale pour adolescents.
Sur le plan juridique, la Loi sur les services de santé et les services sociaux (RLRQ, chapitre S-4.2) définit plusieurs missions d'établissement. Deux d'entre elles correspondent à ce que l'on appelle un centre jeunesse :
- la mission de centre de protection de l'enfance et de la jeunesse (CPEJ), qui offre des services psychosociaux, y compris des services d'urgence sociale, aux jeunes dont la situation relève de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) ou de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) ;
- la mission de centre de réadaptation pour jeunes en difficulté d'adaptation, qui offre des services d'adaptation, de réadaptation et d'intégration sociale, avec ou sans hébergement.
La LPJ, loi québécoise, encadre l'intervention de l'État lorsque la sécurité ou le développement d'un enfant est compromis. Les responsabilités qu'elle prévoit sont exercées par le directeur ou la directrice de la protection de la jeunesse (DPJ) de chaque établissement. La LSJPA, loi fédérale, s'applique aux adolescents de 12 à 17 ans ayant commis une infraction ; son application au Québec est confiée notamment au directeur provincial, fonction généralement exercée par la même personne que le DPJ.
Histoire
Origines
Avant la Révolution tranquille, la prise en charge des enfants abandonnés, orphelins ou jugés délinquants reposait largement sur des institutions religieuses et des écoles de réforme. La création du réseau public de la santé et des services sociaux au début des années 1970 a confié ces responsabilités à des centres de services sociaux et à des centres d'accueil de réadaptation.
Loi sur la protection de la jeunesse
Adoptée en 1977 et entrée en vigueur en 1979, la Loi sur la protection de la jeunesse a institué la fonction de directeur de la protection de la jeunesse et a établi le cadre du signalement et de l'évaluation des situations de compromission.
Création des centres jeunesse
La réforme du réseau découlant de la Loi sur les services de santé et les services sociaux de 1991 a mené, au début des années 1990, au regroupement des services de protection et de réadaptation pour les jeunes au sein d'établissements régionaux appelés centres jeunesse. Ces établissements disposaient de leur propre conseil d'administration et étaient regroupés au sein d'une association provinciale.
Intégration aux CISSS et aux CIUSSS
La Loi modifiant l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux, entrée en vigueur le 1er avril 2015, a fusionné les établissements de chaque région, dont les centres jeunesse, au sein des CISSS et des CIUSSS. Les centres jeunesse ont alors cessé d'exister comme entités juridiques distinctes, mais l'appellation demeure largement employée pour désigner les services et les installations de protection et de réadaptation.
Réformes récentes
À la suite des travaux de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, dont le rapport a été déposé en 2021, la LPJ a été modifiée en 2022 et une fonction de directrice nationale de la protection de la jeunesse a été instaurée au ministère de la Santé et des Services sociaux. La création de Santé Québec, effective en décembre 2024, a par ailleurs modifié la gouvernance des établissements du réseau.
Missions et services
Les services associés aux centres jeunesse couvrent plusieurs volets complémentaires.
Protection de la jeunesse
La DPJ reçoit et traite les signalements, décide de leur rétention, évalue la situation de l'enfant, oriente le dossier et applique les mesures volontaires ou ordonnées par le tribunal. Les services d'urgence sociale assurent une réponse en tout temps.
Services aux adolescents contrevenants
En vertu de la LSJPA, les établissements offrent des services d'évaluation, de suivi dans la collectivité et de garde aux adolescents ayant commis une infraction.
Réadaptation
Les services de réadaptation jeunesse s'adressent aux jeunes vulnérables et à leur famille avant, pendant ou après un placement. Ils visent des difficultés comportementales ou psychosociales, des situations de maltraitance ou des besoins liés à la LSJPA. Ils sont offerts dans le milieu de vie du jeune ou en hébergement, par exemple dans des unités de vie, des foyers de groupe ou des ressources de type familial.
Autres responsabilités
La mission de CPEJ comprend aussi :
- le placement d'enfants ;
- l'adoption, au Québec et à l'international ;
- la médiation familiale et l'expertise psychosociale demandée par la Cour supérieure en matière de garde ;
- la recherche des antécédents sociobiologiques et les retrouvailles pour les personnes adoptées.
Organisation actuelle
Depuis 2015, chaque région sociosanitaire compte un ou plusieurs CISSS ou CIUSSS exerçant les missions de protection de la jeunesse et de réadaptation pour jeunes en difficulté. Au sein de ces établissements, ces services relèvent généralement d'une direction de la protection de la jeunesse et d'une direction du programme jeunesse ou d'une direction des services de réadaptation.
Les appellations varient selon les régions : certaines installations conservent le nom de « centre jeunesse » suivi du nom de la région, d'autres portent le nom de « centre de réadaptation pour les jeunes » ou une dénomination propre. Le Répertoire des ressources en santé et services sociaux du ministère de la Santé et des Services sociaux recense ces installations, par exemple les points de service du Centre jeunesse de la Montérégie rattachés au CISSS de la Montérégie-Est.
À l'échelle provinciale, la directrice nationale de la protection de la jeunesse coordonne les orientations, publie un rapport annuel et veille à l'harmonisation des pratiques. Les directeurs et directrices de la protection de la jeunesse de chaque établissement publient en outre un bilan annuel commun.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse veille, de façon indépendante, au respect des droits reconnus aux enfants par la LPJ et la LSJPA, et peut enquêter sur les services rendus.
Données de la période 2024-2025
Le bilan provincial des directeurs et directrices de la protection de la jeunesse pour l'exercice 2024-2025 fournit les données suivantes.
| Indicateur (2024-2025) | Valeur |
|---|---|
| Signalements traités | 141 622 |
| Enfants concernés par ces signalements | 105 675 |
| Proportion des signalements retenus pour évaluation | 29,3 % |
| Adolescents ayant reçu des services en vertu de la LSJPA | 10 095 |
Ces données sont publiées chaque année, généralement en même temps par l'ensemble des établissements du réseau, sous la forme d'un bilan provincial accompagné de bilans régionaux. Pour l'exercice 2024-2025, le bilan a été diffusé sous le thème « Au-delà d'un signalement, protéger les enfants collectivement ».
Le rapport annuel de la directrice nationale de la protection de la jeunesse pour la même période présente une analyse complémentaire des services rendus à l'échelle du Québec.
Enjeux et évaluations
Les centres jeunesse ont fait l'objet de plusieurs examens publics. En 2010, le Vérificateur général du Québec a publié un rapport portant sur la gestion des centres jeunesse, examinant notamment l'accès aux services, les délais et la gestion des ressources.
La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse a ensuite procédé à un examen d'ensemble du système, dont les recommandations ont orienté les modifications législatives et administratives des années suivantes, notamment en matière de prévention, de coordination et de primauté de l'intérêt de l'enfant.
En 2025, le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié un document d'orientation intitulé « Bâtir l'avenir : des services de réadaptation pour les jeunes en difficulté et leur famille », qui met l'accent sur l'intégration familiale et sociale des jeunes. Le gouvernement du Québec a également annoncé des travaux visant l'amélioration des milieux de vie des jeunes hébergés en centre jeunesse.
Parmi les enjeux régulièrement évoqués figurent les délais d'évaluation des signalements, la rétention du personnel d'intervention, la vétusté de certaines installations d'hébergement et la continuité des services à l'atteinte de la majorité.
Distinctions terminologiques
Le terme « centre jeunesse » ne doit pas être confondu avec d'autres appellations du réseau :
- la clinique jeunesse offre des services préventifs et curatifs de santé adaptés aux adolescents et aux jeunes adultes, notamment en santé sexuelle, généralement dans le cadre des services de première ligne ;
- la maison des jeunes est un organisme communautaire offrant un lieu de rencontre et d'activités aux adolescents, sans mandat légal de protection ;
- le centre de la petite enfance est un service de garde éducatif à l'enfance relevant du ministère de la Famille.
Par ailleurs, la DPJ désigne à la fois une fonction légale, exercée par une personne nommée dans chaque établissement, et, dans le langage courant, l'ensemble des services de protection. Depuis 2015, les expressions « centre jeunesse » et « DPJ » sont souvent employées de façon interchangeable dans l'usage public, bien qu'elles ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités juridiques.