Portrait et mode de vie
La goberge est un poisson osseux de l'ordre des gadiformes et de la famille des gadidés, qui comprend notamment la morue franche et l'aiglefin. Son corps est allongé et fusiforme, adapté à une nage soutenue en pleine eau. Comme les autres gadidés de l'Atlantique, elle porte trois nageoires dorsales et deux nageoires anales bien séparées.
Les ouvrages linguistiques québécois la caractérisent par trois traits distinctifs :
- une ligne latérale claire et droite, qui tranche sur la couleur sombre des flancs ;
- une mandibule légèrement proéminente, la mâchoire inférieure dépassant la supérieure ;
- l'absence de barbillon au menton, ou un barbillon très réduit chez l'adulte, ce qui la distingue de la morue.
Le dos est vert olive à brun foncé, les flancs s'éclaircissent vers un ventre argenté ou grisâtre. Selon l'Office québécois de la langue française, l'espèce peut atteindre 1,3 m de longueur.
Contrairement à la morue, plutôt liée au fond, la goberge est un poisson grégaire et actif qui se déplace en bancs dans la colonne d'eau, du voisinage du fond jusqu'aux couches plus proches de la surface. Elle fréquente les eaux froides à tempérées du plateau continental et effectue des déplacements saisonniers liés à l'alimentation et à la reproduction.
Répartition
La goberge est répartie des deux côtés de l'Atlantique Nord. Dans l'Atlantique Est, on la trouve des eaux de la Norvège et de l'Islande jusqu'au golfe de Gascogne. Dans l'Atlantique Ouest, son aire s'étend du Labrador jusqu'au large du centre-est des États-Unis, avec les concentrations les plus importantes sur le plateau néo-écossais, dans la baie de Fundy et dans le golfe du Maine.
Au Québec
Au Québec, le catalogue du vivant répertorie la goberge comme espèce indigène et régulière, sans préciser sa répartition dans les eaux québécoises.
Le catalogue du vivant la classe comme espèce indigène et régulière. Son rang S, une cote de statut de conservation, est SNA (« non applicable »).
| Indicateur | Valeur (catalogue du vivant) |
|---|---|
| Origine | Indigène |
| Régularité | Régulier |
| Rang S | SNA |
| Occurrences GBIF rattachées | 2 |
Les deux occurrences GBIF rattachées dans le catalogue ne constituent pas une mesure de l'abondance de l'espèce.
Croissance et cycle de vie
La goberge se reproduit en hiver. Dans l'Atlantique Nord-Ouest, les frayères se situent principalement sur le plateau néo-écossais et dans le golfe du Maine, où les adultes se rassemblent en bancs pour frayer en pleine eau. La fécondation est externe.
Les œufs, pélagiques, dérivent au gré des courants, de même que les larves qui en éclosent. Au printemps et en été, les jeunes goberges gagnent les eaux côtières peu profondes, où elles forment des bancs parfois denses près des rivages rocheux, des quais et des baies abritées. Ces juvéniles sont souvent désignés, en anglais, sous le nom de harbour pollock.
En grandissant, les jeunes quittent progressivement la zone littorale pour des eaux plus profondes et plus au large, où ils rejoignent les bancs d'adultes. La croissance est relativement rapide pour un gadidé, et la maturité sexuelle est atteinte après quelques années. L'espèce peut vivre de nombreuses années et atteindre sa taille maximale, qui avoisine 1,3 m.
Les déplacements saisonniers de la goberge suivent en partie ceux de ses proies et les variations de température de l'eau.
Relations avec l'humain
Pêche et alimentation
La goberge fait l'objet d'une pêche commerciale dans l'Atlantique canadien, surtout au large de la Nouvelle-Écosse et dans le golfe du Maine. Sa chair blanche, maigre et au goût doux se vend en filets frais ou surgelés, ainsi qu'en produits transformés comme les bâtonnets panés.
Le gouvernement du Québec classe la goberge parmi les poissons marins à très faible teneur en mercure, ce qui permet d'en consommer sans restriction selon ses recommandations générales sur la consommation de poisson. Comme tout poisson, elle figure parmi les allergènes alimentaires reconnus.
Surimi et « goberge » commerciale
Au Québec, le mot goberge désigne aussi, par extension, les produits de surimi vendus sous l'appellation de simili-crabe ou de bâtonnets de goberge, courants dans les épiceries et la restauration, notamment les comptoirs de sushis. Ces produits sont généralement fabriqués à partir de la goberge de l'Alaska (Gadus chalcogrammus), un gadidé du Pacifique Nord distinct de Pollachius virens.
Le nom
Le terme goberge est normalisé par l'Office québécois de la langue française et figure dans les dictionnaires de référence, dont Usito ; son histoire est documentée par le Dictionnaire historique du français québécois. En France, l'espèce est connue sous le nom de lieu noir, et en anglais sous les noms de pollock en Amérique du Nord et de saithe ou coley au Royaume-Uni.
L'espèce n'est pas suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec.
Relations avec les autres espèces
La goberge occupe une position intermédiaire à supérieure dans les réseaux trophiques de l'Atlantique Nord-Ouest. Prédatrice active, elle exerce une pression notable sur les bancs de petits poissons pélagiques et de crustacés planctoniques.
Elle partage son habitat avec d'autres gadidés, comme la morue franche et l'aiglefin, avec lesquels elle peut entrer en concurrence pour certaines proies. Son mode de vie plus pélagique la conduit toutefois à exploiter davantage la colonne d'eau que ces espèces liées au fond.
Les œufs, les larves et les juvéniles constituent des proies pour de nombreux poissons, dont d'autres gadidés, ainsi que pour des oiseaux marins qui chassent près de la surface dans les eaux côtières. Les adultes sont consommés par de grands poissons prédateurs et par des mammifères marins, notamment des phoques.
Comme d'autres poissons marins, la goberge héberge divers parasites internes et externes, dont certains nématodes présents dans la chair des gadidés de l'Atlantique.
Régime alimentaire
Le régime alimentaire de la goberge évolue avec la taille.
- Larves et jeunes juvéniles : ils se nourrissent de petits crustacés planctoniques, en particulier de copépodes.
- Juvéniles côtiers : ils consomment des crustacés plus gros, comme les euphausiacés (krill) et les amphipodes, ainsi que de petits poissons.
- Adultes : ils deviennent essentiellement piscivores et chassent en bancs des poissons fourrages tels que le hareng, le capelan et le lançon, tout en continuant à consommer du krill et, à l'occasion, des calmars.
Cette alimentation opportuniste, orientée vers les proies abondantes en pleine eau, explique en partie les déplacements saisonniers de l'espèce, qui suit la disponibilité de ses proies sur le plateau continental. La goberge chasse aussi bien près du fond qu'à mi-profondeur, selon la répartition verticale des bancs dont elle se nourrit.
Anecdotes
- Au Québec, le mot goberge évoque souvent davantage le simili-crabe que le poisson lui-même, alors que ce surimi provient en général d'une autre espèce, la goberge de l'Alaska.
- La ligne latérale pâle et rectiligne de la goberge constitue l'un des moyens les plus simples de la distinguer de la morue, dont la ligne latérale est courbée et qui porte un barbillon bien visible au menton.
- Le même poisson porte des noms très différents selon les régions francophones et anglophones : goberge au Québec, lieu noir en France, pollock en Amérique du Nord et saithe ou coley au Royaume-Uni.
