Portrait et mode de vie
Le Garrot à œil d'or est un canard plongeur de taille moyenne, au corps compact et à la tête volumineuse de forme triangulaire, portée sur un cou court. L'iris jaune vif, particulièrement marqué chez le mâle adulte et à l'origine du nom français de l'espèce, constitue un caractère notable.
Le mâle en plumage nuptial présente une tête noire aux reflets verdâtres, ornée d'une tache blanche arrondie située derrière la base du bec ; le corps est essentiellement blanc, le dos noir marqué de bandes blanches. La femelle est plus discrète : tête brunâtre nettement séparée d'un corps gris-brun, collier pâle, bec sombre souvent marqué de jaune vers l'extrémité. Les jeunes et les mâles en plumage internuptial ressemblent aux femelles.
L'espèce est réputée pour le bruit caractéristique produit par ses ailes en vol rapide, qui lui a valu en anglais le surnom de « whistler ». Comme les autres membres du genre Bucephala, le Garrot à œil d'or est un plongeur actif : il s'immerge complètement pour capturer ses proies au fond des plans d'eau, plutôt que de barboter en surface.
Au Québec, la distinction avec le Garrot d'Islande (Bucephala islandica), espèce voisine dont la population de l'Est fait l'objet d'un plan de gestion fédéral, constitue un exercice d'identification classique. Chez le mâle du Garrot d'Islande, la tache faciale est en forme de croissant et la tête montre des reflets violacés, alors qu'elle est ronde et verdâtre chez le Garrot à œil d'or. Cette confusion possible est explicitement signalée dans les documents de conservation, puisqu'elle influe sur le suivi des effectifs.
Répartition
Le Garrot à œil d'or est un canard à répartition holarctique, présent dans les régions forestières du nord de l'Amérique du Nord comme de l'Eurasie. En Amérique du Nord, il niche largement dans la forêt boréale.
Au Québec, l'espèce est indigène et régulière. L'Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional la décrit comme largement répandue, avec une présence plus uniforme dans la forêt coniférienne boréale. Elle est en revanche quasi absente des Basses-terres du Saint-Laurent, sauf dans le secteur du Haut-Richelieu et quelques localités isolées, ce qui reflète sa dépendance envers les plans d'eau bordés de forêts offrant des cavités de nidification.
Saisons de présence
| Période | Occupation du territoire québécois |
|---|---|
| Printemps | Migration marquée, retour vers les lacs forestiers |
| Été | Nidification en zone forestière, notamment boréale |
| Automne | Migration, présence sur le fleuve et l'estuaire |
| Hiver | Hivernage sur les eaux libres du Saint-Laurent et de certains plans d'eau |
Des documents fédéraux relatifs à l'estuaire du Saint-Laurent le présentent comme le garrot le plus abondant et le plus répandu du secteur, en particulier lors des passages migratoires. Le rang de précarité inscrit à la fiche du catalogue du vivant est S5B ; le programme fédéral Espèces sauvages 2020 retient pour sa part, pour le Québec, une évaluation de type S4 assortie de sous-rangs distincts selon les composantes reproductrice, hivernante et migratrice.
La base de données mondiale GBIF réunit 259 698 occurrences documentées pour le taxon à l'échelle de son aire de répartition.
Croissance et cycle de vie
Le Garrot à œil d'or est un nicheur de cavités. La femelle recherche une cavité d'arbre à proximité d'un lac, d'un étang, d'un marais ou d'une rivière aux rives boisées. Cette exigence explique l'association étroite de l'espèce avec les peuplements forestiers comportant des arbres de fort diamètre et des chicots.
La ponte compte généralement de huit à dix œufs et l'incubation, assurée par la femelle, dure une trentaine de jours. Comme chez plusieurs anatidés cavicoles, les canetons quittent la cavité peu après l'éclosion en se laissant tomber au sol, puis suivent la femelle vers le plan d'eau. Ils sont nidifuges et se nourrissent seuls dès les premiers jours, la femelle assurant surtout la protection et la conduite de la couvée.
Les couples se forment durant l'hiver et au début du printemps. Le déplacement vers les eaux libres survient à l'automne, dès que le gel restreint l'accès aux lacs intérieurs ; l'espèce se maintient alors sur le fleuve et l'estuaire du Saint-Laurent tant que subsistent des secteurs sans glace.
Régime alimentaire
Le Garrot à œil d'or se nourrit en plongeant et en fouillant le fond des plans d'eau pour y saisir ses proies. Son régime est majoritairement animal et varie selon la saison et le milieu fréquenté.
- En eau douce, il consomme surtout des larves d'insectes aquatiques ainsi que de petits invertébrés benthiques.
- En milieu saumâtre ou marin, comme dans l'estuaire du Saint-Laurent, les crustacés et les mollusques prennent une place plus importante.
- Des matières végétales, graines et tubercules complètent occasionnellement l'alimentation.
- De petits poissons peuvent être capturés à l'occasion.
Les plongées se déroulent en eaux relativement peu profondes, et les oiseaux se nourrissent souvent en petits groupes dispersés. Ce mode d'alimentation lie l'espèce aux plans d'eau productifs en invertébrés du fond, aussi bien dans les lacs forestiers de l'intérieur qu'en bordure du Saint-Laurent.
Relations avec les autres espèces
Sur les aires de nidification comme en hivernage, il côtoie le Garrot d'Islande, avec lequel il partage certains plans d'eau du Québec ; le recouvrement des aires et la ressemblance des deux espèces compliquent le dénombrement du Garrot d'Islande, dont la population de l'Est est plus restreinte et fait l'objet d'un plan de gestion. Le Petit Garrot (Bucephala albeola), troisième représentant du genre en Amérique du Nord, fréquente également des habitats comparables.
Les nids situés en cavité et les couvées demeurent exposés aux prédateurs arboricoles et terrestres des milieux riverains. Dans les plans d'eau boréaux, le Garrot à œil d'or partage la ressource en invertébrés benthiques avec d'autres canards plongeurs.
Relations avec l'humain
Espèce d'oiseau migrateur considérée comme gibier, le Garrot à œil d'or est encadré au Canada par la réglementation fédérale sur les oiseaux migrateurs, qui fixe les périodes et les limites de récolte.
L'espèce occupe une place importante dans l'observation ornithologique au Québec. Elle est régulièrement notée au printemps et à l'automne, tandis que son hivernage sur les eaux libres du Saint-Laurent permet aussi de l'observer durant la saison froide. Les données amassées par les observateurs alimentent l'Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional et les plateformes de science citoyenne comme eBird.
La gestion forestière influe directement sur l'espèce : le maintien d'arbres de fort diamètre et de chicots en bordure des plans d'eau conditionne la disponibilité des cavités de nidification. Dans la fiche du catalogue du vivant, le champ LEMV porte la mention « Non suivie ».
Étymologie et particularités
- Le nom de genre Bucephala, du grec bous (bœuf) et kephalè (tête), évoque la tête volumineuse caractéristique des garrots ; l'épithète clangula évoque un cri ou un bruit retentissant.
- Le nom français renvoie à l'iris jaune vif de l'adulte, tandis que le nom anglais, Common Goldeneye, reprend la même caractéristique.
- Le sifflement caractéristique des ailes a valu à l'oiseau le surnom anglais de « whistler ».
- Les canetons se laissent tomber de la cavité de nidification, parfois située à plusieurs mètres du sol, avant de rejoindre le plan d'eau à la suite de la femelle.
- Le Garrot à œil d'or figure parmi les canards qui fréquentent le plus régulièrement les eaux libres hivernales du Saint-Laurent.