Portrait et mode de vie
Le Cormoran vigua est le plus petit des cormorans observés dans l'est de l'Amérique du Nord. Il mesure en général de 58 à 73 cm de longueur et pèse environ 1 à 1,5 kg. Sa silhouette est élancée : le cou est mince, le bec fin et crochu à l'extrémité, et la queue paraît proportionnellement longue, un caractère utile pour le distinguer du Cormoran à aigrettes.
L'adulte arbore un plumage noirâtre à reflets olivâtres ou bronzés, les plumes du dos et des ailes étant finement liserées de noir. La peau nue de la gorge (poche gulaire) est jaunâtre à brun orangé et se termine en pointe vers l'arrière. En plumage nuptial, cette zone est bordée d'une fine ligne blanche en forme de V, et de fines plumes blanches ornent parfois les côtés de la tête. Les jeunes sont plus bruns, avec le dessous plus pâle.
L'espèce fréquente une grande variété de milieux aquatiques, en eau douce comme en eau salée : lacs, étangs, rivières, marais, mangroves, lagunes et côtes abritées. Grégaire, elle se rassemble volontiers en groupes pour pêcher, se reposer ou dormir. Comme les autres cormorans, elle se tient souvent perchée les ailes entrouvertes pour sécher son plumage, qui n'est que partiellement imperméable.
Répartition
Aire de répartition générale
Le Cormoran vigua est une espèce essentiellement néotropicale. Son aire de nidification s'étend du sud des États-Unis (notamment le Texas, la Louisiane, le Nouveau-Mexique et l'Arizona) au Mexique, à l'Amérique centrale, à certaines îles des Antilles et à la quasi-totalité de l'Amérique du Sud, jusqu'en Terre de Feu. Au cours des dernières décennies, l'espèce a étendu son aire vers le nord à l'intérieur des États-Unis, et les observations d'individus égarés se sont multipliées dans la région des Grands Lacs et plus au nord.
Au Québec
La Liste des espèces de la faune vertébrée du Québec (LFVQ), tenue par le gouvernement du Québec, inscrit le Cormoran vigua comme espèce indigène, mais de présence accidentelle ou non régulière. Aucune nidification n'y est documentée : les mentions québécoises correspondent à des individus isolés, hors de leur aire habituelle.
| Indicateur | Valeur au Québec |
|---|---|
| Origine | Indigène |
| Régularité | Accidentel ou non régulier |
| Rang de conservation provincial | SNA |
| Indication de suivi dans la fiche québécoise | Non suivie |
Le rang SNA signifie qu'un rang de conservation n'est pas applicable, l'espèce n'étant pas une cible appropriée de conservation dans la province en raison de sa présence occasionnelle.
Croissance et cycle de vie
Le Cormoran vigua niche en colonies, parfois de plusieurs centaines ou milliers de couples, souvent en compagnie d'autres oiseaux aquatiques. Le nid, une plateforme de brindilles et de végétaux, est habituellement construit dans un arbre ou un arbuste surplombant l'eau ou à proximité de celle-ci, plus rarement au sol ou sur des rochers dans les milieux dépourvus de végétation.
La ponte compte le plus souvent de deux à quatre œufs, d'un bleu pâle recouvert d'un dépôt crayeux. Les deux parents participent à l'incubation, qui dure environ trois semaines et demie à quatre semaines, puis au nourrissage des jeunes. Les oisillons, nidicoles, naissent nus et dépendent entièrement des adultes, qui les nourrissent par régurgitation. Ils quittent le nid quelques semaines après l'éclosion, mais restent nourris par les parents pendant une période supplémentaire.
Dans les régions tropicales, la période de reproduction peut varier selon les conditions locales, notamment le régime des pluies et le niveau des eaux. Dans le nord de l'aire, elle est davantage saisonnière. Les individus observés au Québec, hors de toute zone de nidification, sont généralement des oiseaux égarés, souvent en période de dispersion postnuptiale ou de migration.
Régime alimentaire
Le Cormoran vigua est principalement piscivore. Il capture surtout de petits poissons, généralement de quelques centimètres à une quinzaine de centimètres, qu'il poursuit sous l'eau en plongeant depuis la surface. Il se propulse à l'aide de ses pattes palmées, placées loin à l'arrière du corps, et saisit ses proies avec son bec crochu.
Son régime comprend aussi, de façon plus secondaire, des crustacés, des têtards, des grenouilles et des insectes aquatiques. La composition exacte varie selon les milieux fréquentés, en eau douce ou en eau saumâtre.
L'espèce pratique fréquemment la pêche collective : des groupes d'oiseaux avancent en ligne à la surface et plongent de manière coordonnée, rabattant les bancs de poissons. Ce comportement, également connu chez d'autres cormorans, améliore l'efficacité de la capture des proies grégaires. Le Cormoran vigua peut aussi plonger depuis un perchoir bas ou, occasionnellement, en vol.
Relations avec les autres espèces
Dans son aire de nidification, le Cormoran vigua partage souvent ses colonies avec des hérons, des aigrettes, des ibis et d'autres oiseaux aquatiques coloniaux. Ces colonies mixtes offrent une protection collective contre certains prédateurs.
Les œufs et les oisillons peuvent être la proie de divers prédateurs opportunistes, comme des goélands, des corvidés, des rapaces ou, selon les régions, des reptiles et des mammifères arboricoles.
Dans le sud des États-Unis et plus au nord, l'espèce côtoie le Cormoran à aigrettes, avec lequel elle est souvent confondue. Au Québec, ce dernier et le Grand Cormoran sont les cormorans réguliers : toute observation de Cormoran vigua exige donc une identification soignée, fondée sur la taille, la longueur relative de la queue et la forme de la poche gulaire. Les deux espèces sont aujourd'hui rangées par plusieurs autorités taxonomiques dans le même genre, Nannopterum.
Relations avec l'humain
Dans une grande partie de son aire, le Cormoran vigua est un oiseau familier des plans d'eau, des rizières et des bassins d'aquaculture. Comme d'autres cormorans, il peut y entrer en conflit avec des pisciculteurs ou des pêcheurs, qui lui reprochent de consommer des poissons.
À l'échelle mondiale, l'espèce est abondante et son aire de répartition est vaste ; elle n'est pas considérée comme menacée. Au Québec, sa fiche d'espèce porte la mention « Non suivie ». Le taxon figure sous la forme « Cormoran vigua / Phalacrocorax brasilianus » dans le bilan annuel 2020-2021 du Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).
Pour les ornithologues amateurs du Québec, le Cormoran vigua est une rareté recherchée. Les mentions sont habituellement signalées et documentées sur des plateformes participatives comme eBird, qui contribuent à suivre la progression de l'espèce vers le nord.
Nomenclature et anecdotes
- Le nom vernaculaire « vigua » dérive du nom sud-américain de l'oiseau, biguá, employé notamment en Argentine, au Paraguay et au Brésil.
- En France, l'espèce est aussi appelée « Cormoran olivâtre », en référence aux reflets de son plumage. Son nom anglais est Neotropic Cormorant.
- Le nom scientifique a connu plusieurs changements. L'espèce a longtemps été désignée sous le nom Phalacrocorax olivaceus, puis Phalacrocorax brasilianus, forme retenue dans la liste québécoise. À la suite de travaux de phylogénie, plusieurs références ornithologiques la placent désormais dans le genre Nannopterum, sous le nom Nannopterum brasilianum.
- Le genre Nannopterum réunit aussi le Cormoran à aigrettes et le Cormoran aptère des îles Galápagos, seul cormoran incapable de voler.
