Portrait et mode de vie
Anatis labiculata est un coléoptère de la famille des Coccinellidae : c’est donc une coccinelle, et non un vertébré. Elle est souvent appelée en anglais la coccinelle à quinze points (« fifteen-spotted lady beetle »), bien que ce nom ne soit pas indiqué dans la fiche source.
C’est l’une des plus grandes coccinelles indigènes d’Amérique du Nord, mesurant généralement de 7 à 9 mm de longueur. Son corps est fortement convexe et ses élytres sont le plus souvent blanc crème, gris pâle ou beige rosé, marqués de taches noires; celles-ci peuvent varier en taille ou se rejoindre partiellement. La coloration est souvent plus jaunâtre chez les adultes fraîchement émergés, puis pâlit et se stabilise après le durcissement des élytres. Le pronotum porte également un dessin noir et pâle caractéristique.
L’espèce fréquente surtout les arbres et les arbustes des forêts, des lisières et des plantations, sur des conifères comme sur divers feuillus. Les adultes et les larves recherchent activement leurs proies sur le feuillage, les aiguilles et les rameaux, principalement durant les périodes chaudes. Comme les autres coccinelles, elle peut émettre par les articulations des pattes une hémolymphe jaunâtre au goût désagréable lorsqu’elle est dérangée. Cette défense, appelée saignement réflexe, décourage certains prédateurs.
Répartition
Anatis labiculata est une espèce nord-américaine largement associée aux milieux boisés. Elle est présente dans une bonne partie du Canada méridional et du nord des États-Unis, où elle occupe notamment les forêts de conifères, les forêts mixtes et les peuplements feuillus abritant des colonies de pucerons.
La fiche source totalise 117 occurrences au Québec. Les mentions sont particulièrement nombreuses en Outaouais (35) et en Abitibi-Témiscamingue (31), puis dans les Laurentides et Lanaudière (14 chacune). L’espèce a aussi été observée au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans la Capitale-Nationale, en Mauricie, à Montréal, en Estrie, en Montérégie, au Centre-du-Québec et au Bas-Saint-Laurent.
Cette répartition indique une présence dans plusieurs régions forestières du Québec méridional et de la frange sud de la forêt boréale. Toutefois, les nombres d’observations ne constituent pas à eux seuls une mesure de l’abondance : ils reflètent également la répartition inégale des activités de collecte, des collections entomologiques et des projets d’observation. L’espèce ne migre pas au sens strict; les adultes effectuent plutôt des déplacements locaux entre les arbres où ils s’alimentent et les sites protégés où ils passent l’hiver.
Croissance et cycle de vie
Comme les autres coccinelles, Anatis labiculata connaît une métamorphose complète : œuf, larve, pupe et adulte. Au Québec, les adultes ayant survécu à l’hiver dans des sites protégés, par exemple sous l’écorce lâche, dans la litière ou parmi des débris végétaux, redeviennent actifs au printemps lorsque les températures augmentent et que les colonies de pucerons se développent.
Après l’accouplement, la femelle pond des groupes d’œufs jaunes ou orangés sur le feuillage ou les rameaux, généralement près de proies potentielles. Les larves qui éclosent sont allongées, sombres et couvertes de petites protubérances. Elles passent habituellement par quatre stades larvaires et consomment de nombreuses proies avant de se fixer à un support pour se nymphoser. L’adulte qui émerge possède d’abord des élytres mous et pâles; leur couleur et leur maculation se précisent durant les heures ou les jours suivants.
Dans les conditions québécoises, l’espèce semble vraisemblablement produire une génération annuelle, comme plusieurs grandes coccinelles forestières. Les adultes de la nouvelle génération se nourrissent à la fin de l’été et à l’automne, accumulent des réserves, puis gagnent des abris d’hivernage. Le dimorphisme sexuel est peu visible sur le terrain; les femelles sont souvent un peu plus grandes que les mâles.
Relations avec l'humain
La fiche source ne fournit ni rang de précarité ni statut sous la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec pour Anatis labiculata. L’absence de ces renseignements ne permet pas à elle seule d’évaluer la sécurité de ses populations, d’autant plus que de nombreux invertébrés terrestres du Québec font l’objet de suivis limités.
Cette coccinelle est un prédateur utile dans les milieux arborés. En consommant des pucerons et d’autres petits insectes à corps mou, elle participe à la régulation naturelle de certains ravageurs des arbres, des arbustes et des plantations. Elle ne constitue pas un danger pour les personnes, les animaux domestiques ou les végétaux. Comme plusieurs coccinelles, elle peut toutefois laisser une petite trace jaunâtre et odorante si elle est manipulée.
Sa grande taille et sa coloration inhabituelle en font une espèce intéressante pour les naturalistes et les photographes. Les données d’occurrence, dont celles compilées dans la fiche, reposent en partie sur les collections d’histoire naturelle et les observations faites par des personnes intéressées à l’entomologie.
Les pressions potentielles comprennent la simplification ou la fragmentation des habitats boisés et l’emploi d’insecticides à large spectre, qui peuvent réduire autant les coccinelles que leurs proies. Le maintien d’une diversité d’arbres et d’arbustes ainsi qu’un usage ciblé des traitements phytosanitaires favorisent les communautés de prédateurs indigènes.
Relations avec les autres espèces
Anatis labiculata est un prédateur de petits arthropodes à corps mou et agit comme consommateur secondaire dans les réseaux trophiques des arbres et des arbustes. Elle partage ses colonies de proies avec d’autres coccinelles indigènes, ainsi qu’avec les larves de syrphes, les chrysopes, certaines punaises prédatrices et d’autres insectes aphidiphages.
La compétition pour les pucerons peut être importante lorsque les colonies sont petites ou temporaires. Les coccinelles introduites, notamment la coccinelle asiatique Harmonia axyridis et la coccinelle à sept points Coccinella septempunctata, font désormais partie de nombreuses communautés de coccinelles dans le sud du Québec. Elles peuvent exploiter des ressources semblables, mais l’ampleur de leurs effets directs sur cette espèce précise varie selon les habitats et demeure difficile à établir.
Les fourmis peuvent aussi limiter l’accès aux proies. Plusieurs espèces protègent les pucerons, dont elles récoltent le miellat, et repoussent les prédateurs qui s’approchent de leurs colonies. Malgré leurs défenses chimiques et leur coloration contrastée, les adultes, les larves et les pupes peuvent être consommés par des araignées, des punaises prédatrices ou certains oiseaux insectivores. Des parasitoïdes et des agents pathogènes peuvent également affecter les coccinelles à différents stades de leur cycle.
Régime alimentaire
Le régime de Anatis labiculata est principalement carnivore chez la larve comme chez l’adulte. Elle se nourrit surtout de pucerons vivant sur les arbres et les arbustes, et peut aussi consommer d’autres petits insectes à corps mou, leurs œufs ou leurs jeunes stades. Cette alimentation explique son association fréquente avec les conifères et les feuillus des milieux forestiers.
L’insecte explore méthodiquement les rameaux, les aiguilles et le dessous des feuilles à l’aide de ses antennes. Lorsqu’il trouve une colonie de pucerons, il saisit ses proies avec ses mandibules. Les larves, dont la croissance est rapide, peuvent consommer un grand nombre de pucerons au cours de leur développement et demeurent souvent à proximité des colonies où les œufs ont été déposés.
La disponibilité des proies varie au fil de la saison. Les adultes sortant d’hivernage profitent des premières colonies printanières, tandis que les larves se développent surtout lorsque les pucerons sont abondants en été. Lorsque les proies animales deviennent moins accessibles, les adultes peuvent compléter leur alimentation avec du pollen, du miellat ou d’autres substances sucrées. Ces ressources ne remplacent pas les proies pour le développement larvaire, mais elles peuvent contribuer au maintien des adultes et à l’accumulation de réserves avant l’hiver.
Anecdotes
- Anatis labiculata compte parmi les plus grandes coccinelles indigènes d’Amérique du Nord. Sa taille, qui approche parfois 1 cm, peut surprendre les personnes habituées aux petites coccinelles des jardins.
- Son nom anglais usuel, « fifteen-spotted lady beetle », renvoie à son motif typique de taches noires. Chez certains individus, toutefois, les taches peuvent être irrégulières ou partiellement fusionnées.
- Le nombre de taches d’une coccinelle n’indique pas son âge. Chez cette espèce, le motif de l’adulte se fixe après l’émergence et le durcissement des élytres.
- Le liquide jaunâtre émis par une coccinelle dérangée n’est pas de l’urine, mais de l’hémolymphe. Son odeur et son goût désagréable constituent une défense contre les prédateurs.
- Les 117 occurrences québécoises compilées dans la fiche sont concentrées surtout en Outaouais et en Abitibi-Témiscamingue. Cette concentration reflète probablement à la fois la présence de l’espèce et des différences dans l’effort d’observation.
- Les espèces du genre Anatis peuvent être difficiles à identifier à partir d’une photographie. La forme des taches, le dessin du pronotum et d’autres caractères visibles sont souvent plus utiles que le seul décompte des points.