Géographie
Le lac Saint-Pierre occupe un tronçon du fleuve Saint-Laurent où le lit s'élargit considérablement entre la région de Sorel-Tracy, en amont, et celle de Trois-Rivières, en aval. La Commission de toponymie du Québec en fixe les limites entre Sorel et l'embouchure de la rivière Nicolet.
Selon la Commission, le lac présente les dimensions suivantes :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Superficie | 353 km² |
| Longueur | environ 32 km |
| Largeur | environ 10 km |
| Profondeur moyenne | environ 3 m |
Sa faible profondeur contraste avec son étendue : en dehors du chenal de navigation, entretenu pour permettre le passage des navires entre l'estuaire et le port de Montréal, une grande partie du plan d'eau est constituée de hauts-fonds.
À son extrémité amont se trouve l'archipel du lac Saint-Pierre, un ensemble d'îles basses, de chenaux et de marais situé à la jonction de plusieurs régions administratives. Les rives du lac touchent la Mauricie au nord, le Centre-du-Québec au sud, ainsi que la Montérégie et Lanaudière dans le secteur de l'archipel.
Hydrographie
Le lac Saint-Pierre reçoit, en plus des eaux du Saint-Laurent, l'apport de plusieurs affluents importants qui drainent les deux rives du fleuve.
Affluents de la rive sud
- la rivière Richelieu, qui se jette dans le fleuve à Sorel-Tracy, à l'entrée du lac ;
- la rivière Saint-François ;
- la rivière Nicolet.
Affluents de la rive nord
- la rivière Maskinongé ;
- la rivière du Loup ;
- la rivière Yamachiche.
Les masses d'eau provenant du fleuve et de ses tributaires se mélangent lentement dans le lac, ce qui crée des conditions de qualité d'eau différentes d'une rive à l'autre. La faible pente et la grande largeur du lac favorisent par ailleurs d'importantes crues printanières : les eaux débordent alors sur une vaste plaine inondable qui borde le lac, en particulier sur sa rive sud et dans l'archipel. Ces inondations saisonnières sont à l'origine de la mosaïque de marais, de marécages et de prairies humides qui caractérise le littoral.
Toponymie
Le nom « Lac Saint-Pierre » a été officialisé par la Commission de toponymie du Québec le 5 décembre 1968. Selon la Commission, Samuel de Champlain aurait probablement nommé le lac lors de son voyage de 1603, mais le toponyme n'apparaît dans ses écrits qu'en 1609.
Le plan d'eau porte aussi un nom en langue abénakise, « Nebesek ». La présence abénakise dans la région est ancienne ; la communauté d'Odanak est établie près de l'embouchure de la rivière Saint-François, sur la rive sud du lac.
Le terme « lac » désigne ici non pas un bassin fermé, mais un élargissement fluvial, usage courant dans la toponymie du Saint-Laurent, où d'autres élargissements du fleuve portent également ce nom, comme le lac Saint-Louis et le lac Saint-François en amont de Montréal.
Écologie
Le gouvernement du Québec décrit le littoral du lac Saint-Pierre comme une mosaïque de milieux humides, de marécages et de terres cultivées bordant une vaste plaine inondable. Cette diversité de milieux en fait l'une des zones humides les plus importantes de la vallée du Saint-Laurent.
Le ministère de l'Environnement rapporte que 288 espèces d'oiseaux et 79 espèces de poissons y ont été répertoriées. Les marais et les herbiers aquatiques servent de frayères, d'aires d'alevinage et d'aires d'alimentation pour de nombreuses espèces de poissons, dont la perchaude, longtemps l'une des espèces emblématiques de la pêche au lac.
La plaine inondable et les marais de l'archipel constituent également une halte migratoire importante pour la sauvagine au printemps et à l'automne. Les îles de l'archipel abritent par ailleurs des colonies d'oiseaux aquatiques, notamment de hérons.
L'équilibre de cet écosystème dépend étroitement du régime des crues, qui renouvelle les milieux humides, ainsi que de l'utilisation des terres riveraines, dont une partie importante est consacrée à l'agriculture.
Désignations et protection
Le lac Saint-Pierre et ses milieux humides bénéficient de plusieurs reconnaissances internationales.
- Site Ramsar : le lac a été désigné zone humide d'importance internationale au titre de la Convention de Ramsar en 1998.
- Réserve de la biosphère : l'UNESCO a désigné la Réserve de la biosphère du lac Saint-Pierre en 2000, dans le cadre de son programme L'homme et la biosphère.
Ces désignations couvrent un territoire plus vaste que le plan d'eau lui-même : elles englobent les rives, la plaine inondable, l'archipel et une partie des municipalités riveraines. La réserve de la biosphère vise à concilier la conservation des milieux naturels avec les activités humaines, notamment l'agriculture, la pêche, la chasse et le tourisme.
Le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs consacre un programme à la conservation de l'écosystème du lac Saint-Pierre et rassemble une documentation spécialisée sur le sujet dans sa bibliothèque virtuelle.
Occupation du territoire
Les rives du lac Saint-Pierre sont occupées depuis le Régime français par des paroisses agricoles établies le long du fleuve. Sur la rive nord, en Mauricie, se succèdent notamment Pointe-du-Lac (intégrée à Trois-Rivières), Yamachiche, Louiseville et Maskinongé. Sur la rive sud, dans le Centre-du-Québec et la Montérégie, on trouve entre autres Nicolet, Baie-du-Febvre, Saint-François-du-Lac, Pierreville, Yamaska et Sorel-Tracy.
Le territoire riverain est marqué par une agriculture étendue, qui s'est progressivement développée jusque dans la plaine inondable. Les terres basses, autrefois utilisées surtout comme prairies et pâturages, ont été en partie converties en grandes cultures annuelles.
Le lac constitue aussi un axe de transport : le chenal maritime du Saint-Laurent le traverse et permet le passage des navires océaniques vers Montréal. La pêche commerciale et sportive, la chasse à la sauvagine, la villégiature et l'écotourisme comptent parmi les autres usages du plan d'eau et de ses rives. Le secteur de Nicolet abrite en outre un site d'essais de munitions du ministère de la Défense nationale.
Enjeux environnementaux
Selon le ministère québécois de l'Environnement, l'état de l'écosystème du lac Saint-Pierre est préoccupant. Les principaux problèmes relevés sont la dégradation de la qualité de l'eau et la perte d'habitats fauniques.
La conversion de la plaine inondable en terres de grandes cultures a réduit la superficie des milieux humides utilisés par les poissons pour la fraie et l'alevinage. L'apport de sédiments, de nutriments et de pesticides par les affluents agricoles contribue également à la détérioration de la qualité de l'eau.
Le déclin de la perchaude illustre ces difficultés. La pêche commerciale et sportive de cette espèce fait l'objet d'un moratoire depuis 2012 ; selon le ministère, ce moratoire a été reconduit en 2022 pour une période de cinq ans.
Des initiatives de recherche, de restauration et de concertation réunissent les ministères, les milieux universitaires, les organismes de bassin versant et les producteurs agricoles afin de rétablir des pratiques compatibles avec la fonction écologique du littoral. L'Université du Québec à Trois-Rivières a notamment produit une revue de la littérature scientifique consacrée au lac.
