Portrait et mode de vie
Le Fulmar boréal est un oiseau marin de taille moyenne, à la silhouette trapue et au cou épais, dont l'allure générale rappelle celle d'un goéland. Il s'en distingue toutefois par son bec court et robuste, formé de plusieurs plaques cornées et surmonté de narines tubulaires caractéristiques de l'ordre des procellariiformes, et par son vol : il alterne des battements d'ailes raides et rapides avec de longues glissades au ras des vagues, en exploitant le vent.
L'espèce présente deux formes de plumage principales :
- une forme pâle, à tête et parties inférieures blanches, avec le dos et le dessus des ailes gris ;
- une forme sombre, au plumage gris fumé plus ou moins uniforme.
Entre ces deux extrêmes existent de nombreux intermédiaires. Les proportions de chaque forme varient selon les régions de nidification.
Oiseau pélagique par excellence, le Fulmar boréal passe la majeure partie de son existence en mer, souvent loin des côtes. Il se pose volontiers sur l'eau pour se reposer ou s'alimenter et ne gagne la terre ferme que pour se reproduire. Comme les autres procellariiformes, il possède un odorat développé, qui l'aide à repérer ses sources de nourriture à la surface de l'océan.
Répartition
Le Fulmar boréal se reproduit dans l'Atlantique Nord et le Pacifique Nord ainsi que dans les régions arctiques adjacentes. Hors de la saison de nidification, il se disperse largement en haute mer.
Au Canada
Selon Environnement et Changement climatique Canada, l'essentiel de la population canadienne niche dans l'est de l'Arctique, répartie en onze colonies, tandis qu'une petite fraction se reproduit à Terre-Neuve-et-Labrador. La fiche fédérale de 2014 estime la population canadienne à 300 000 à 400 000 oiseaux nicheurs.
Au Québec
Au Québec, le Fulmar boréal est une espèce indigène de présence régulière, mais il n'y est pas connu comme nicheur. Il fréquente surtout les eaux du golfe du Saint-Laurent pendant la période de non-reproduction ; la cartographie fédérale des zones à forte densité d'oiseaux de mer de la côte est signale sa présence dans le golfe à cette période. Il s'observe principalement au large, ce qui le rend peu visible depuis la côte, sauf lors d'épisodes de vents forts.
Son rang de conservation au Québec, S4N, s'applique à la population non nicheuse et correspond à une situation jugée apparemment non en péril. La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 263 occurrences associées à GBIF pour l’espèce ; ce nombre n’est pas daté et ne constitue pas un décompte de la population.
Croissance et cycle de vie
Le Fulmar boréal niche en colonies, généralement sur les corniches et les replats de falaises maritimes. Le nid est sommaire : une simple dépression sur la roche ou dans un sol herbeux.
Le cycle de reproduction se caractérise par une stratégie lente, typique des oiseaux de mer longévifs :
- la femelle pond un seul œuf par saison ;
- les deux parents se relaient pour l'incubation, qui est longue, puis pour l'élevage du poussin ;
- le jeune demeure plusieurs semaines au nid avant de prendre son envol et de gagner la mer.
Les jeunes ne se reproduisent pas avant plusieurs années et passent cette période d'immaturité au large. Les couples sont réputés fidèles et réutilisent souvent le même site de nidification d'une année à l'autre.
L'espèce est reconnue pour sa grande longévité, certains individus bagués ayant été suivis pendant plusieurs décennies. Cette faible productivité annuelle, compensée par une longue durée de vie, rend la population sensible à toute hausse de la mortalité des adultes.
Le suivi des effectifs demeure difficile : l'éloignement des colonies arctiques et la fréquentation variable des sites d'une année à l'autre compliquent les recensements.
Relations avec l'humain
Situation et menaces
La fiche fédérale de 2014 fait état d'une diminution modérée de la population canadienne, avec un degré de fiabilité faible, et de signes d'un déclin graduel à long terme par rapport aux années 1970. Au Québec, l'espèce n'est pas suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
Les principales pressions documentées sont les suivantes :
- les prises accidentelles dans les engins de pêche, notamment les palangres ;
- la pollution par les hydrocarbures, à laquelle les oiseaux qui se posent sur l'eau sont particulièrement exposés ;
- l'ingestion de plastique, fréquente chez cette espèce qui se nourrit en surface.
Espèce indicatrice
Parce qu'il avale régulièrement des débris flottants, le Fulmar boréal est utilisé dans l'Atlantique Nord comme indicateur de la pollution marine par le plastique : l'analyse du contenu stomacal d'oiseaux trouvés morts permet de suivre l'évolution de cette pollution dans le temps.
Pêcheries
L'espèce tire également profit de certaines activités humaines : elle suit volontiers les navires de pêche pour se nourrir des rejets de poisson et des déchets de transformation.
Relations avec les autres espèces
Dans les colonies, le Fulmar boréal partage souvent les falaises avec d'autres oiseaux marins coloniaux de l'Arctique et de l'Atlantique Nord, comme les alcidés et les mouettes. La compétition pour les corniches de nidification peut y être importante.
Ses œufs et ses poussins sont exposés à la prédation par les grands goélands, les labbes et, dans certaines régions, par des mammifères comme le renard arctique. Pour se défendre, le fulmar dispose d'un moyen particulier : adultes comme poussins peuvent projeter par le bec une huile stomacale malodorante sur l'intrus. Ce liquide, en engluant le plumage des oiseaux prédateurs, peut compromettre leur imperméabilité et leur capacité de vol.
En mer, le Fulmar boréal se rassemble fréquemment en grands groupes autour des concentrations de nourriture, en compagnie d'autres oiseaux pélagiques tels que les puffins, les mouettes tridactyles et les goélands. Il profite aussi des restes laissés par les mammifères marins, notamment les carcasses de cétacés ou de phoques.
Régime alimentaire
Le Fulmar boréal est un prédateur et un charognard opportuniste qui s'alimente principalement à la surface de l'eau ou juste sous celle-ci. Il saisit ses proies en nageant ou en effectuant de courtes plongées superficielles.
Son régime comprend notamment :
- du zooplancton, en particulier des crustacés ;
- de petits poissons ;
- des calmars et d'autres invertébrés marins ;
- des charognes, dont les carcasses de mammifères marins ;
- des rejets de pêche et des déchets de transformation du poisson.
Son odorat développé lui permet de repérer à distance les nappes de nourriture et les carcasses flottantes. Comme les autres procellariiformes, il convertit une partie de ses aliments en une huile stomacale riche en énergie, qui sert à la fois de réserve, de nourriture pour le poussin et de moyen de défense.
Cette alimentation de surface explique sa forte exposition aux débris de plastique et aux hydrocarbures flottants.
Anecdotes
- Le nom fulmar vient d'une langue scandinave ; il est généralement rattaché au vieux norrois et évoque une « mouette puante », allusion à l'odeur de l'huile stomacale que l'oiseau projette sur les intrus.
- Malgré une ressemblance superficielle avec les goélands, le Fulmar boréal est un proche parent des albatros, des puffins et des pétrels, avec lesquels il partage les narines tubulaires.
- Au cours des deux derniers siècles, l'espèce a fortement étendu son aire de nidification dans l'Atlantique Nord-Est, une expansion souvent mise en relation avec l'abondance des déchets issus de la chasse à la baleine puis des pêcheries.
- Dans certaines îles de l'Atlantique Nord, les fulmars ont longtemps été récoltés par les populations locales pour leur chair, leurs plumes et leur huile.
