Portrait et mode de vie
Le dard arc-en-ciel appartient au genre Etheostoma, qui regroupe les dards, petits poissons benthiques de l'ordre des Perciformes et de la famille des Percidés, la même famille que la perchaude et le doré. Comme les autres dards, il a un corps allongé et légèrement comprimé, deux nageoires dorsales distinctes et une vessie natatoire réduite, ce qui le maintient près du fond.
L'adulte mesure généralement de 5 à 7 cm de longueur totale. En dehors de la période de reproduction, sa coloration est discrète : dos brunâtre ou olivâtre, flancs marqués de barres verticales sombres. Au printemps, le mâle revêt une livrée vive qui lui vaut son nom : des barres bleu-vert alternent avec des bandes orangées sur les flancs, et la première nageoire dorsale ainsi que la nageoire anale présentent des teintes bleues et rouge orangé. La femelle demeure plus terne.
L'espèce vit dans les secteurs de courant rapide des ruisseaux et des petites rivières claires, sur des fonds de gravier et de galets. Le dard arc-en-ciel se déplace par courtes poussées, se posant sur le substrat en s'appuyant sur ses nageoires pectorales. Il est sensible à l'envasement et à la dégradation de la qualité de l'eau, ce qui le rend dépendant de milieux bien oxygénés.
Répartition
L'aire de répartition du dard arc-en-ciel couvre une grande partie de l'est de l'Amérique du Nord, principalement les bassins du Mississippi, de l'Ohio et des Grands Lacs. Au Canada, l'espèce est surtout présente dans le sud de l'Ontario, dans des tributaires des lacs Érié, Huron et Ontario.
Au Québec, le dard arc-en-ciel est considéré comme une espèce indigène. Sa régularité d'occurrence est inconnue ou non déterminée, et son rang de priorité pour la conservation à l'échelle provinciale (rang S) est « SNA ».
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Origine au Québec | Indigène |
| Régularité | Inconnue ou non déterminée |
| Rang S | SNA |
| Statut LEMV | Susceptible |
| Compteur d'occurrences GBIF | 3 |
Croissance et cycle de vie
La reproduction du dard arc-en-ciel a lieu au printemps, lorsque l'eau se réchauffe, généralement d'avril à juin selon la latitude. Les adultes se rassemblent alors dans les rapides graveleux peu profonds. Les mâles, très colorés, défendent la femelle qu'ils accompagnent contre les autres mâles.
Lors de la ponte, la femelle s'enfouit partiellement dans le gravier, le mâle se place au-dessus d'elle et les œufs sont fécondés à mesure qu'ils sont déposés entre les grains du substrat. Chaque ponte ne compte que quelques œufs, mais une femelle peut frayer à plusieurs reprises au cours de la saison. Les parents n'assurent aucun soin aux œufs ni aux jeunes.
Les œufs éclosent après quelques jours ou semaines selon la température. La maturité sexuelle est habituellement atteinte vers l'âge d'un an, et la longévité ne dépasse guère trois ou quatre ans.
Régime alimentaire
Le dard arc-en-ciel est un prédateur benthique qui chasse à vue parmi les pierres du lit des cours d'eau. Son alimentation se compose surtout de petits invertébrés aquatiques :
- larves de chironomes et d'autres diptères ;
- larves d'éphémères ;
- larves de trichoptères ;
- petits crustacés et autres invertébrés du fond.
La composition du régime varie selon la saison et la disponibilité des proies. Les jeunes consomment des proies de petite taille, puis élargissent leur menu en grandissant. Les œufs de poissons, y compris ceux d'autres dards, peuvent aussi être consommés à l'occasion durant la période de fraie.
Cette dépendance aux invertébrés benthiques lie étroitement l'espèce à la qualité de son habitat : l'envasement du gravier ou la pollution, qui réduisent l'abondance de ces proies, affectent directement le dard arc-en-ciel.
Relations avec les autres espèces
Dans les rapides qu'il fréquente, le dard arc-en-ciel cohabite souvent avec d'autres petits poissons benthiques, notamment d'autres espèces de dards et des chabots, avec lesquels il partage en partie les mêmes ressources alimentaires. La séparation des microhabitats, selon la vitesse du courant et la taille du substrat, limite la concurrence entre ces espèces.
En raison de sa petite taille, le dard arc-en-ciel est la proie de poissons piscivores, comme l'achigan à petite bouche et les salmonidés, ainsi que d'oiseaux pêcheurs. Sa coloration terne en dehors de la saison de reproduction et son comportement de repos sur le fond l'aident à échapper aux prédateurs.
En tant que consommateur d'insectes aquatiques, il occupe une position intermédiaire dans le réseau trophique des cours d'eau, transférant l'énergie des invertébrés vers les prédateurs de plus grande taille.
Relations avec l'humain
Le dard arc-en-ciel ne fait l'objet d'aucune pêche sportive ou commerciale. Sa petite taille et ses couleurs vives en font toutefois une espèce appréciée des naturalistes et des photographes subaquatiques.
Sa sensibilité à la qualité de l'eau et à l'état du substrat lui confère une valeur d'indicateur de l'état des cours d'eau.
Au Québec, le dard arc-en-ciel figure parmi les espèces susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Cette liste regroupe des espèces dont la situation est jugée préoccupante ou mal connue, en vue d'une éventuelle désignation légale. La protection de ses habitats passe par le maintien de cours d'eau limpides, au substrat graveleux propre, et par la limitation de l'érosion et de la sédimentation d'origine agricole ou urbaine.
