Portrait et mode de vie
L'Engoulevent d'Amérique appartient à l'ordre des Caprimulgiformes et à la famille des Caprimulgidés, qui regroupe les engoulevents. Malgré son nom anglais, Common Nighthawk, il n'est pas apparenté aux rapaces.
C'est un oiseau de taille moyenne au plumage cryptique, brun, gris et chamois finement marbré, qui le rend presque invisible lorsqu'il est posé au sol ou allongé sur une branche. En vol, il se distingue par ses longues ailes étroites et pointues, traversées d'une bande blanche bien visible près de leur extrémité, et par sa queue légèrement échancrée. Son bec est minuscule, mais sa bouche s'ouvre largement, une adaptation à la capture d'insectes en plein vol.
L'espèce est surtout active au crépuscule et à l'aube, période pendant laquelle elle patrouille le ciel d'un vol bondissant et irrégulier. Le cri le plus souvent entendu est un « pînt » nasal, émis en vol. Le jour, l'oiseau se repose immobile, souvent posé dans le sens de la longueur sur une branche, un piquet ou à même le sol, en comptant sur son camouflage.
Les milieux fréquentés sont ouverts ou semi-ouverts : brûlis, coupes forestières et forêts en régénération, landes, affleurements rocheux, plages, terrains nus et, en milieu urbain, toits plats recouverts de gravier. La proximité d'espaces de chasse riches en insectes volants, comme les plans d'eau ou les clairières, favorise sa présence.
Répartition
L'Engoulevent d'Amérique se reproduit dans une grande partie de l'Amérique du Nord et hiverne en Amérique du Sud. Au Québec, il est indigène et présent de façon régulière en période de nidification.
Au Québec
Le Deuxième Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional rapporte la présence de l'espèce dans l'ensemble de la zone étudiée, à l'exception des îles de la Madeleine, où la dernière nidification confirmée citée remonte à 1991. La probabilité d'observation augmente généralement vers le nord et elle est particulièrement élevée dans certaines portions de la pessière à mousses, où les brûlis, les coupes et les milieux rocheux offrent des sites de nidification.
Dans le sud du Québec, l'espèce occupe des milieux ouverts naturels ou anthropiques, et a longtemps niché sur les toits gravillonnés des villes.
Tendances
L'Atlas documente une baisse de la probabilité d'observation dans une grande partie de l'aire québécoise de l'espèce entre les périodes comparées, avec une relative stabilité dans l'ouest de la pessière à mousses. Les relevés fédéraux font également état d'un déclin des populations canadiennes.
Croissance et cycle de vie
L'Engoulevent d'Amérique arrive au Québec parmi les derniers migrateurs printaniers, généralement à la fin du printemps, une fois les insectes volants abondants.
Parade et nidification
Pendant la saison de reproduction, le mâle exécute une parade aérienne : il pique vers le sol puis redresse brusquement son vol, et l'air passant dans ses rémiges produit un vrombissement sonore caractéristique.
L'espèce ne construit pas de nid. La femelle pond habituellement deux œufs directement sur une surface nue : gravier, sable, roche, litière de brûlis ou toit plat gravillonné. Les œufs, tachetés, se confondent avec le substrat. L'incubation est assurée surtout par la femelle, et les jeunes, couverts de duvet à l'éclosion, restent au sol où les adultes les nourrissent d'insectes jusqu'à leur envol.
Migration
À la fin de l'été, les engoulevents quittent le Québec et entreprennent une longue migration vers l'Amérique du Sud. Cette migration se fait souvent en groupes, parfois importants, observables en fin de journée lorsqu'ils chassent au-dessus des villes, des rivières ou des champs.
Statut et conservation
L'Engoulevent d'Amérique fait l'objet d'un suivi aux échelles provinciale et fédérale en raison du déclin de ses populations.
| Instance | Statut |
|---|---|
| Gouvernement du Québec (LEMV) | Espèce susceptible d'être désignée menacée ou vulnérable |
| Rang de précarité au Québec | S3S4 |
| Loi sur les espèces en péril (annexe 1) | Menacée |
| COSEPAC (évaluation de 2018) | Préoccupante |
| COSEPAC (évaluation de 2007) | Menacée |
Le rang S3S4 situe l'espèce entre les catégories « vulnérable » et « apparemment non en péril » à l'échelle du Québec. À l'échelle fédérale, Environnement et Changement climatique Canada a publié un programme de rétablissement, proposé en 2015 puis publié en 2016.
Menaces
Le programme fédéral de rétablissement évoque notamment :
- la perte ou la modification des habitats de nidification et d'alimentation ;
- le déclin des populations d'insectes volants, qui constituent sa nourriture ;
- la disparition graduelle des toits gravillonnés en milieu urbain, remplacés par d'autres revêtements.
Au Québec, des organismes comme la Société des établissements de plein air du Québec participent au suivi de l'espèce dans le réseau des parcs nationaux.
Relations avec l'humain
Le nom français « engoulevent » évoque l'oiseau qui semble « engouler le vent », c'est-à-dire avaler l'air la bouche grande ouverte en chassant. L'appellation « engoulevent d'Amérique » figure dans le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française.
L'espèce s'est longtemps accommodée de la présence humaine. Les toits plats couverts de gravier des villes et des banlieues lui ont offert des substituts aux affleurements rocheux et aux sols nus, et les lampadaires attirent des insectes qu'elle chasse à la tombée du jour. Les coupes forestières et certains terrains perturbés peuvent également lui fournir des sites de nidification temporaires.
Cette proximité l'expose cependant à des perturbations : changements de matériaux de toiture, circulation sur les sites de ponte au sol et usage d'insecticides qui réduisent ses proies. Les nids, simples œufs posés sur le sol, passent facilement inaperçus et peuvent être détruits involontairement.
L'engoulevent est par ailleurs un oiseau prisé des observateurs, notamment lors des rassemblements migratoires de la fin de l'été, et ses observations alimentent les atlas et les programmes de science citoyenne.
Relations avec les autres espèces et alimentation
Régime alimentaire
L'Engoulevent d'Amérique est strictement insectivore. Il capture ses proies en vol, bouche ouverte, principalement au crépuscule et à l'aube. Son menu comprend une grande variété d'insectes volants, notamment des coléoptères, des papillons de nuit, des fourmis ailées, des moustiques et d'autres petits insectes. Sa large ouverture buccale lui permet de capturer des insectes en vol.
Prédateurs et interactions
Les œufs et les jeunes, déposés à même le sol, sont exposés à divers prédateurs, dont des corvidés, des goélands, des mammifères carnivores et les chats domestiques. Pour protéger la nichée, l'adulte compte d'abord sur son camouflage ; s'il est dérangé, il peut simuler une blessure pour éloigner l'intrus, comportement commun chez plusieurs oiseaux nichant au sol.
L'engoulevent partage certains milieux ouverts avec d'autres insectivores aériens, comme les hirondelles et le martinet ramoneur, groupe d'oiseaux dont plusieurs espèces connaissent aussi des déclins au Canada. Au Québec, il côtoie également son proche parent, l'Engoulevent bois-pourri, qui fréquente plutôt les lisières forestières et se fait davantage entendre que voir.
