Portrait et mode de vie
Le dard barré est un poisson de petite taille, au corps allongé et légèrement comprimé, dont la longueur adulte dépasse rarement 8 cm. Sa coloration brun olivâtre est marquée de bandes verticales sombres plus ou moins nettes sur les flancs, d'où son nom français. La nageoire caudale, arrondie, explique son nom anglais Fantail Darter (« dard à queue en éventail »), tout comme l'épithète latine flabellare, dérivée de flabellum, « éventail ».
En période de reproduction, le mâle prend une teinte plus foncée, notamment sur la tête, et l'extrémité des épines de sa première nageoire dorsale se garnit de petits renflements charnus jaunâtres.
Comme les autres dards, il mène une vie benthique : il se tient immobile sur le fond, appuyé sur ses nageoires pectorales, puis se déplace par courtes poussées rapides. Ce mode de vie au contact du substrat est associé, chez les dards, à une vessie natatoire réduite. Il recherche les eaux claires et bien oxygénées des rapides et des seuils peu profonds, où il s'abrite entre et sous les pierres.
Répartition
L'aire de répartition du dard barré couvre une large partie de l'est de l'Amérique du Nord, notamment le bassin des Grands Lacs, celui du fleuve Saint-Laurent et le bassin du Mississippi. Au Canada, il est présent dans le sud de l'Ontario et du Québec.
Au Québec, la fiche du Catalogue du vivant indique que l'espèce est indigène et présente de façon régulière.
La fiche du Catalogue du vivant fournit un décompte de 76 occurrences dans son champ GBIF pour le taxon 2382246, sans préciser le périmètre géographique ni la date du décompte. Ce nombre ne constitue pas une estimation de population.
Croissance et cycle de vie
La reproduction a lieu au printemps et au début de l'été, lorsque l'eau se réchauffe. Le mâle choisit un site sous une pierre plate, dans un secteur à courant modéré, et le nettoie. Il le défend contre les autres mâles et y attire les femelles.
La femelle dépose ses œufs, adhésifs, en se retournant pour les fixer à la face inférieure de la pierre. Plusieurs femelles peuvent pondre dans le nid d'un même mâle. Celui-ci reste ensuite sur place pour garder la ponte : il la défend contre les prédateurs, la ventile et la débarrasse des débris jusqu'à l'éclosion.
Les renflements charnus qui ornent les épines dorsales du mâle ressemblent à des œufs. Des travaux menés aux États-Unis ont montré que les femelles tendent à préférer les mâles qui portent ces leurres, un exemple souvent cité de mimétisme d'œufs lié à la sélection sexuelle.
Le dard barré atteint généralement la maturité sexuelle vers l'âge d'un an et sa longévité est courte, de l'ordre de quelques années.
Régime alimentaire
Le dard barré est un prédateur d'invertébrés benthiques. Il chasse à l'affût sur le fond et entre les pierres, où il capture surtout :
- des larves d'insectes aquatiques, notamment de chironomes, d'éphémères, de simulies et de trichoptères ;
- de petits crustacés ;
- d'autres petits invertébrés vivant dans le substrat.
Son alimentation varie selon la taille du poisson et selon les proies disponibles au fil des saisons. Les jeunes consomment des proies plus petites, comme de minuscules larves et des microcrustacés.
Relations avec les autres espèces
Dans les rapides des ruisseaux, le dard barré côtoie d'autres petits poissons benthiques, comme le raseux-de-terre noir (Etheostoma nigrum), le chabot tacheté et divers cyprinidés de courant. Les espèces partageant ces milieux exploitent en partie les mêmes invertébrés, mais occupent souvent des microhabitats différents selon la vitesse du courant et la taille des pierres.
En raison de sa petite taille, il est la proie de poissons piscivores, comme les truites et l'achigan à petite bouche, ainsi que d'oiseaux pêcheurs. Ses œufs, malgré la garde paternelle, peuvent être consommés par d'autres poissons et par des invertébrés aquatiques.
En tant que consommateur d'insectes aquatiques, il participe au transfert d'énergie entre les invertébrés du fond et les prédateurs de niveau supérieur des écosystèmes de ruisseaux.
Relations avec l'humain
Le dard barré ne fait l'objet d'aucune pêche sportive ni commerciale. Sa présence dans un cours d'eau est généralement associée à des eaux claires, bien oxygénées et à des fonds de gravier peu colmatés.
Comme les autres poissons de rapides, il est sensible aux modifications de son habitat : sédimentation causée par l'érosion des sols agricoles ou forestiers, canalisation et redressement des ruisseaux, barrages et ponceaux qui fragmentent les cours d'eau, ainsi que la dégradation de la qualité de l'eau.
La fiche du Catalogue du vivant lui attribue le rang de conservation S4 à l'échelle du Québec, soit une espèce apparemment non en péril. Elle indique également « Non suivie » dans le champ relatif à la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
Anecdotes
- Les renflements dorsaux du mâle, qui imitent des œufs, ont fait du dard barré un modèle d'étude en écologie comportementale : ils pourraient signaler aux femelles un mâle apte à garder une ponte.
- La ponte « à l'envers », sous le plafond d'une pierre, protège les œufs du courant, du dépôt de sédiments et d'une partie des prédateurs.
- Le nom de genre Etheostoma regroupe plusieurs dizaines d'espèces de dards en Amérique du Nord, l'un des genres de poissons d'eau douce les plus diversifiés du continent.
