Portrait et mode de vie
Clivina fossor appartient au genre Clivina, un groupe de carabes (famille des Carabidae, ordre des Coleoptera) spécialisés dans la vie souterraine. Son épithète latine, fossor, signifie « fouisseur », ce qui évoque son mode de vie : l'insecte creuse et se déplace dans les couches superficielles du sol plutôt qu'à sa surface.
Comme les autres représentants du genre, l'adulte présente un corps allongé et presque cylindrique, avec un net rétrécissement entre le pronotum et les élytres, ainsi que des pattes antérieures élargies et munies de dents, adaptées au creusement.
L'espèce fréquente de préférence les sols humides, et la littérature québécoise la signale notamment sur des terrains argileux. Discrète, elle passe l'essentiel de son existence enfouie, ce qui la rend peu visible pour l'observateur occasionnel ; elle est surtout détectée au moyen de pièges-fosses installés dans le cadre d'inventaires entomologiques ou lors d'analyses en laboratoire de diagnostic phytosanitaire.
Répartition
Clivina fossor est originaire de la région paléarctique. En Amérique du Nord, les catalogues de référence le classent parmi les coléoptères adventifs, c'est-à-dire introduits par l'activité humaine. Le catalogue des Geadephaga d'Amérique au nord du Mexique mentionne la forme nominale Clivina fossor fossor parmi les taxons introduits, et la liste des coléoptères du Canada et de l'Alaska le recense au pays. Sa présence est documentée dans l'est du Canada, dont le Québec, ainsi que dans le nord-est des États-Unis.
Au Québec, l'espèce est connue du sud de la province, dans des milieux fortement modifiés par l'humain :
- des vignobles du sud du Québec ;
- des pelouses de graminées de saison fraîche, en particulier de pelouses nouvellement établies ;
- des champs de carottes du sud-ouest du Québec ;
La fiche du catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 54 occurrences associées à la clé taxonomique GBIF 1036893, sans préciser leur territoire ni la date du décompte. Cette association constante avec les terres cultivées et les espaces verts aménagés est typique de nombreux carabes introduits en Amérique du Nord.
Croissance et cycle de vie
Comme tous les coléoptères, Clivina fossor est un insecte holométabole : son développement comprend un stade d'œuf, un stade larvaire, un stade de nymphe et un stade adulte. Chez les carabes fouisseurs de ce type, l'essentiel du développement se déroule dans le sol, où la larve se nourrit et se transforme ensuite en nymphe avant l'émergence de l'adulte.
La fiche du MAPAQ souligne que la larve, tout comme l'adulte, peut être prédatrice d'autres insectes, ce qui signifie que l'espèce exerce une activité de chasse durant une bonne partie de son cycle.
Relations avec l'humain
Clivina fossor figure dans un document du MAPAQ consacré aux insectes des grains de maïs en germination et des cultures voisines. Ce document décrit des dégâts sporadiques attribués aux « carabes du maïs », notamment lorsque le sol est froid et humide, sans établir clairement qu'ils sont causés par C. fossor.
Les adultes et les larves peuvent être prédateurs d'autres insectes. Dans le sud-ouest du Québec, l'espèce a été incluse dans une étude évaluant la consommation du charançon de la carotte par cinq espèces de carabes.
Relations avec les autres espèces
Clivina fossor fait partie des communautés de carabes qui occupent les sols agricoles et urbains du sud du Québec. Plusieurs études menées dans la province précisent sa place dans ces assemblages.
Vignobles
Dans une étude portant sur deux vignobles du sud du Québec, publiée dans les Annals of the Entomological Society of America, l'espèce figure parmi les carabes les plus caractéristiques du site à sol argileux. Ce résultat illustre son affinité pour les sols lourds et humides.
Pelouses
Une étude sur les assemblages de carabes des pelouses de graminées de saison fraîche au Québec, parue dans Environmental Entomology, indique que Clivina fossor représentait une part importante des captures dans les pelouses nouvellement établies.
Champs de carottes
Dans les champs de carottes du sud-ouest du Québec, l'espèce a été retenue parmi cinq espèces de carabes abondantes dont on a évalué la consommation du charançon de la carotte, un ravageur important des cultures maraîchères. Elle appartient ainsi au cortège de prédateurs généralistes susceptibles de contribuer à la régulation naturelle des insectes nuisibles.
En tant qu'espèce introduite, elle côtoie à la fois des carabes indigènes et d'autres carabes d'origine eurasiatique établis dans les mêmes milieux perturbés.
Régime alimentaire
Clivina fossor est principalement carnivore. Selon la fiche du MAPAQ, les adultes comme les larves peuvent être prédateurs d'autres insectes, et les carabes de ce type s'attaquent de façon générale aux petits invertébrés qu'ils rencontrent dans le sol.
Son inclusion parmi les espèces testées pour la consommation du charançon de la carotte, dans le sud-ouest du Québec, montre que les chercheurs le considèrent comme un prédateur potentiel de ravageurs agricoles. Il pourrait notamment s'attaquer aux stades de ces ravageurs qui se développent dans le sol ou à sa surface.
Anecdotes
- Le nom d'espèce fossor, emprunté au latin, signifie « celui qui creuse » ou « fouisseur ». Il décrit fidèlement le mode de vie souterrain de l'insecte et la forme de ses pattes antérieures, adaptées au creusement.
- L'espèce a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758, dans la dixième édition du Systema Naturae. Cet ouvrage constitue le point de départ de la nomenclature zoologique moderne.
- Bien que discret et rarement remarqué, ce carabe peut dominer localement les captures dans certains milieux aménagés, comme les pelouses récemment établies.
- Son histoire nord-américaine est celle de nombreux coléoptères adventifs. Originaire de la région paléarctique, il est classé parmi les coléoptères introduits en Amérique du Nord.
