Portrait et mode de vie
L’abeille mellifère ou abeille domestique (Apis mellifera) est un insecte social de la famille des Apidés. L’ouvrière mesure généralement de 12 à 15 mm; son corps trapu est couvert de poils fauves et son abdomen porte des bandes brunes et ambrées. La reine, plus longue et plus fuselée, peut atteindre 18 à 20 mm. Les mâles, appelés faux-bourdons, sont massifs et reconnaissables à leurs très grands yeux qui se rejoignent presque au sommet de la tête.
L’activité de vol est diurne et fortement conditionnée par la température, le vent et la pluie. Par temps frais, les butineuses sortent peu ou restent dans la ruche. En été, une colonie peut réunir plusieurs dizaines de milliers d’individus dans une cavité naturelle ou, le plus souvent au Québec, dans une ruche entretenue par un apiculteur. Les abeilles y construisent des rayons de cire formés d’alvéoles hexagonales servant à élever le couvain et à entreposer le miel et le pollen.
La colonie communique notamment par la danse frétillante, qui renseigne les butineuses sur la direction approximative et l’éloignement d’une source alimentaire. Des phéromones et des vibrations transmises par les rayons participent aussi à l’organisation sociale. Durant l’hiver québécois, les abeilles forment une grappe compacte et produisent de la chaleur par l’activité de leurs muscles de vol; elles survivent grâce aux réserves accumulées pendant la belle saison.
Répartition
L’aire d’origine d’Apis mellifera comprend l’Europe, l’Afrique et une partie de l’Asie occidentale, où de nombreuses sous-espèces se sont différenciées, dont les abeilles noire, italienne, carniolienne et caucasienne. L’espèce a été transportée par l’humain dans de nombreuses régions du monde et est maintenant présente sur tous les continents sauf l’Antarctique.
En Amérique du Nord, elle a été introduite par des colons européens au XVIIe siècle, puis s’est répandue vers l’intérieur du continent avec l’établissement humain et l’apiculture. Au Québec, elle est principalement associée aux ruchers, mais des essaims peuvent occasionnellement s’établir dans des arbres creux, des murs ou d’autres cavités. La persistance de colonies non gérées demeure toutefois limitée par les rigueurs de l’hiver, les parasites et les maladies.
Les 3 095 occurrences québécoises compilées dans GBIF proviennent surtout des régions habitées et agricoles. Les nombres les plus élevés sont signalés à Montréal, en Estrie, dans la Capitale-Nationale, en Montérégie, en Outaouais, dans les Laurentides et à Lanaudière. L’espèce est aussi signalée, plus rarement, jusque dans le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, l’Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et le Nord-du-Québec.
Croissance et cycle de vie
Comme tous les insectes à métamorphose complète, Apis mellifera passe par les stades d’œuf, de larve, de nymphe et d’adulte. Au sommet de la saison, une reine en bonne condition peut pondre plus d’un millier d’œufs par jour. Les œufs fécondés produisent des femelles, soit des ouvrières ou des reines; les œufs non fécondés produisent des mâles par parthénogenèse arrhénotoque.
Le développement dure environ 16 jours chez la reine, 21 jours chez l’ouvrière et 24 jours chez le faux-bourdon. Les larves destinées à devenir reines reçoivent une alimentation abondante composée de gelée royale durant tout leur développement larvaire, ce qui entraîne leur différenciation.
L’ouvrière assume des tâches successives selon son âge : nettoyage des cellules, soins au couvain, production de cire, réception et transformation du nectar, ventilation, gardiennage, puis butinage. En été, elle vit généralement de quatre à six semaines; les ouvrières produites à l’automne vivent plusieurs mois et permettent à la colonie de traverser l’hiver.
La reine s’accouple en vol avec plusieurs mâles et conserve leur sperme dans sa spermathèque. Elle peut pondre pendant plusieurs années, bien qu’elle soit souvent remplacée plus tôt en apiculture. La colonie se multiplie par essaimage : une partie des ouvrières quitte la ruche avec l’ancienne reine, tandis qu’une nouvelle reine émerge dans la colonie d’origine.
Relations avec l'humain
Peu d’insectes entretiennent un lien aussi étroit avec les humains. L’abeille mellifère est une espèce élevée pour le miel, la cire et d’autres produits de la ruche, mais aussi pour la pollinisation de cultures. Au Québec, des colonies sont notamment utilisées dans les bleuetières du Saguenay–Lac-Saint-Jean, les cannebergières, les vergers et diverses productions maraîchères ou semencières.
Le miel, la cire, la propolis, le pollen et la gelée royale sont récoltés à diverses fins. La cire a notamment servi à fabriquer des chandelles, des encaustiques et des produits de finition; le miel peut aussi être fermenté pour produire de l’hydromel.
L’espèce n’est pas visée par un statut de protection dans la fiche source. Sa gestion relève plutôt de l’apiculture, de la santé animale et de la prévention des maladies. Les apiculteurs doivent notamment surveiller la loque américaine et l’acarien Varroa destructor, dont le contrôle est essentiel à la survie des colonies.
Les piqûres sont habituellement douloureuses mais constituent surtout un danger pour les personnes allergiques. Les essaims installés dans un bâtiment peuvent souvent être récupérés par un apiculteur. Dans les milieux naturels ou urbains, une forte densité de ruches peut toutefois accroître la compétition pour le nectar et le pollen avec les abeilles sauvages du Québec.
Relations avec les autres espèces
L’abeille mellifère exploite une grande diversité de fleurs et agit comme pollinisatrice de nombreuses plantes sauvages et cultivées. Cette grande polyvalence favorise son succès dans les paysages agricoles et urbains. Elle peut néanmoins partager les mêmes ressources que les abeilles sauvages, notamment les bourdons du genre Bombus, les andrènes, les halictes et les mégachiles. Les effets de cette compétition varient selon la densité des ruches, la disponibilité des fleurs et les caractéristiques du milieu.
Les butineuses peuvent être capturées par des oiseaux insectivores, des araignées-crabes embusquées dans les fleurs ou des guêpes. Les guêpes du genre Vespula peuvent aussi piller les colonies affaiblies. L’ours noir est le déprédateur le plus spectaculaire des ruchers québécois : il renverse ou éventre les ruches pour consommer le couvain, riche en protéines, ainsi que le miel.
Les parasites et agents pathogènes comptent parmi les principales menaces pour les colonies. L’acarien Varroa destructor se reproduit dans le couvain, affaiblit les abeilles et transmet plusieurs virus, dont le virus des ailes déformées. Les loques bactériennes, les microsporidies du genre Nosema, la fausse teigne et le petit coléoptère des ruches peuvent aussi nuire à la santé ou aux réserves de la colonie.
Une ruche abandonnée ou affaiblie peut enfin être visitée par divers opportunistes, dont des fourmis, des souris et d’autres insectes attirés par le miel, le pollen ou la cire.
Régime alimentaire
Le régime de l’abeille mellifère repose surtout sur deux ressources florales. Le nectar, riche en sucres, fournit l’énergie; il est transformé par les abeilles, déshydraté dans la ruche et entreposé sous forme de miel. Le pollen apporte notamment des protéines et des lipides essentiels à l’élevage du couvain et au développement des jeunes abeilles.
La butineuse aspire le nectar avec sa langue et le transporte dans son jabot. Elle recueille le pollen sur ses poils, le brosse et le compacte avec du nectar dans les corbeilles situées sur ses pattes postérieures. Lors d’un même voyage, elle visite souvent surtout une seule espèce de fleur, une fidélité florale qui favorise la pollinisation.
Les abeilles récoltent aussi de la propolis, faite principalement de résines végétales provenant notamment de bourgeons. Elles l’utilisent pour colmater des fissures, réduire certaines ouvertures et assainir l’intérieur de la ruche.
Au Québec, les premières ressources importantes comprennent les saules, les érables et le pissenlit. La saison se poursuit avec les arbres fruitiers, le trèfle, la luzerne, le framboisier, le tilleul, le bleuet et la canneberge, puis avec le sarrasin, les verges d’or et les asters. En hiver, la colonie dépend de ses réserves de miel; les apiculteurs doivent parfois fournir du sirop ou du candi lorsque celles-ci sont insuffisantes.
Anecdotes
- La danse frétillante a été étudiée par Karl von Frisch, qui a reçu une part du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1973 avec Konrad Lorenz et Nikolaas Tinbergen. Elle constitue l’un des exemples les mieux documentés de transmission d’information spatiale chez un invertébré.
- Protéger les pollinisateurs ne consiste pas nécessairement à installer davantage de ruches. Apis mellifera est une espèce élevée en grande abondance, tandis que de nombreuses abeilles sauvages dépendent surtout de la conservation des habitats, des fleurs indigènes et des sites de nidification.
- Une ouvrière meurt habituellement après avoir piqué un mammifère, car son dard barbelé reste souvent accroché dans la peau et arrache une partie de son abdomen. Elle peut toutefois généralement retirer son dard après avoir piqué un autre insecte.
- Le miel se conserve très longtemps lorsqu’il est bien entreposé. Sa faible teneur en eau, son acidité et plusieurs composés antimicrobiens limitent fortement la croissance des microorganismes.
- Produire un kilogramme de miel exige collectivement la visite de millions de fleurs et une très grande distance de vol cumulée par les butineuses.
- Malgré sa présence dans les données d’occurrence québécoises, Apis mellifera est un insecte invertébré et non une espèce de la faune vertébrée.