Portrait
L'aiglefin (Melanogrammus aeglefinus) est un poisson marin de fond de la famille des Gadidés, apparenté à la morue franche. Son corps allongé et comprimé latéralement porte trois nageoires dorsales et deux nageoires anales, une architecture typique des gadidés.
Traits distinctifs
- Ligne latérale noire bien visible sur le flanc
- Grande tache sombre au-dessus de la nageoire pectorale, souvent appelée « marque du pouce »
- Première nageoire dorsale haute et pointue
- Dos gris brunâtre à violacé, flancs plus pâles, parfois argentés
- Bouche relativement petite s'ouvrant sous un museau saillant
- Barbillon mentonnier très court, contrairement à celui de la morue
Taille
Les adultes mesurent le plus souvent de 40 à 70 cm, mais certains individus peuvent dépasser 80 cm et peser plusieurs kilogrammes.
Mode de vie
Espèce démersale et grégaire, l'aiglefin fréquente les fonds de sable, de gravier, de coquilles ou de substrats mixtes, généralement à des profondeurs de plusieurs dizaines à quelques centaines de mètres. Il forme des bancs, souvent composés d'individus de taille comparable.
Durant la période de reproduction, les mâles peuvent produire des sons graves grâce à des muscles associés à la vessie gazeuse — un comportement acoustique partagé par plusieurs gadidés.
Répartition et habitat
L'aiglefin est réparti sur les deux rives de l'Atlantique Nord.
Atlantique Est
Du golfe de Gascogne vers le nord jusqu'aux eaux de la Norvège, de l'Islande, des îles Féroé et de la mer de Barents.
Atlantique Ouest
Du Labrador et du détroit de Belle Isle jusqu'au cap Hatteras, en Caroline du Nord. L'espèce est particulièrement associée aux plateaux continentaux : banc Georges, banc de Browns, plateau néo-écossais et certaines portions des Grands Bancs.
Situation au Québec
Au Québec, l'espèce est indigène, confirmée et régulière, et elle est considérée présente toute l'année dans les eaux marines sous compétence fédérale. Elle peut fréquenter les eaux profondes et salées du golfe du Saint-Laurent, particulièrement dans les secteurs reliés au chenal Laurentien et à l'entrée du golfe. Les eaux moins salées et généralement moins profondes de l'estuaire constituent un habitat moins favorable.
Les données de biodiversité ouvertes ne reflètent qu'imparfaitement sa présence au Québec : une seule occurrence géoréférencée est associée à la région de la Capitale-Nationale. Cette rareté apparente dans les bases de données publiques ne doit pas être interprétée comme une absence de l'espèce, puisque de nombreuses données marines proviennent plutôt des relevés scientifiques et des statistiques de pêche.
L'aiglefin privilégie les eaux froides à fraîches et peut être sensible aux changements de température, d'oxygène près du fond et de disponibilité des habitats.
Reproduction et croissance
Fraie
La fraie se déroule surtout de la fin de l'hiver au printemps, bien que son calendrier varie selon la région, la température et l'état des populations. Les rassemblements reproducteurs se forment généralement au-dessus de fonds convenables du plateau continental.
Les mâles effectuent des parades de nage et peuvent émettre des sons lors des interactions reproductrices. Les femelles produisent de très nombreux œufs, parfois plusieurs centaines de milliers ou davantage chez les grands individus.
Œufs et larves
Les œufs fécondés flottent dans la colonne d'eau. Leur développement et leur éclosion dépendent fortement de la température et prennent habituellement de quelques jours à quelques semaines.
Les larves et les jeunes stades vivent d'abord en pleine eau, où ils se nourrissent de plancton et dérivent avec les courants. Les jeunes peuvent parfois s'associer à de grandes méduses, qui leur procurent un abri relatif contre certains prédateurs.
Passage à la vie démersale
Après plusieurs mois, les juvéniles gagnent progressivement le fond et adoptent le mode de vie démersal des adultes. La croissance est rapide au cours des premières années, puis ralentit avec l'âge.
| Étape | Repère |
|---|---|
| Maturité sexuelle | Souvent entre 2 et 4 ans |
| Longévité | Plus de 10 ans, occasionnellement près de 20 ans |
| Détermination de l'âge | Anneaux de croissance des otolithes |
Ces repères varient selon le stock et les conditions environnementales.
Relations avec les humains
L'aiglefin est un poisson commercial important dans l'Atlantique Nord. Sa chair blanche, fine et feuilletée est appréciée fraîche, congelée, fumée ou transformée.
Usages culinaires
- Chaudrées
- Produits panés
- Fish and chips, particulièrement au Royaume-Uni
- Finnan haddie, aiglefin fumé traditionnel d'Écosse, l'un des produits les plus connus associés à cette espèce
Pêche dans l'est du Canada
L'aiglefin est capturé principalement au chalut, à la palangre et, selon les secteurs et les règles applicables, au filet maillant. Les prises peuvent être associées à des pêches visant d'autres poissons de fond, dont la morue.
L'intensité de l'exploitation, la variabilité du recrutement et les changements environnementaux ont entraîné des fluctuations marquées de plusieurs populations au cours des dernières décennies.
Gestion et statut
La gestion des populations marines canadiennes relève de Pêches et Océans Canada. Elle comprend notamment des totaux autorisés de captures, des mesures sur les engins de pêche, des règles de déclaration et des mesures visant à réduire les prises accessoires.
Au Québec, l'aiglefin n'est pas suivi en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables; son rang provincial est SNA, puisque l'espèce marine relève principalement de la compétence fédérale.
Place dans l'écosystème
L'aiglefin occupe une position intermédiaire dans les réseaux alimentaires des fonds marins. En consommant de nombreux invertébrés benthiques, il participe au transfert d'énergie entre les communautés du fond et les grands prédateurs. Son abondance relative peut varier fortement d'un secteur à l'autre et d'une période à l'autre, ce qui influence les interactions avec les autres poissons de fond.
Prédateurs
Les œufs, larves et jeunes aiglefins sont vulnérables à divers prédateurs, dont des organismes planctonivores, des méduses et de petits poissons. Les juvéniles et les adultes peuvent être consommés par :
- de plus gros gadidés;
- des flétans;
- des raies;
- des requins;
- des mammifères marins.
Le cannibalisme peut aussi survenir, surtout lorsque de jeunes individus côtoient de plus grands aiglefins.
Concurrents
Ses principaux concurrents comprennent d'autres poissons de fond qui exploitent des proies semblables, notamment la morue franche, la merluche blanche, certaines plies et d'autres gadidés.
Comme beaucoup de poissons marins, l'aiglefin peut héberger divers parasites.
Classification
| Rang | Taxon |
|---|---|
| Classe | Actinopterygii |
| Ordre | Gadiformes |
| Famille | Gadidae |
| Genre | Melanogrammus |
| Espèce | Melanogrammus aeglefinus |
Le genre Melanogrammus est monotypique : l'aiglefin en est le seul représentant. Le nom de genre évoque la ligne latérale noire (melano-, noir; grammus, ligne) qui caractérise l'espèce.
Dans la famille des Gadidae, l'aiglefin côtoie notamment la morue franche et le merlan. La confusion la plus fréquente se fait avec la morue : la ligne latérale noire (pâle chez la morue), la tache pectorale sombre et le barbillon mentonnier très court permettent de les distinguer.
