Portrait et mode de vie
Le Fuligule à collier est un canard plongeur de petite à moyenne taille appartenant au genre Aythya, qui regroupe les fuligules. Sa tête présente un profil anguleux, avec un sommet du crâne qui forme une pointe vers l'arrière.
Plumage
- Mâle nuptial : tête, poitrine et dos noirs, la tête montrant des reflets violacés selon la lumière ; flancs gris pâle séparés de la poitrine par une marque blanche verticale en forme d'éperon, en avant de l'aile. Le bec gris est bordé de blanc à la base et porte un anneau blanc près de l'extrémité. Un mince collier brun-roux entoure le bas du cou, mais il est rarement perceptible sur le terrain.
- Femelle : plumage brun, plus pâle sur la face, avec un cercle oculaire blanc souvent prolongé d'une fine ligne vers l'arrière ; le bec porte aussi un anneau pâle près de la pointe.
Comportement
Comme les autres fuligules, l'espèce se nourrit surtout en plongeant. Elle fréquente des plans d'eau peu profonds. Hors de la période de nidification, elle se rassemble en groupes sur les lacs et les étangs.
Répartition
En Amérique du Nord
À l'échelle canadienne, le Fuligule à collier niche dans l'ensemble de la forêt boréale, du sud du Yukon jusqu'à Terre-Neuve. Il hiverne plus au sud, principalement dans le sud-est des États-Unis et jusqu'au Mexique et en Amérique centrale.
Au Québec
L'espèce est un nicheur migrateur commun dans le Québec méridional. Elle occupe plusieurs paysages forestiers et privilégie les milieux humides d'eau douce : étangs forestiers, tourbières, marais et lacs peu profonds bordés de végétation. Les basses-terres de l'Abitibi constituent l'un de ses habitats de prédilection.
La comparaison entre le premier et le deuxième Atlas des oiseaux nicheurs du Québec fait ressortir une expansion des observations vers l'est de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, ainsi qu'une densification de sa présence dans les Appalaches et dans les Laurentides méridionales et centrales.
Tendances
| Échelle | Période | Tendance observée |
|---|---|---|
| Forêt boréale québécoise (inventaires) | 1990 à 2016 | Hausse annuelle moyenne d'environ 1 % |
| Est du Canada | Depuis les années 1990 | Population stable |
| Prairies canadiennes | Depuis les années 1990 | Population en hausse |
L'espèce est considérée comme indigène et régulière au Québec.
Croissance et cycle de vie
Le Fuligule à collier arrive au Québec au printemps, dès le dégel des plans d'eau, et repart vers ses aires d'hivernage à l'automne.
Nidification
Le nid est construit par la femelle au sol, à proximité immédiate de l'eau, souvent sur une butte de végétation, un tapis flottant de plantes ou en bordure d'une tourbière. Il est fait de végétaux et garni de duvet. La femelle assure seule l'incubation.
Développement des jeunes
Les canetons sont nidifuges : ils quittent le nid peu après l'éclosion et se nourrissent eux-mêmes sous la surveillance de la femelle. Les mâles quittent généralement les femelles pendant l'incubation et se regroupent pour la mue des plumes de vol, période durant laquelle ils sont temporairement incapables de voler.
Migration
À l'automne, les oiseaux se rassemblent sur des lacs et des étangs avant de gagner leurs quartiers d'hiver, situés pour l'essentiel dans le sud des États-Unis. Quelques individus peuvent s'attarder au Québec tant que les plans d'eau restent libres de glace.
Régime alimentaire
Le Fuligule à collier est omnivore, avec une forte composante végétale dans son alimentation. Il se nourrit en plongeant dans des eaux généralement peu profondes, ce qui lui permet d'exploiter la végétation submergée des étangs et des lacs forestiers.
Composantes principales
- Matière végétale : graines et tubercules de plantes aquatiques, ainsi que des parties de plantes submergées. Ces aliments dominent le régime des adultes, surtout en dehors de la saison de reproduction.
- Invertébrés : insectes aquatiques et leurs larves, mollusques et autres petits invertébrés. Cette ressource riche en protéines prend une importance particulière pour les femelles en période de ponte et pour les canetons durant leurs premières semaines.
Variations saisonnières
La proportion d'invertébrés augmente au printemps et en été, période où leurs populations sont abondantes dans les milieux humides. À l'automne et en hiver, l'espèce consomme davantage de graines et de matière végétale.
En plongeant pour se nourrir au fond des plans d'eau, l'espèce peut ingérer des particules présentes dans les sédiments, ce qui l'expose à certains contaminants, un sujet suivi dans le domaine de l'écotoxicologie de la sauvagine.
Relations avec les autres espèces
Le Fuligule à collier partage ses milieux humides avec plusieurs autres canards, dont des barboteurs et d'autres plongeurs. Il se distingue des autres fuligules nord-américains, comme le Petit Fuligule et le Fuligule milouinan, par sa tête anguleuse, son dos noir chez le mâle et les marques blanches de son bec.
Prédation
Comme chez la plupart des canards nichant au sol, les œufs et les canetons sont exposés à de nombreux prédateurs.
Rôle écologique
En consommant graines, tubercules et invertébrés aquatiques, l'espèce participe aux réseaux alimentaires des milieux humides boréaux. Sa présence est étroitement liée à la qualité de ces milieux, notamment aux étangs créés ou entretenus par le castor du Canada, qui offrent des eaux peu profondes riches en végétation.
En période de migration et d'hivernage, il forme fréquemment des groupes avec d'autres espèces de canards plongeurs.
Relations avec l'humain
Chasse
Le Fuligule à collier est une espèce de sauvagine prisée des chasseurs. Sa chasse est encadrée au Canada par la réglementation fédérale découlant de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, administrée par Environnement et Changement climatique Canada, qui fixe les saisons et les limites de prises par district.
Statut de conservation
Au Québec, l'espèce porte le rang de conservation S5, attribué aux espèces largement répandues, abondantes et non en péril. La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique « Non suivie » dans le champ LEMV. Les sources de référence indiquent que sa conservation soulève peu de préoccupations dans la province. Elle figure néanmoins parmi les priorités de conservation ou d'intendance de certaines stratégies régionales canadiennes.
Menaces
L'ingestion de plombs de chasse ou de pêche, présents dans les sédiments, représente un risque toxicologique documenté pour les canards plongeurs ; l'usage de la grenaille de plomb pour la chasse à la sauvagine est interdit au Canada depuis la fin des années 1990.
Anecdotes
- Un nom trompeur : le nom français comme le nom anglais (Ring-necked Duck) font référence au mince collier brun-roux du mâle, un caractère presque invisible sur le terrain.
- Le mot « fuligule » : ce terme désigne en français les canards plongeurs du genre Aythya. Il dérive du latin fuligo, « suie », en allusion à la couleur sombre du plumage de plusieurs espèces.
- Un plongeur des eaux peu profondes : contrairement à d'autres fuligules qui fréquentent les grands lacs et les eaux côtières, le Fuligule à collier préfère les petits plans d'eau forestiers, ce qui en fait un canard plongeur typique des paysages boréaux du Québec.
- Données d'occurrence : la fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec rapporte 161 440 occurrences GBIF pour l'espèce, une valeur non datée.
- Une progression vers l'est : les atlas successifs des oiseaux nicheurs ont permis de constater l'extension de son aire de nidification sur la Côte-Nord, au-delà de Sept-Îles.
