Portrait et mode de vie
Cordulia shurtleffii appartient à l'ordre des Odonata, sous-ordre des Anisoptères, et à la famille des Corduliidae, dont les représentants sont souvent appelés « cordulies » ou « émeraudes ». Il s'agit d'une libellule de taille moyenne, au corps sombre à reflets métalliques. Chez l'adulte mature, les yeux prennent une teinte verte vive, caractéristique de la famille. Le thorax est d'un vert bronzé couvert d'une pilosité pâle, tandis que l'abdomen, foncé, présente des reflets métalliques.
Le mâle se reconnaît notamment à ses appendices anaux, dont la forme sert à distinguer l'espèce des autres cordulies de l'est de l'Amérique du Nord. L'identification précise repose toutefois sur l'examen de ces structures, les cordulies se ressemblant beaucoup à distance.
L'adulte est actif par temps ensoleillé. Les mâles patrouillent le long des rives des plans d'eau, en vol bas, alternant déplacements rapides et courtes phases de vol stationnaire. En dehors des périodes de reproduction, les adultes fréquentent les clairières et les lisières forestières humides voisines, où ils chassent et se reposent dans la végétation.
L'espèce est associée aux eaux calmes ou stagnantes : lacs, étangs, marais à carex, tourbières et bordures de lacs forestiers. Des inventaires d'odonates documentent sa présence dans des milieux humides du sud du Québec.
Répartition
Cordulia shurtleffii est une espèce néarctique, c'est-à-dire propre à l'Amérique du Nord. Les listes de référence nord-américaines la signalent dans une vaste aire boréale et tempérée froide qui s'étend d'ouest en est à travers le Canada, de la Colombie-Britannique jusqu'aux provinces de l'Atlantique et au Labrador, et qui déborde dans le nord des États-Unis.
Au Canada
La liste des odonates du Canada mentionne l'espèce dans la plupart des provinces, notamment en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Ontario, au Québec et dans les Maritimes. Elle figure également dans la liste des odonates de la Colombie-Britannique et dans des inventaires réalisés en Nouvelle-Écosse.
Au Québec
Au Québec, l'espèce est présente dans les milieux humides du sud de la province, où elle a été documentée par des inventaires publiés dans Le Naturaliste canadien :
- au lac des Atocas, dans le parc national du Mont-Saint-Bruno, en Montérégie ;
- à Gatineau, en Outaouais, dans un inventaire retraçant l'évolution de la faune odonatologique locale.
Données d'occurrence
La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 955 occurrences associées à la clé taxonomique GBIF 1429728; cette valeur n'est pas datée.
Croissance et cycle de vie
Comme tous les odonates, Cordulia shurtleffii présente un développement hémimétabole, sans stade nymphal immobile : l'œuf donne une larve aquatique qui mue à plusieurs reprises avant de se transformer directement en adulte ailé.
Ponte
Après l'accouplement, qui débute en vol, la femelle pond généralement seule. Elle survole la surface de l'eau et y libère ses œufs en touchant l'eau de l'extrémité de l'abdomen, dans les secteurs calmes et bordés de végétation.
Stade larvaire
La larve vit au fond des plans d'eau, parmi les débris végétaux et la végétation submergée. Elle respire à l'aide de branchies internes logées dans le rectum et chasse à l'affût. Le stade larvaire constitue une partie importante du cycle de vie des odonates.
Émergence et vie adulte
Arrivée à maturité, la larve grimpe sur une tige ou un support émergé, où se produit la dernière mue. L'adulte fraîchement émergé, dit ténéral, a des couleurs ternes et un vol faible ; il s'éloigne de l'eau pendant quelques jours pour achever sa maturation avant de revenir aux sites de reproduction.
Cordulia shurtleffii compte parmi les anisoptères à vol printanier et estival hâtif.
Régime alimentaire
Cordulia shurtleffii est un prédateur à tous les stades de son développement.
Larve
La larve se nourrit d'invertébrés aquatiques qu'elle capture à l'aide de son labium, une pièce buccale articulée et projetable caractéristique des larves d'odonates. Ses proies comprennent notamment des larves d'insectes aquatiques, comme celles des moustiques et des moucherons, ainsi que de petits crustacés. Des larves de grande taille peuvent également s'attaquer à d'autres organismes de dimension comparable présents dans les débris du fond.
Adulte
L'adulte chasse en vol. Il capture de petits insectes volants, tels que moustiques, moucherons, éphémères et autres diptères, qu'il saisit à l'aide de ses pattes garnies d'épines disposées en panier. Les proies sont généralement consommées en vol. La chasse se déroule au-dessus de l'eau, le long des rives, mais aussi dans les clairières et les lisières forestières à proximité des sites de reproduction.
Comme les autres odonates, l'espèce est un prédateur aux stades larvaire et adulte.
Relations avec les autres espèces
Dans les milieux humides du Québec, Cordulia shurtleffii occupe une position intermédiaire dans les réseaux trophiques.
Prédateurs
Les larves servent de proies aux poissons, aux larves d'autres odonates de plus grande taille, à divers insectes aquatiques prédateurs ainsi qu'aux amphibiens. Les adultes, en particulier au moment de l'émergence, lorsqu'ils sont encore ténéraux et vulnérables, sont capturés par des oiseaux insectivores, des grenouilles et des araignées.
Cohabitation avec d'autres odonates
L'espèce partage fréquemment ses habitats avec d'autres Corduliidae, notamment des représentants des genres Epitheca, Somatochlora et Dorocordulia, ainsi qu'avec des libellules de la famille des Libellulidae. Les inventaires du lac des Atocas, au parc national du Mont-Saint-Bruno, et ceux de Gatineau la situent au sein d'assemblages d'odonates diversifiés propres aux étangs, aux lacs et aux tourbières du sud du Québec.
Rôle écologique
En tant que prédateur d'insectes aquatiques et aériens et en tant que proie pour de nombreux vertébrés, l'espèce contribue au transfert d'énergie entre les milieux aquatiques et terrestres, un rôle commun à l'ensemble des odonates.
Relations avec l'humain
Les sources consultées n'indiquent aucun statut légal particulier pour Cordulia shurtleffii au Québec. Elle apparaît comme une espèce de présence régulière dans les inventaires fauniques des milieux humides.
Connaissance scientifique
L'espèce est inscrite dans les principales compilations taxonomiques et faunistiques utilisées en odonatologie nord-américaine, dont la liste des odonates du Canada et la liste de contrôle des odonates d'Amérique du Nord. Au Québec, les revues naturalistes, en particulier Le Naturaliste canadien, publié par la Société Provancher, ont contribué à documenter sa présence à l'occasion d'inventaires locaux et de travaux consacrés aux cordulides.
Indicateur des milieux humides
Comme les autres odonates, dont les larves dépendent de la qualité de l'eau et de la végétation aquatique, l'espèce peut servir d'élément de suivi de l'état des milieux humides. Sa présence dans des sites protégés, comme le parc national du Mont-Saint-Bruno, illustre l'intérêt des aires protégées pour le maintien des communautés d'odonates.
Observation
Les observations de naturalistes amateurs, versées dans les plateformes de science participative, alimentent une part des occurrences connues de l'espèce.
Anecdotes
- Cordulia shurtleffii est la seule représentante du genre Cordulia en Amérique du Nord. Son proche parent eurasiatique, Cordulia aenea, porte en français le nom de cordulie bronzée.
- L'espèce a été décrite en 1866 par l'entomologiste américain Samuel Hubbard Scudder, qui a également laissé une œuvre importante sur les papillons et les insectes fossiles.
- Le nom anglais American Emerald évoque les yeux vert émeraude des adultes matures, un trait partagé par de nombreuses cordulies.
- La nomenclature vernaculaire française varie selon les sources : la liste canadienne des odonates retient cordulie d'Amérique, tandis que d'autres ouvrages et pages secondaires emploient des formes dérivées du nom de Shurtleff, dédicataire de l'espèce.
- Les inventaires répétés à Gatineau, publiés sous le titre « Les libellules (Odonata) de Gatineau, Québec, d'hier à aujourd'hui », illustrent l'intérêt des données historiques pour suivre l'évolution des communautés d'odonates dans une région urbanisée.
