Portrait et mode de vie
Le cisco de lac est un poisson au corps allongé, fusiforme et légèrement comprimé latéralement, à la livrée argentée, plus sombre sur le dos. Comme les autres Salmonidés, il porte une petite nageoire adipeuse entre la nageoire dorsale et la nageoire caudale, qui est fourchue. Sa bouche est terminale et ses écailles sont relativement grandes. Son allure générale lui vaut, dans l'usage québécois, l'appellation de « hareng de lac », bien qu'il n'appartienne pas à la même famille que les harengs marins.
C'est un poisson pélagique grégaire : il vit souvent en bancs et se tient de préférence dans les grandes profondeurs des lacs clairs et froids. Il recherche des eaux à la fois fraîches et bien oxygénées, ce qui le rend sensible au réchauffement des eaux de surface et à l'appauvrissement en oxygène des couches profondes.
La taxinomie du genre Coregonus est réputée complexe. Le cisco de lac présente une grande variabilité morphologique d'un plan d'eau à l'autre, et plusieurs formes locales ont été décrites, parfois considérées comme des populations de Coregonus artedi, parfois comme des formes très proches.
Répartition
Le cisco de lac est une espèce indigène de l'Amérique du Nord, largement répartie dans les eaux douces du Canada et du nord des États-Unis, notamment dans le bassin des Grands Lacs. Au Québec, il est considéré comme une espèce régulière. On le trouve dans des lacs froids et profonds de plusieurs régions, y compris dans les milieux nordiques, notamment dans les bassins des rivières Nottaway, Broadback et Rupert.
| Critère | Valeur |
|---|---|
| Origine au Québec | Indigène |
| Régularité | Régulier |
| Rang de conservation (rang S) | S4 |
| Statut au Québec (LEMV) | Non suivie |
Le rang S4 désigne, dans le système de classification des centres de données sur la conservation, une espèce apparemment non en péril à l'échelle provinciale.
Une population particulière, dite cisco de printemps, est connue uniquement dans le lac des Écorces, dans la région des Laurentides.
Croissance et cycle de vie
Au Québec, la fraie du cisco de lac se déroule à l'automne ou au début de l'hiver, lorsque la température de l'eau s'abaisse. Les géniteurs se rassemblent alors en eau peu profonde ou au-dessus de hauts-fonds, selon les plans d'eau. Les œufs sont libérés en pleine eau et fécondés sans construction de nid ; ils se déposent ensuite sur le fond, où ils incubent durant l'hiver, sous la glace.
L'éclosion survient généralement au printemps. Les larves se nourrissent d'abord de petits organismes planctoniques dans les eaux de surface, puis les jeunes gagnent progressivement des eaux plus profondes à mesure qu'ils grandissent.
Ce calendrier de reproduction automnal distingue nettement le cisco de lac typique de la population du lac des Écorces, qui fraie au printemps. Cette différence de période de fraie contribue à l'isolement reproductif des deux formes qui cohabitent dans ce lac.
Régime alimentaire
Le cisco de lac est essentiellement planctonophage. Au Québec, il se nourrit principalement de plancton, en particulier de petits crustacés du zooplancton, ainsi que de larves d'insectes aquatiques. Ses branchiospines nombreuses et fines lui permettent de filtrer efficacement les petites proies en suspension dans la colonne d'eau.
Son mode d'alimentation pélagique en fait un maillon intermédiaire des réseaux trophiques lacustres : il transfère l'énergie produite par le plancton vers les poissons prédateurs de niveau supérieur.
Relations avec les autres espèces
En raison de son abondance dans certains lacs et de son mode de vie en bancs, le cisco de lac constitue une proie importante pour plusieurs poissons piscivores des eaux froides et tempérées, notamment le touladi (truite grise), le grand brochet, le doré et la lotte. Il peut aussi être consommé par des oiseaux piscivores.
Il partage souvent son habitat avec d'autres Salmonidés du genre Coregonus, dont le grand corégone. Des formes voisines peuvent cohabiter dans un même lac, comme au lac des Écorces.
Relations avec l'humain
Le cisco de lac figure sous ce nom dans le Règlement de pêche du Québec (1990), pris en vertu de la loi fédérale sur les pêches, qui encadre sa capture dans la province. Dans les Grands Lacs, il a historiquement soutenu une pêche commerciale sous le nom de « hareng de lac ».
Dans le nord du Québec, Hydro-Québec a publié des guides de consommation du poisson pour les bassins des rivières Nottaway, Broadback et Rupert, qui incluent le cisco parmi les espèces documentées, en lien avec la teneur en mercure des chairs.
La sensibilité de l'espèce à la qualité de l'eau, notamment à la température et à l'oxygène dissous en profondeur, en fait un indicateur de l'état des lacs froids face à l'eutrophisation et aux changements climatiques.
Le cisco de printemps du lac des Écorces
Le lac des Écorces, dans les Laurentides, abrite une population unique au monde appelée cisco de printemps. Selon les sources fédérales, elle est décrite soit comme une population de cisco de lac (Coregonus artedi), soit comme une forme très proche, désignée Coregonus sp. Elle se distingue principalement par sa fraie printanière, alors que le cisco de lac typique, présent dans le même lac, fraie à l'automne.
Statuts de protection
- 2023 : le gouvernement du Québec présente la population comme menacée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
- 2018 : une ordonnance fédérale vise la protection de son habitat essentiel, publiée dans la Gazette du Canada le 25 juillet 2018.
- 2013 : un programme de rétablissement fédéral est proposé.
- 2010 : Pêches et Océans Canada publie une évaluation du potentiel de rétablissement.
- 2009 : le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) la désigne en voie de disparition.
Endémique au Canada et confinée à un seul plan d'eau, cette population est vulnérable à toute dégradation de la qualité de l'eau du lac, en particulier à la baisse de l'oxygène dissous dans les eaux profondes.
