Portrait et mode de vie
Chlosyne harrisii est un papillon de taille petite à moyenne appartenant à la famille des Nymphalidés (ordre des Lépidoptères). Le dessus des ailes est orange vif, marqué de bordures noires larges et de taches et lignes noires qui dessinent un motif réticulé. Le dessous de l'aile postérieure présente le motif caractéristique qui lui vaut son nom de « damier » : une alternance de bandes et de taches orange, blanches et noires.
L'espèce peut être confondue avec d'autres petits Nymphalidés orangés présents au Québec, notamment le Damier argenté (Chlosyne nycteis) et les croissants du genre Phyciodes. L'examen du dessous de l'aile postérieure, plus contrasté et plus nettement quadrillé chez le Damier de Harris, permet généralement de les distinguer.
Les adultes volent de jour, par temps ensoleillé, à faible hauteur au-dessus de la végétation herbacée. Les mâles se posent fréquemment sur la végétation ou au sol, en bordure des milieux ouverts, en attente du passage des femelles. Les deux sexes butinent diverses fleurs des prés humides et des bords de chemins.
Nomenclature
L'espèce a été décrite par Samuel Hubbard Scudder. Son épithète spécifique rend hommage à l'entomologiste américain Thaddeus William Harris. Plusieurs sous-espèces sont reconnues dans les références nord-américaines. Le nom français le plus stable est « Damier de Harris » ; le nom anglais est « Harris's Checkerspot ».
Répartition
Le Damier de Harris est une espèce de l'est de l'Amérique du Nord. Au Canada, sa répartition se concentre dans le sud-est du pays, des Maritimes jusqu'au sud de l'Ontario , avec une présence en bande le long de la vallée du Saint-Laurent. Des sources de synthèse décrivent son aire canadienne centrale comme s'étendant de Windsor, en Ontario, jusqu'aux Cantons-de-l'Est, au Québec.
Au Québec
L'espèce figure sur les listes de papillons du Québec et dans les inventaires régionaux. Elle est signalée dans le sud de la province, notamment :
- en Outaouais, où des mentions sont rapportées entre autres à Kazabazua ;
- dans la plaine du Saint-Laurent ;
- dans les Cantons-de-l'Est (Estrie).
Sa distribution y est discontinue et localisée : elle dépend de la présence de colonies de sa plante-hôte dans des milieux humides ouverts. La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 413 occurrences GBIF pour l'espèce, sans ventilation québécoise.
Habitat
Le papillon fréquente principalement des milieux humides ouverts : prés humides, marais, bordures de tourbières et de cours d'eau, lisières de milieux boisés, clairières et fossés où pousse l'aster à ombelles. Les colonies sont souvent petites et restreintes à des parcelles d'habitat favorable.
Croissance et cycle de vie
Comme tous les Lépidoptères, le Damier de Harris passe par quatre stades : œuf, chenille, chrysalide et adulte.
- Œuf : la femelle pond ses œufs en amas sous les feuilles de l'aster à ombelles.
- Chenille : les jeunes chenilles vivent en groupe et tissent une toile de soie sur la plante-hôte, dont elles consomment le feuillage. L'hiver est passé à l'état de chenille partiellement développée, dans la litière au pied des plantes. Au printemps, les chenilles reprennent leur alimentation, désormais de manière plus solitaire.
- Chrysalide : la nymphose a lieu à la fin du printemps, la chrysalide étant suspendue à la végétation.
- Adulte : dans le nord de son aire, dont le Québec, l'espèce produit une seule génération par année. Les adultes volent au début de l'été, principalement en juin et en juillet selon les conditions de la saison.
Ce cycle univoltin, avec hivernation larvaire, est adapté aux étés courts des régions tempérées froides du nord-est de l'Amérique du Nord.
Régime alimentaire
Chenille
La chenille est spécialiste : dans l'est de son aire, dont le Québec, elle se nourrit de l'aster à ombelles (Doellingeria umbellata), une grande astéracée vivace à fleurs blanches disposées en corymbe aplati, commune dans les prés humides, les fossés et les lisières. Cette dépendance explique que la répartition du papillon suive étroitement celle des colonies de cette plante dans les milieux ouverts et humides.
Adulte
Les papillons adultes s'alimentent de nectar. Ils visitent diverses fleurs des milieux ouverts, notamment des astéracées et d'autres plantes à fleurs des prés et des bords de chemins, qu'ils butinent au cours de leur brève période de vol estivale.
Relations avec les autres espèces
La relation écologique centrale du Damier de Harris est celle qui le lie à l'aster à ombelles, dont il dépend pour son développement larvaire. La présence de cette plante constitue donc la condition première de l'établissement d'une colonie.
Comme les autres papillons, l'espèce s'insère dans les réseaux trophiques des milieux humides ouverts :
- les chenilles et les chrysalides servent de proies à divers invertébrés prédateurs et à des oiseaux insectivores ;
- plusieurs insectes parasitoïdes s'attaquent aux stades immatures des Nymphalidés ;
- les adultes, en visitant les fleurs, participent de façon secondaire à la pollinisation.
L'espèce partage souvent ses habitats avec d'autres Nymphalidés des prés humides, dont certaines espèces d'apparence voisine, ce qui demande une attention particulière lors de l'identification sur le terrain.
Relations avec l'humain
Le Damier de Harris ne présente aucun intérêt économique direct et n'est pas considéré comme nuisible, sa plante-hôte n'étant pas une espèce cultivée.
Elle est suivie dans le cadre des inventaires de papillons, des atlas et des bases de données de répartition, auxquels contribuent de nombreux naturalistes amateurs par leurs observations.
Sa dépendance envers des milieux humides ouverts la rend sensible à la disparition ou à la transformation de ces habitats : drainage, remblayage, fermeture naturelle des prés par la forêt ou entretien intensif des fossés et des bords de routes. La conservation des prés humides et des marais où croît l'aster à ombelles contribue au maintien de ses colonies. Dans les provinces maritimes, l'espèce fait partie des papillons considérés dans les travaux sur l'état de la biodiversité régionale.
Anecdotes
- Le nom de l'espèce honore Thaddeus William Harris, entomologiste du Massachusetts considéré comme l'un des pionniers de l'entomologie appliquée aux États-Unis au XIXe siècle.
- Le terme « damier » désigne en français plusieurs papillons dont le dessous des ailes présente un motif quadrillé ; en anglais, le terme équivalent est « checkerspot ».
- Les colonies de l'espèce sont souvent très localisées : un pré humide riche en aster à ombelles peut abriter une population, alors qu'un milieu apparemment semblable, tout proche, en sera dépourvu.
- L'espèce figure parmi les papillons documentés au parc national Fundy, au Nouveau-Brunswick, ce qui documente sa présence au Nouveau-Brunswick.
