Portrait et mode de vie
Le cygne siffleur est un oiseau de grande taille au plumage entièrement blanc chez l'adulte. Il mesure environ 1,2 à 1,5 mètre de longueur et son envergure avoisine 1,8 à 2,1 mètres ; le mâle est généralement un peu plus lourd que la femelle. Le bec est noir et présente souvent une petite tache jaune à la base, juste devant l'œil, caractère utile pour l'identification. Les pattes sont noires. Le cou, long et mince, est le plus souvent tenu droit.
Le juvénile porte un plumage gris brunâtre et un bec rosâtre qui noircit progressivement au cours de sa première année.
Identification au Québec
Trois cygnes peuvent être observés au Québec :
- Cygne siffleur : taille moyenne pour un cygne, bec noir, tache jaune fréquente devant l'œil, cris aigus rappelant un jappement ou un roucoulement sonore ;
- Cygne trompette (Cygnus buccinator) : plus grand, bec noir plus long et sans tache jaune, voix grave et cuivrée ;
- Cygne tuberculé (Cygnus olor) : espèce introduite, bec orangé surmonté d'une protubérance noire, cou souvent courbé en S.
Grégaire en dehors de la nidification, le cygne siffleur se déplace en familles et en groupes qui peuvent compter plusieurs dizaines d'individus lors des haltes migratoires.
Répartition
L'espèce comprend deux sous-espèces généralement reconnues : C. c. columbianus, qui occupe l'Amérique du Nord, et C. c. bewickii (cygne de Bewick), qui niche dans l'Arctique eurasien.
En Amérique du Nord, le cygne siffleur niche dans la toundra de l'Alaska et du nord du Canada. Deux grandes populations sont distinguées : une population de l'Ouest, qui hiverne principalement sur la côte du Pacifique et dans l'intérieur de l'Ouest américain, et une population de l'Est, qui hiverne surtout sur la côte atlantique des États-Unis, notamment dans la région de la baie de Chesapeake et en Caroline du Nord.
La population de l'Est emprunte un corridor migratoire qui passe par les Prairies et la région des Grands Lacs. Au Québec, l'espèce figure au catalogue comme indigène et régulière. Elle s'y observe principalement lors des passages migratoires, surtout au printemps, dans les milieux humides, les plans d'eau et les champs inondés du sud de la province.
| Caractéristique | Statut au Québec |
|---|---|
| Origine | Indigène |
| Régularité | Régulier |
| Rang S | S4 |
| Statut LEMV | Non suivie |
Croissance et cycle de vie
Le cygne siffleur forme des couples durables, généralement maintenus pendant plusieurs années. Les couples s'installent dans la toundra arctique dès la fonte des neiges, la saison estivale y étant très courte.
Le nid est un monticule de végétation, de mousses et d'herbes, construit à proximité d'un étang, d'un lac ou d'un chenal de toundra, souvent sur une petite élévation. La femelle pond habituellement de trois à cinq œufs blanc crème. L'incubation, assurée principalement par la femelle, dure environ un mois ; le mâle défend activement le territoire.
Les jeunes, couverts de duvet gris pâle, quittent le nid peu après l'éclosion et se nourrissent eux-mêmes sous la surveillance des deux parents. Ils acquièrent la capacité de voler après deux à trois mois environ. Les familles demeurent unies durant la première migration automnale et pendant l'hiver.
La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de deux à trois ans, et les oiseaux nichent souvent plus tard encore. L'espèce est longévive : des individus bagués ont dépassé l'âge de 20 ans en nature.
Relations avec l'humain
Le nom anglais ancien de l'espèce, Whistling Swan, est à l'origine de l'appellation française « cygne siffleur ». Le nom anglais actuel, Tundra Swan, renvoie à son habitat de nidification.
Au Canada, le cygne siffleur est protégé en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, qui découle de la convention signée entre le Canada et les États-Unis en 1916. Sa chasse n'est pas autorisée au Québec. Dans certains États américains, une chasse limitée par permis est encadrée par les autorités fauniques.
Parmi les menaces documentées figurent l'intoxication par le plomb, liée à l'ingestion de grenaille ou de plombs de pêche dans les sédiments, la dégradation des milieux humides de halte migratoire et d'hivernage, ainsi que les collisions avec les lignes électriques. L'évolution des pratiques agricoles a par ailleurs modifié son comportement alimentaire en hiver.
Au Québec, les rassemblements printaniers de cygnes attirent l'attention des ornithologues amateurs, et les observations contribuent aux bases de données de science citoyenne et au suivi des oiseaux migrateurs.
Relations avec les autres espèces
Sur les aires de nidification arctiques, les œufs et les jeunes cygnes sont exposés à divers prédateurs, notamment le renard arctique, les labbes et les grands goélands. Les adultes, en raison de leur taille, ont peu de prédateurs naturels, et les couples défendent vigoureusement leur nid.
Durant les migrations et l'hiver, le cygne siffleur fréquente les mêmes milieux humides que d'autres sauvagines, comme la bernache du Canada, l'oie des neiges et divers canards barboteurs. En s'alimentant de plantes aquatiques submergées qu'il arrache avec son long cou, il remet parfois à la portée de canards de surface une nourriture autrement inaccessible.
Au Québec, il peut côtoyer le cygne tuberculé, introduit, et le cygne trompette, dont la présence s'accroît dans certaines régions, ce qui exige une observation attentive pour distinguer les trois espèces.
Régime alimentaire
Le cygne siffleur est essentiellement herbivore. Il se nourrit en eau peu profonde en plongeant la tête et le cou, ou en basculant le corps à la verticale, sans plonger complètement.
Son alimentation comprend :
- des plantes aquatiques submergées (feuilles, tiges, tubercules et rhizomes), notamment de potamots et de vallisnérie ;
- des graminées, des carex et d'autres plantes de rivage ;
- à l'occasion, des mollusques et de petits invertébrés aquatiques ;
- des grains résiduels, comme le maïs et le soja, glanés dans les champs agricoles après la récolte, comportement devenu fréquent en migration et en hiver.
Les jeunes consomment davantage d'invertébrés au cours de leurs premières semaines, ce qui leur fournit les protéines nécessaires à une croissance rapide durant le court été arctique.
Anecdotes
- Le nom columbianus rappelle le fleuve Columbia, dans le nord-ouest des États-Unis, où l'espèce a été signalée lors de l'expédition de Lewis et Clark au début du XIXe siècle.
- Le cygne de Bewick, sous-espèce eurasienne, se distingue par une plus grande étendue de jaune à la base du bec ; les motifs de cette zone jaune varient d'un individu à l'autre et permettent parfois de les reconnaître individuellement.
- Les migrations s'effectuent en partie de nuit et à haute altitude ; les cris des groupes en vol peuvent alors être entendus de loin.
- Le cygne siffleur figure parmi les rares oiseaux dont les familles migrent ensemble, les jeunes apprenant ainsi les routes et les haltes migratoires de leurs parents.
