Toponymie
Le nom Nunavik est d'origine inuktitut. La Commission de toponymie du Québec en donne le sens littéral de « le territoire où vivre ». Il a été choisi lors d'un référendum tenu dans les collectivités inuites en 1986, puis officialisé par la Commission en avril 1988.
Auparavant, la partie septentrionale de la province était couramment désignée par les appellations « Nouveau-Québec » ou « Ungava », ce dernier terme désignant aussi la péninsule et la baie qui bordent la région à l'est.
Le Nunavik ne se confond pas avec le territoire administratif de Kativik. Selon la Commission de toponymie, le Nunavik est un peu plus vaste que ce territoire, établi dans le cadre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975. Le terme désigne ainsi une région socioculturelle et géographique plutôt qu'une entité administrative aux limites strictement juridiques.
Les habitants de la région sont appelés les Nunavimmiut, forme inuktitut employée notamment par l'Institut culturel Avataq. De nombreux toponymes de la région ont été inuktitutisés depuis les années 1970 et 1980 ; Fort-Chimo est ainsi devenu Kuujjuaq, et Port-Burwell, Poste-de-la-Baleine ou Povungnituk ont laissé place à des graphies inuktitut officielles.
Géographie physique
Le Nunavik occupe la péninsule d'Ungava et l'extrémité nord de la péninsule du Québec-Labrador. Il est bordé :
- à l'ouest par la baie d'Hudson ;
- au nord par le détroit d'Hudson ;
- au nord-est par la baie d'Ungava et la partie nord de la péninsule du Labrador ;
- au sud par le 55e parallèle, qui le sépare de la région d'Eeyou Istchee Baie-James.
Sa superficie est évaluée à plus de 500 000 km², ce qui en fait la plus vaste région socioculturelle du Québec.
Relief
Le territoire appartient au Bouclier canadien. Le relief y est généralement formé de plateaux usés par les glaciations, parsemés de lacs et d'affleurements rocheux. À l'extrémité nord-est, les monts Torngat, qui marquent la frontière avec le Labrador, comptent le mont D'Iberville, point culminant du Québec. Au centre de la péninsule d'Ungava se trouve le cratère des Pingualuit, cratère d'impact météoritique occupé par un lac circulaire.
Hydrographie
La région est drainée par de nombreux cours d'eau qui se déversent dans la baie d'Hudson ou dans la baie d'Ungava. Parmi les principales rivières figurent la Koksoak, la rivière aux Feuilles, la rivière George, la rivière Arnaud et la Grande rivière de la Baleine. Le lac Guillaume-Delisle (Tasiujaq) et le lac à l'Eau Claire comptent parmi les grands plans d'eau du sud de la région.
Climat et milieux naturels
Le Nunavik présente un climat arctique dans sa partie septentrionale et subarctique dans sa partie méridionale. Les hivers y sont longs et rigoureux, les étés courts et frais. Les eaux côtières sont prises par les glaces une grande partie de l'année.
Toundra et limite des arbres
Selon la Commission de toponymie du Québec, la limite septentrionale des arbres et celle du pergélisol continu traversent la péninsule d'Ungava. Au sud, la taïga, formée d'épinettes clairsemées, domine les vallées abritées. Au nord, la toundra arctique, composée de mousses, de lichens, d'arbustes nains et de graminées, recouvre l'essentiel du territoire. Les tourbières occupent de vastes étendues dans les basses terres.
Pergélisol
Le sol gelé en permanence est continu dans le nord de la région et discontinu plus au sud. Son dégel, lié au réchauffement climatique observé dans l'Arctique, pose des enjeux pour les infrastructures des villages, notamment les bâtiments et les pistes d'atterrissage.
Faune et aires protégées
La région est fréquentée par de grands troupeaux de caribous migrateurs, notamment ceux de la rivière George et de la rivière aux Feuilles, ainsi que par l'ours blanc, le bœuf musqué, le phoque, le béluga et l'omble chevalier. Plusieurs parcs nationaux du Québec y ont été créés, dont le parc national des Pingualuit, le parc national Kuururjuaq, dans les monts Torngat, et le parc national Tursujuq, à l'est de la baie d'Hudson.
Histoire
Le Nunavik est occupé depuis plusieurs millénaires par des peuples paléoesquimaux, notamment ceux des cultures prédorsétienne et dorsétienne. Les ancêtres directs des Inuit actuels, issus de la culture de Thulé, s'y établissent il y a environ un millénaire. Ils vivent alors de la chasse aux mammifères marins et au caribou, ainsi que de la pêche, en se déplaçant selon les saisons.
Contacts et commerce
À partir du XIXe siècle, la Compagnie de la Baie d'Hudson établit des postes de traite sur les côtes, dont Fort-Chimo, sur la rivière Koksoak, à l'emplacement de l'actuel Kuujjuaq. Missionnaires et commerçants s'installent progressivement, et la traite des fourrures transforme les modes de vie traditionnels.
Rattachement au Québec
Le territoire situé au nord de la rivière Eastmain est rattaché au Québec en 1912 par la loi fédérale sur l'extension des frontières du Québec. Au milieu du XXe siècle, la sédentarisation des Inuit s'accélère avec l'implantation de services gouvernementaux fédéraux puis québécois, à l'origine des villages actuels.
Convention de 1975 et institutions régionales
Le projet hydroélectrique de la Baie-James mène à la signature, en 1975, de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois entre les Cris, les Inuit et les gouvernements du Québec et du Canada. Cette entente établit le régime des terres et conduit à la création d'institutions régionales dirigées par les Inuit, dont l'Administration régionale Kativik et la Société Makivik.
En 2011, un projet de gouvernement régional du Nunavik soumis à un référendum est rejeté par les Inuit de la région.
Occupation du territoire et population
Le Nunavik est majoritairement habité par les Inuit. Selon les données du gouvernement du Québec, la population inuite compte près de 14 000 personnes réparties dans 14 villages, tous situés sur les littoraux de la baie d'Hudson, du détroit d'Hudson et de la baie d'Ungava. Aucune route ne relie ces villages entre eux ni au réseau routier du sud de la province.
| Littoral | Villages |
|---|---|
| Baie d'Hudson | Kuujjuarapik, Umiujaq, Inukjuak, Puvirnituq, Akulivik |
| Détroit d'Hudson | Ivujivik, Salluit, Kangiqsujuaq, Quaqtaq |
| Baie d'Ungava | Kangirsuk, Aupaluk, Tasiujaq, Kuujjuaq, Kangiqsualujjuaq |
Kuujjuaq, sur la rivière Koksoak, est le principal village et le centre administratif de la région. Puvirnituq joue un rôle régional sur la côte de la baie d'Hudson, notamment en matière de santé. À Kuujjuarapik, le village inuit voisine la communauté crie de Whapmagoostui.
L'inuktitut demeure la langue d'usage d'une grande partie de la population, aux côtés du français et de l'anglais. La population se caractérise par sa jeunesse relative par rapport à la moyenne québécoise. L'Institut culturel Avataq œuvre à la préservation de la langue, de l'archéologie et du patrimoine inuits de la région.
La chasse, la pêche et la cueillette conservent une place importante dans l'alimentation et la vie culturelle des Nunavimmiut.
Administration et gouvernance
Le Nunavik fait partie de la région administrative du Nord-du-Québec. Il ne compte pas de municipalité régionale de comté ; son organisation découle de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et de la législation québécoise qui en est issue.
Institutions régionales
- Administration régionale Kativik : organisme public régional exerçant des compétences sur le territoire situé au nord du 55e parallèle, notamment en matière d'aménagement, de transport, d'environnement et d'emploi.
- Société Makivik : organisation chargée de représenter les Inuit du Nunavik et de gérer les sommes compensatoires prévues par la Convention.
- Kativik Ilisarniliriniq : commission scolaire responsable de l'éducation dans la région, avec un enseignement offert en inuktitut ainsi qu'en français ou en anglais.
- Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik : organisme responsable des services de santé.
Villages nordiques
Les collectivités du Nunavik ont le statut de village nordique, régime municipal propre au territoire de Kativik. Les terres sont réparties en catégories I, II et III, selon les droits de propriété et d'usage reconnus aux Inuit.
Environnement
Le Comité consultatif de l'environnement Kativik conseille les gouvernements sur les questions environnementales et sociales touchant le territoire, notamment sur les projets de développement.
Sur le plan électoral provincial, la région est comprise dans la circonscription d'Ungava.
Économie et transport
L'économie du Nunavik repose sur les services publics, l'administration régionale, les entreprises inuites, l'exploitation minière et les activités traditionnelles de subsistance.
Ressources minières
Le sous-sol de la péninsule d'Ungava renferme d'importants gisements de nickel, de cuivre et d'autres métaux. La mine Raglan, située dans le nord de la région, exploite du nickel depuis la fin des années 1990. D'autres projets miniers ont été mis en valeur dans la fosse de l'Ungava. Le développement nordique s'inscrit dans les orientations québécoises regroupées sous le Plan Nord.
Coopératives et entreprises régionales
Les coopératives, regroupées au sein de la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec, assurent le commerce de détail, l'hébergement et d'autres services dans les villages. La Société Makivik détient également des entreprises de transport aérien et maritime.
Transport
En l'absence de route, chaque village est desservi par un aéroport, et le transport aérien constitue le principal lien avec le sud du Québec, notamment Montréal. L'approvisionnement en marchandises lourdes, en matériaux et en carburant se fait par voie maritime pendant la courte saison de navigation estivale. Le coût élevé des biens et de l'alimentation demeure un enjeu socioéconomique majeur.
Tourisme
Les parcs nationaux, la pêche sportive, la chasse et l'observation de la faune et des paysages arctiques soutiennent une activité touristique encore modeste, freinée par l'éloignement et les coûts de transport.

