Toponymie
Le nom Torngat provient de l'inuktitut et est généralement rattaché au terme Tuurngait, qui désigne des esprits ; il est couramment traduit par « lieu des esprits ». Ce nom témoigne de la place que le massif occupe dans la tradition orale et la vie spirituelle des Inuits, qui fréquentent la région depuis des millénaires.
Le sommet le plus élevé de la chaîne porte deux noms selon le côté de la frontière. Au Québec, la Commission de toponymie l'a officialisé sous le nom de mont D'Iberville, en l'honneur de l'explorateur et militaire Pierre Le Moyne d'Iberville. À Terre-Neuve-et-Labrador, il est appelé mont Caubvick, du nom d'une femme inuite du Labrador. Les deux désignations renvoient au même sommet, dont le point culminant se trouve sur la frontière interprovinciale.
Plusieurs autres toponymes de la région, notamment ceux des fjords et des cours d'eau, sont d'origine inuite ; c'est le cas de la rivière Koroc, du côté québécois, et des fjords Nachvak, Saglek et Hebron, du côté labradorien.
Géographie et relief
Les monts Torngat occupent la pointe septentrionale de la péninsule du Labrador. La chaîne s'étire du nord au sud, depuis les environs du cap Chidley, entre la baie d'Ungava à l'ouest et la mer du Labrador à l'est. La ligne de partage des eaux qui la parcourt sert en grande partie de frontière entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.
Du côté québécois, le massif se situe dans la région administrative du Nord-du-Québec, au Nunavik, à l'est de la baie d'Ungava. Le versant québécois descend de façon plus graduelle vers l'ouest, drainé par des rivières comme la Koroc, qui se jette dans la baie d'Ungava. Le versant labradorien plonge au contraire de manière abrupte vers l'Atlantique, entaillé de fjords profonds.
Formes de relief
Le relief se distingue de celui du reste du Bouclier canadien par son caractère alpin :
- sommets acérés, arêtes et pics dénudés ;
- cirques et vallées en auge creusés par les glaciers ;
- fjords profonds sur la côte atlantique ;
- falaises parmi les plus hautes de l'est de l'Amérique du Nord.
Le mont D'Iberville, à 1 652 mètres d'altitude, est le point culminant du Québec et de la province de Terre-Neuve-et-Labrador. Il est aussi l'un des plus hauts sommets de l'est du Canada continental.
Géologie
Les monts Torngat appartiennent à l'orogène des Torngat, une ceinture de déformation située à la frontière du Labrador, dans la province géologique de Churchill. Cet orogène résulte d'une collision continentale survenue au Paléoprotérozoïque entre le craton de Nain, à l'est, et les blocs crustaux situés à l'ouest, dans la partie sud-est de la province de Churchill.
Les roches de la région comptent des gneiss archéens figurant parmi les plus anciennes roches connues de l'Amérique du Nord, notamment le long de la côte labradorienne. Les roches métamorphiques de haut grade, fortement plissées et cisaillées, témoignent de l'intensité de la collision.
Le relief actuel est toutefois surtout le produit de l'érosion glaciaire. Au cours des glaciations du Quaternaire, les glaciers ont approfondi les vallées, sculpté les cirques et creusé les fjords. Certains des plus hauts sommets semblent avoir échappé en partie à l'englacement complet lors de la dernière glaciation, ce qui a fait de la région un terrain d'étude pour la reconstitution de l'histoire glaciaire du nord-est de l'Amérique.
De petits glaciers de cirque subsistent encore dans les secteurs les plus élevés et les plus ombragés du massif. Ils comptent parmi les derniers glaciers de l'est du Canada continental.
Climat et milieux naturels
La région des monts Torngat présente un climat arctique et subarctique rigoureux, marqué par des hivers longs et froids, des étés courts et frais ainsi que des vents forts. L'influence de la mer du Labrador, parcourue par le courant du Labrador et encombrée de glaces une bonne partie de l'année, accentue la fraîcheur du versant oriental.
Le secteur québécois du massif est caractérisé par la toundra et le pergélisol continu. La végétation, composée de mousses, de lichens, d'arbustes nains et de plantes herbacées, se raréfie avec l'altitude jusqu'aux sommets rocheux dénudés. Quelques îlots d'arbres subsistent dans les vallées abritées du sud du massif.
La faune comprend notamment le caribou, le renard arctique, le lièvre arctique et diverses espèces d'oiseaux marins et de proie. L'ours blanc fréquente la côte atlantique, tandis que l'ours noir se rencontre dans la toundra. Les eaux côtières abritent des phoques et l'omble chevalier remonte plusieurs cours d'eau.
L'isolement de la région, l'absence de route et les conditions climatiques en font l'un des territoires les plus difficiles d'accès du Québec ; on y accède principalement par avion ou par bateau.
Occupation humaine
Les monts Torngat constituent un territoire inuit occupé depuis des millénaires. Des cultures paléoesquimaudes, puis les ancêtres des Inuits actuels, ont fréquenté les côtes et les vallées du massif pour la chasse, la pêche et la cueillette. De nombreux sites archéologiques en témoignent, en particulier le long des fjords labradoriens.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, des missions moraves se sont établies sur la côte du Labrador, dont celle de Hebron, au sud du massif. Plusieurs communautés côtières du nord du Labrador ont été fermées ou relocalisées au cours du XXe siècle, ce qui a laissé la région sans habitat permanent du côté atlantique.
Du côté québécois, le village nordique le plus proche est Kangiqsualujjuaq, situé près de l'embouchure de la rivière George, sur la rive est de la baie d'Ungava. Les Inuits du Nunavik continuent de fréquenter le versant québécois du massif pour leurs activités traditionnelles.
Les Inuits du Nunavik détiennent également des droits et des intérêts sur les terres et les ressources du secteur labradorien, en vertu de l'Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Nunavik, conclu avec le gouvernement fédéral. Les Inuits du Labrador, représentés par le gouvernement du Nunatsiavut, ont eux aussi des droits reconnus dans la région.
Aires protégées
Parc national des Monts-Torngat
Le parc national des Monts-Torngat, administré par Parcs Canada, a été créé en 2008. Il couvre environ 9 700 km² au Labrador, entre la frontière du Québec et la mer du Labrador. Il n'est donc pas situé au Québec, bien qu'il jouxte la province sur toute sa limite occidentale. Sa gestion associe les organisations inuites du Labrador et du Nunavik, en reconnaissance de leurs droits sur le territoire.
Le parc protège notamment les fjords Saglek, Nachvak et Hebron, le versant labradorien du mont Caubvick ainsi que des sites culturels inuits.
Versant québécois
Du côté québécois, le massif fait l'objet de mesures de protection dans le cadre du réseau des parcs nationaux du Nunavik. Le parc national Kuururjuaq, situé à proximité de Kangiqsualujjuaq, englobe une partie du versant québécois des monts Torngat, y compris la vallée de la rivière Koroc et le secteur du mont D'Iberville. Ce parc relève du cadre légal québécois sur les parcs et est géré au Nunavik.
Ensemble, ces aires protégées forment un vaste territoire de conservation de part et d'autre de la frontière interprovinciale.
