Portrait et mode de vie
La coccinelle maculée est un petit coléoptère au corps ovale nettement plus allongé que celui de la plupart des autres coccinelles du Québec. L'adulte mesure environ 5 à 7 mm. Ses élytres, de couleur rose pâle à rouge vif, portent des taches noires. Le pronotum, de même teinte que les élytres, est marqué de deux grandes taches noires de forme triangulaire, un caractère utile pour la distinguer des espèces voisines.
L'espèce est surtout associée aux milieux ouverts et perturbés : grandes cultures, cultures maraîchères, prairies, bordures de champs et friches. Elle est active de la fin du printemps au début de l'automne, période pendant laquelle adultes et larves chassent sur les plantes cultivées et spontanées.
Hivernage
Contrairement à la coccinelle asiatique multicolore, qui recherche les bâtiments, la coccinelle maculée passe l'hiver à l'extérieur, à l'état adulte. Les individus se regroupent en agrégations, parfois importantes, dans la litière de feuilles, sous les débris végétaux ou au pied des arbres, généralement en bordure des champs et des boisés. Au printemps, les adultes quittent ces sites d'hivernage pour coloniser les cultures voisines.
Répartition
Coleomegilla maculata est une espèce indigène d'Amérique du Nord, largement répandue en Amérique du Nord. Au Québec, elle est considérée comme indigène et bien établie.
Les travaux universitaires et les synthèses régionales la signalent notamment :
- dans le bassin du Saint-Laurent, où se concentrent les grandes cultures ;
- en Abitibi ;
- jusqu'au nord du lac Saint-Jean.
Cette répartition recouvre la majeure partie des zones agricoles de la province, ainsi que divers milieux naturels ouverts. Une étude publiée en 2024 a documenté une extension de l'aire de répartition connue de la sous-espèce C. maculata lengi.
La fiche du catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 635 occurrences associées à la clé taxonomique GBIF 1043637, sans préciser la date de ce décompte.
Croissance et cycle de vie
Comme toutes les coccinelles, la coccinelle maculée présente une métamorphose complète comprenant quatre stades : œuf, larve, nymphe et adulte.
- Œuf : la femelle pond ses œufs en petits groupes, souvent à proximité de colonies de pucerons ou d'autres proies.
- Larve : allongée, de teinte foncée et couverte de petits tubercules, la larve passe par quatre stades successifs. Elle est, comme l'adulte, prédatrice.
- Nymphe : la nymphose a lieu fixée sur le feuillage ou une tige.
- Adulte : il émerge après la nymphose et peut vivre plusieurs mois, l'hiver compris.
Au Québec, l'espèce produit au maximum deux générations par année. Les adultes de la dernière génération estivale entrent en hivernage à l'automne et se reproduisent au printemps suivant, après la dispersion vers les cultures.
Régime alimentaire
La coccinelle maculée est une prédatrice polyphage. Adultes et larves consomment :
- des pucerons, qui constituent une part importante de leur régime dans les cultures ;
- des œufs et de jeunes larves d'insectes, notamment ceux du doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata) et de la pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis) ;
- d'autres petits arthropodes à corps mou, comme les acariens.
L'espèce se distingue par la place importante qu'occupe le pollen dans son alimentation, en particulier celui du maïs. Cette capacité à se nourrir de ressources végétales lui permet de se maintenir dans les champs lorsque les proies animales se raréfient, ce qui explique en partie son abondance dans les grandes cultures.
Relations avec les autres espèces
Concurrence avec d'autres coccinelles
Depuis l'établissement de la coccinelle asiatique multicolore (Harmonia axyridis) au Québec, au cours des années 1990, de nombreuses études ont examiné ses effets sur les coccinelles indigènes. La coccinelle maculée partage avec elle, ainsi qu'avec la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata), les mêmes proies dans les cultures. Ces espèces se livrent à la prédation intraguilde, c'est-à-dire qu'elles se consomment mutuellement, en particulier aux stades d'œuf et de larve. Des travaux menés au Québec, notamment à l'Université du Québec à Montréal et à l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), ont analysé la valeur adaptative de ce comportement et l'issue de ces interactions.
Parasitoïdes
La coccinelle maculée est l'hôte de parasitoïdes, dont la guêpe Dinocampus coccinellae (Braconidae), qui pond dans l'abdomen des coccinelles adultes. Les relations entre cette coccinelle et ses parasitoïdes ont fait l'objet de recherches universitaires québécoises.
Rôle dans les réseaux trophiques
Prédatrice de ravageurs et proie d'autres insectes, l'espèce occupe une position intermédiaire dans les réseaux trophiques des agroécosystèmes.
Relations avec l'humain
La coccinelle maculée est considérée comme un auxiliaire utile en agriculture. Elle contribue à la régulation naturelle des pucerons et des œufs de ravageurs dans les champs de maïs, de pomme de terre et dans diverses cultures maraîchères. Les fiches techniques destinées aux producteurs, diffusées notamment par le réseau IRIIS phytoprotection et Agri-Réseau, aident à la reconnaître parmi les autres coccinelles.
Lutte biologique
L'espèce est produite et commercialisée au Québec pour la lutte biologique, notamment en serre, où elle est lâchée contre les pucerons. Des essais ont été réalisés au Québec en serre de laitue.
Pesticides
Sa présence dans les cultures l'expose aux traitements phytosanitaires. Des études québécoises ont évalué la sensibilité de la coccinelle maculée à certains insecticides afin de mieux concilier protection des cultures et conservation des organismes bénéfiques.
L'espèce n'est ni nuisible pour les humains ni envahissante dans les habitations, contrairement à la coccinelle asiatique multicolore.
Taxonomie
L'espèce a été décrite par le naturaliste suédois Charles De Geer en 1775. Elle appartient à la famille des Coccinellidae, dans l'ordre des coléoptères, et au genre Coleomegilla.
Plusieurs sous-espèces ont été décrites sur l'ensemble de son aire. Les travaux québécois et canadiens mentionnent fréquemment la sous-espèce Coleomegilla maculata lengi, présente dans l'est de l'Amérique du Nord. Certaines publications, souvent plus anciennes ou spécialisées, emploient ce nom trinominal, tandis que d'autres utilisent simplement C. maculata. L'emploi de ces deux appellations varie selon les travaux cités.
