Portrait et mode de vie
Le cyclothone à petites dents appartient au genre Cyclothone, qui regroupe de petits poissons pélagiques des eaux profondes, appelés en anglais bristlemouths (« bouches à soies »). Ce nom évoque leurs dents fines et serrées, disposées comme les poils d'une brosse. L'épithète spécifique microdon dérive du grec et signifie « petite dent ».
L'espèce présente un corps allongé et légèrement comprimé latéralement, de teinte brun foncé à noire, adaptée à un milieu où la lumière solaire ne pénètre presque pas. La bouche est grande et la fente buccale s'étend loin derrière l'œil, qui est petit. Sur la face ventrale, des rangées de petits organes lumineux, les photophores, produisent de la bioluminescence. Chez les poissons mésopélagiques, ce type d'éclairage ventral est généralement interprété comme un moyen de camouflage par contre-illumination.
La taille adulte demeure modeste et ne dépasse généralement pas quelques centimètres. Comme d'autres membres du genre, le cyclothone à petites dents se caractérise par une musculature peu développée et un squelette faiblement ossifié. On interprète ces traits comme une adaptation à un mode de vie économe en énergie dans un milieu pauvre en nourriture. Il se déplace peu activement et semble se maintenir le plus souvent dans une même tranche d'eau.
Répartition
Cyclothone microdon est une espèce océanique à large répartition. Elle fréquente surtout les eaux profondes, de la zone mésopélagique inférieure à la zone bathypélagique, souvent à plusieurs centaines, voire plus de mille mètres sous la surface. On la signale en particulier dans l'Atlantique Nord, y compris dans les eaux froides des latitudes élevées.
Au Québec
Le catalogue du vivant inscrit l'espèce parmi les poissons du Québec, avec la mention « indigène » pour l'origine et « régulier » pour la régularité de présence. Son rang de priorité de conservation infranational est SNA, une cote de NatureServe qui signifie que l'attribution d'un rang de conservation n'est pas applicable à l'espèce dans ce territoire. Une seule occurrence est associée à la fiche de l'espèce dans les données du Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF).
Cette rareté des mentions s'explique largement par l'habitat de l'espèce. Les eaux sous juridiction ou à proximité du Québec où une présence est concevable sont avant tout les secteurs marins profonds, reliés à l'Atlantique. Ces milieux sont peu échantillonnés, et les poissons bathypélagiques n'y sont capturés qu'à l'occasion de relevés scientifiques au chalut pélagique.
Croissance et cycle de vie
Comme la plupart des Stomiiformes, le cyclothone à petites dents se reproduit par fécondation externe. Ses œufs et ses larves sont pélagiques et dérivent dans la colonne d'eau. Chez de nombreux poissons des grands fonds, les stades larvaires se développent dans des eaux moins profondes que celles occupées par les adultes. Les jeunes descendent ensuite progressivement vers l'habitat adulte au cours de leur croissance.
La croissance des espèces du genre Cyclothone est lente, ce qui concorde avec la faible disponibilité de nourriture en profondeur et le métabolisme réduit de ces poissons. Chez certaines espèces du genre, des études ont décrit des différences de taille entre mâles et femelles, ainsi que des cas d'hermaphrodisme successif. Ces particularités ne sont cependant pas établies de façon uniforme pour toutes les espèces.
Les données détaillées sur la longévité, l'âge à la maturité et la fécondité du cyclothone à petites dents proviennent d'études océaniques menées hors du Québec. Aucun suivi de population n'existe pour l'espèce dans les eaux québécoises, conformément à son statut de « non suivie » en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
Régime alimentaire
Le cyclothone à petites dents est un prédateur de petits organismes planctoniques. Son régime se compose principalement de zooplancton, en particulier de copépodes et d'autres petits crustacés, qui abondent même à grande profondeur. Sa large bouche et ses dents fines lui permettent de saisir des proies de petite taille rencontrées dans la colonne d'eau.
En raison de son mode de vie peu actif, on le décrit généralement comme un chasseur à l'affût ou opportuniste, qui capture les proies passant à sa portée plutôt que de les poursuivre. Cette stratégie alimentaire limite la dépense d'énergie, un avantage dans un milieu où la nourriture est rare et dispersée.
Par sa consommation de zooplancton, l'espèce participe au transfert de l'énergie produite près de la surface vers les réseaux trophiques profonds. Une partie de cette énergie parvient en profondeur sous forme de particules et d'organismes migrateurs.
Relations avec les autres espèces
Compte tenu de l'abondance attribuée au genre Cyclothone dans les océans, le cyclothone à petites dents occupe une place notable dans les réseaux trophiques des eaux profondes. Il constitue une proie pour des poissons prédateurs de plus grande taille vivant à des profondeurs comparables, ainsi que pour des céphalopodes. D'autres prédateurs capables d'exploiter les couches mésopélagiques et bathypélagiques s'en nourrissent aussi.
L'espèce partage son habitat avec de nombreux autres poissons des grands fonds, dont d'autres membres de l'ordre des Stomiiformes, comme les poissons-haches et les dragons de mer. Elle côtoie également des poissons-lanternes (Myctophidés). Contrairement à plusieurs de ces voisins, qui effectuent chaque nuit d'importantes migrations verticales vers la surface, les cyclothones sont généralement considérés comme peu migrateurs.
Cette relative sédentarité verticale les distingue dans la communauté pélagique profonde. Ils interagissent surtout avec des proies et des prédateurs présents en permanence dans leur tranche d'eau.
Relations avec l'humain
Le cyclothone à petites dents ne fait l'objet d'aucune pêche commerciale ou sportive, au Québec comme ailleurs. Sa petite taille et son habitat très profond le placent hors de portée des engins de pêche usuels. Il n'est connu que par des captures réalisées au cours de campagnes océanographiques ou de relevés scientifiques à l'aide de filets et de chaluts pélagiques.
Au Québec, l'espèce n'est pas suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Son rang de conservation « SNA » indique qu'aucune évaluation de priorité de conservation n'est jugée applicable à l'échelle provinciale.
Les poissons des grands fonds comme les cyclothones intéressent la recherche scientifique. On les étudie pour leurs adaptations physiologiques à la pression, à l'obscurité et à la rareté de la nourriture. Leur rôle dans le cycle du carbone océanique est aussi examiné, car la biomasse des poissons mésopélagiques et bathypélagiques fait l'objet de nombreuses estimations à l'échelle mondiale.
Anecdotes
- Le genre Cyclothone est souvent cité dans la littérature ichtyologique comme l'un des genres de vertébrés comptant le plus grand nombre d'individus sur Terre, en raison de sa présence massive dans les eaux profondes de tous les océans.
- Le nom français « cyclothone à petites dents » traduit directement l'épithète scientifique microdon, formée des mots grecs signifiant « petit » et « dent ».
- Le nom anglais Smalltooth Bristlemouth combine deux idées : la petitesse des dents propre à l'espèce et l'aspect en brosse de la dentition commune aux membres du genre.
- Malgré son abondance présumée à l'échelle océanique, l'espèce ne compte qu'une seule occurrence associée à sa fiche dans les données du GBIF consultées pour le catalogue du vivant du Québec. Ce contraste illustre la difficulté d'échantillonner les milieux profonds.
