Portrait et mode de vie
L'Engoulevent de Caroline est un oiseau de taille moyenne, d'une trentaine de centimètres de longueur, ce qui en fait le plus grand représentant de la famille des Caprimulgidés en Amérique du Nord. Son plumage cryptique, marbré de brun, de roux, de chamois et de noir, imite l'écorce et la litière de feuilles mortes, ce qui le rend presque invisible lorsqu'il se repose le jour, posé au sol ou allongé dans le sens d'une branche.
Comme les autres engoulevents, il possède une tête large et aplatie, un bec très court mais une bouche d'une ouverture considérable, bordée de longues soies rictales. Ses yeux, grands et sombres, sont adaptés à la vision en faible luminosité.
L'espèce est essentiellement crépusculaire et nocturne. Au printemps et en été, le mâle chante longuement la nuit, depuis un perchoir, une phrase sonore en trois ou quatre syllabes que l'on transcrit en anglais par « chuck-will's-widow », d'où son nom anglais. Ce chant est plus lent et plus grave que celui de l'Engoulevent bois-pourri.
L'espèce fréquente surtout les boisements ouverts de pins et de chênes, les lisières et les secteurs boisés entrecoupés de clairières, où il chasse en vol.
Répartition
Aire de nidification et d'hivernage
L'Engoulevent de Caroline se reproduit dans l'est et le sud-est de l'Amérique du Nord, principalement dans le sud-est des États-Unis. C'est un migrateur : il quitte son aire de nidification à l'automne pour hiverner plus au sud, notamment dans les Caraïbes et en Amérique centrale.
Présence au Québec
Au Québec, l'espèce est classée comme indigène, mais sa présence y est qualifiée d'accidentelle et non régulière. Les références ornithologiques québécoises la décrivent comme un visiteur très rare, observé de façon sporadique, loin au nord de son aire habituelle. Les références ornithologiques citées ne permettent pas d'établir une nidification dans la province.
Les deux engoulevents qui nichent régulièrement au Québec sont l'Engoulevent bois-pourri (Antrostomus vociferus), son plus proche parent dans la province, et l'Engoulevent d'Amérique (Chordeiles minor).
Statut dans la province
La fiche du Catalogue du vivant indique un rang de conservation provincial « SNA » (non applicable) et la valeur « Non suivie » au champ LEMV.
Croissance et cycle de vie
L'Engoulevent de Caroline ne construit pas de nid. La femelle dépose généralement deux œufs directement sur le sol, dans la litière de feuilles ou d'aiguilles, souvent à l'abri d'un sous-bois clairsemé. Les œufs, tachetés, se confondent avec le substrat, et l'adulte qui couve compte sur son camouflage plutôt que sur la fuite pour échapper aux prédateurs.
Les jeunes éclosent couverts de duvet et sont capables de se déplacer peu après l'éclosion. Ils sont nourris par les parents d'insectes régurgités jusqu'à leur émancipation.
La saison de reproduction correspond à la période où le chant nocturne des mâles est le plus soutenu, au printemps et au début de l'été. À la fin de l'été, les oiseaux entreprennent leur migration vers le sud, qui s'effectue surtout de nuit.
Les mentions accidentelles au Québec ne permettent pas de conclure à une population établie dans la province.
Régime alimentaire
L'Engoulevent de Caroline est un insectivore aérien. Il chasse au crépuscule et la nuit, le plus souvent à partir d'un perchoir ou en vol bas au-dessus des clairières et des lisières, en capturant ses proies en plein vol grâce à sa large bouche bordée de soies.
Son régime se compose principalement d'insectes volants nocturnes :
- papillons de nuit ;
- coléoptères ;
- autres insectes volants de taille moyenne à grande.
Sa grande taille et l'ouverture exceptionnelle de sa bouche lui permettent aussi, à l'occasion, d'avaler entiers de petits vertébrés, notamment de petits oiseaux. Ce comportement, inhabituel chez les engoulevents, le distingue de ses parents plus petits.
La disponibilité des insectes nocturnes conditionne fortement son activité, ce qui explique en partie son caractère migrateur : l'espèce quitte les régions où les insectes volants se raréfient pendant la saison froide.
Relations avec les autres espèces
Dans son aire de nidification, l'Engoulevent de Caroline partage une partie de son habitat avec l'Engoulevent bois-pourri, une espèce plus petite qui niche plus au nord, jusqu'au Québec. Les deux espèces, du même genre Antrostomus, se distinguent surtout par la taille, la coloration plus chaude et plus rousse de l'Engoulevent de Caroline et, de façon plus fiable sur le terrain, par leur chant.
Prédateur d'insectes nocturnes, l'espèce contribue à la régulation des populations de papillons de nuit et de coléoptères. Elle est elle-même la proie de divers prédateurs, en particulier au stade de l'œuf et du jeune, la nidification au sol l'exposant aux mammifères carnivores, aux serpents et à certains oiseaux.
Son plumage cryptique constitue sa principale défense : l'adulte au repos reste immobile et ne s'envole qu'au dernier moment lorsqu'il est dérangé.
| Espèce | Genre | Statut de présence au Québec |
|---|---|---|
| Engoulevent de Caroline | Antrostomus | Accidentel |
| Engoulevent bois-pourri | Antrostomus | Nicheur régulier |
| Engoulevent d'Amérique | Chordeiles | Nicheur régulier |
Relations avec l'humain
L'Engoulevent de Caroline est davantage entendu que vu. Son chant nocturne, répété inlassablement, est bien connu des habitants du sud-est des États-Unis et lui a donné son nom vernaculaire anglais, de nature onomatopéique. Le nom français fait référence aux Carolines, région où l'espèce a été décrite.
Selon les références ornithologiques Oiseaux.net et Oiseaux-Birds, l'espèce est classée « quasi menacée » à l'échelle mondiale sur la Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Ce classement mondial est distinct des données provinciales présentées dans la fiche du Catalogue du vivant. L'Engoulevent bois-pourri, une autre espèce, fait l'objet d'un programme de rétablissement fédéral.
L'observation de l'espèce au Québec demeure très rare.
Anecdotes
- L'Engoulevent de Caroline est le plus grand engoulevent d'Amérique du Nord, et l'un des rares capables d'avaler de petits oiseaux.
- Longtemps classé dans le genre Caprimulgus, il a été rattaché au genre Antrostomus, avec l'Engoulevent bois-pourri, à la suite de travaux de systématique.
- Le nom de famille Caprimulgidés vient du latin caprimulgus, « qui trait les chèvres », allusion à une croyance ancienne selon laquelle ces oiseaux tétaient les chèvres la nuit ; le nom français « engoulevent » évoque plutôt la bouche démesurée de ces oiseaux, qui semblent « engouler » le vent.
- Les engoulevents sont parfois appelés « oiseaux de nuit » dans la culture populaire, mais ne sont pas apparentés aux hiboux.
