Portrait et mode de vie
L'Engoulevent bois-pourri appartient à l'ordre des Caprimulgiformes et à la famille des Caprimulgidés, qui regroupe les engoulevents. C'est un oiseau de taille moyenne, au corps trapu, à la tête large et au bec très court, mais à la bouche largement fendue, bordée de longues soies raides qui l'aident à capturer des insectes en vol.
Son plumage, mêlant le brun, le gris, le roux et le noir, imite l'écorce et la litière de feuilles mortes. Posé au sol ou allongé dans le sens d'une branche, il se confond avec son environnement et reste immobile le jour. Chez le mâle, les rectrices externes portent de grandes taches blanches, plus restreintes et chamois chez la femelle.
L'espèce est essentiellement crépusculaire et nocturne. Elle est beaucoup plus souvent entendue que vue : le mâle émet, à la tombée du jour et par les nuits claires, une phrase de trois syllabes répétée sans relâche, que l'oreille francophone a rendue par « bois-pourri » et l'oreille anglophone par « whip-poor-will ». Ce chant constitue le principal moyen de détection de l'espèce lors des inventaires.
Répartition
L'Engoulevent bois-pourri niche dans l'est de l'Amérique du Nord, du sud du Canada jusqu'au sud-est des États-Unis, et passe l'hiver plus au sud, notamment dans le sud-est des États-Unis, au Mexique et en Amérique centrale.
Au Québec, il atteint la limite nord de son aire de nidification. Il niche surtout dans les basses-terres du Saint-Laurent et le long de la frange sud des Laurentides méridionales. Des organismes régionaux mènent aussi des inventaires en Abitibi-Témiscamingue et au Centre-du-Québec.
Données de l'Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional
| Période d'inventaire | Parcelles où l'espèce a été relevée |
|---|---|
| 2010-2014 (deuxième atlas) | 238 |
| 1984-1989 (premier atlas) | 168 |
Ces nombres de parcelles traduisent la couverture des inventaires et la détection de l'espèce ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une mesure de l'évolution de la population.
La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec fournit un décompte non daté de 6 196 occurrences GBIF pour ce taxon (clé taxonomique 6101178) ; ce nombre ne représente pas un effectif de population.
Croissance et cycle de vie
L'Engoulevent bois-pourri est un migrateur. Il revient au Québec au printemps et repart vers ses quartiers d'hiver à la fin de l'été ou au début de l'automne.
L'espèce ne construit pas de nid. La femelle pond généralement deux œufs directement sur la litière de feuilles mortes, au sol, dans un secteur forestier clairsemé ou semi-ouvert, souvent à l'abri d'un arbuste ou près d'une souche. Les adultes couvent et nourrissent les jeunes, dont le duvet brunâtre offre lui aussi un camouflage efficace.
Des observations rapportées dans la littérature ornithologique indiquent que la période d'élevage tend à coïncider avec les phases lunaires les plus lumineuses, la clarté de la lune facilitant la chasse nocturne des adultes. Une seconde couvée est possible dans certaines parties de l'aire de répartition.
L'activité vocale, intense au début de la saison de reproduction, sert à la défense du territoire et à l'attraction d'une partenaire. Elle diminue au cours de l'été, ce qui influence la période propice aux relevés de terrain.
Statut et conservation
Au Canada
- 2022 : le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) réévalue l'espèce et la classe « préoccupante ».
- 2018 : publication du programme de rétablissement fédéral, à la suite d'une proposition rendue publique en 2015.
- 2011 : inscription comme espèce menacée à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril.
- 2009 : le COSEPAC évalue l'espèce comme « menacée ».
La réévaluation de 2022 ne modifie pas d'elle-même le statut juridique fédéral : l'inscription à l'annexe 1 relève d'une décision distincte, ayant fait l'objet d'une consultation publique.
Au Québec
Statut juridique. L'espèce figure sur la liste des espèces fauniques susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables ; cette inscription n'équivaut pas à une désignation juridique comme espèce menacée ou vulnérable.
Rang de conservation. L'espèce porte le rang de conservation S3 à l'échelle provinciale, correspondant à une espèce vulnérable selon la méthode de classement des centres de données sur la conservation. Ce rang ne constitue pas une désignation juridique.
Menaces
Les documents fédéraux évoquent notamment la perte et la dégradation des habitats de reproduction, en particulier des forêts claires et des milieux ouverts adjacents, ainsi que la diminution des insectes dont l'espèce se nourrit. Des organismes comme QuébecOiseaux et des conseils régionaux de l'environnement diffusent des recommandations d'aménagement forestier favorables à l'espèce.
Relations avec l'humain
Le nom « bois-pourri » est ancien dans l'usage québécois ; il est documenté par le Dictionnaire historique du français québécois de l'Université de Sherbrooke. Il s'agit d'une transcription onomatopéique du chant de l'oiseau, parallèle à l'anglais whip-poor-will.
Des inventaires acoustiques, conduits notamment par des conseils régionaux de l'environnement comme celui du Centre-du-Québec ou celui de l'Abitibi-Témiscamingue, visent à localiser les secteurs de nidification. Ces relevés s'appuient sur le chant territorial des mâles, émis au crépuscule et la nuit, qui permet de détecter l'espèce malgré sa discrétion visuelle.
Le Regroupement QuébecOiseaux a produit une fiche consacrée à l'Engoulevent bois-pourri et à l'aménagement forestier. Les recommandations d'aménagement concernent surtout la conservation de forêts claires, de clairières et de milieux ouverts, ainsi que la réduction des perturbations pendant la période de nidification au sol, les œufs et les jeunes étant déposés directement sur la litière forestière.
Régime alimentaire et relations avec les autres espèces
L'Engoulevent bois-pourri est strictement insectivore. Il chasse au vol, à partir d'un perchoir ou du sol, dans les clairières, les lisières, les coupes et les autres milieux ouverts proches de ses sites de nidification. Ses proies se composent principalement d'insectes nocturnes volants, notamment des papillons de nuit et des coléoptères.
Son habitat de reproduction combine donc deux composantes : un couvert forestier clairsemé ou semi-ouvert, où il niche au sol, et des espaces dégagés où il s'alimente. La disponibilité des insectes volants nocturnes conditionne directement la réussite de la reproduction.
Nichant au sol, l'espèce est exposée à la prédation des œufs et des oisillons par des mammifères et des oiseaux. Son camouflage et son immobilité constituent ses principales défenses. Au Québec, son aire recoupe en partie celle de l'Engoulevent d'Amérique (Chordeiles minor), un autre membre de la famille des Caprimulgidés, qui chasse davantage en plein ciel et au crépuscule.
